B. LA SUPPRESSION DE LA POSSIBILITÉ DE CRÉER UNE COMMISSION MIXTE PARLEMENTAIRE : UNE DÉCISION CONTRAIRE AUX PERSPECTIVES OUVERTES PAR LA CONVENTION EUROPÉENNE ET AUX PRISES DE POSITION DE NOMBREUSES INSTITUTIONS EUROPÉENNES ET NATIONALES

1. Le contrôle par les parlements nationaux : une nécessité qui va dans le sens des évolutions à venir d'Europol

Comme il a été précédemment souligné, l'attribution de capacités opérationnelles à Europol requiert des mécanismes de contrôle accrus, notamment par les parlements nationaux.

Par ailleurs, le projet de traité établissant une Constitution pour l'Europe prévoit en son article III-177 la communautarisation d'Europol . Ceci répond aux souhaits du Parlement européen qui se verrait de cette façon associé au développement d'Europol. Sa structure, son fonctionnement, son domaine d'action et ses tâches seraient fixées par le Conseil et le Parlement européen en codécision.

La contrepartie de cette communautarisation serait la diminution des pouvoirs des parlements nationaux, puisqu'ils ne seraient plus associés à la ratification des protocoles modifiant la Convention Europol.

Consciente de cette difficulté, la Convention européenne a prévu que la loi européenne fixerait les modalités de contrôle des activités d'Europol par le Parlement européen auquel seraient associés les parlements nationaux des Etats membres.

Certes, ce projet de Constitution européenne n'a pas de valeur en droit positif. Mais il indique clairement les grandes orientations concernant Europol dans un avenir proche.

Il est donc difficile de discerner les raisons qui ont motivé la suppression par le Conseil de la commission mixte parlementaire initialement prévue par le projet de protocole modifiant la Convention Europol.

Comme l'indique l'exposé des motifs de la proposition de résolution, le représentant permanent de la France auprès de l'Union européenne a déclaré, au cours de son audition devant la délégation pour l'Union européenne du Sénat le 23 octobre dernier, que cette suppression était intervenue au sein d'un groupe de travail du Conseil parce que le service juridique du Conseil avait déclaré qu'il n'existait pas de base juridique dans les traités actuels qui permettrait à un instrument de droit dérivé d'associer les parlements nationaux au contrôle d'Europol.

Or, cet argument n'est pas exact du point de vue juridique, car la Convention instituant Europol n'est pas aujourd'hui un instrument de droit dérivé, mais une convention de l'Union soumise à des ratifications nationales.

D'ailleurs, la Convention Europol a, dès l'origine, institué l'Autorité de contrôle commune. Cette instance est indépendante et n'est pas prévue par les traités actuels.

Rien n'interdit donc d'introduire dans cette convention un contrôle associant les parlements nationaux.

2. La création d'une commission mixte parlementaire : une idée qui fait l'objet d'un consensus politique

L'idée d'une commission mixte composée de représentants du Parlement européen et des parlements nationaux avait été proposée par la première conférence interparlementaire sur Europol , qui s'est tenue à La Haye en juin 2001. Dans une communication devant la délégation pour l'Union européenne du Sénat, le 26 juin 2001, sur cette conférence, M. Paul Masson avait rapporté les propos nettement favorables de M. Antonio Vitorino, commissaire européen chargé des affaires de justice et de sécurité intérieure, et de M. Jurgen Störbeck, directeur d'Europol, à l'égard de cette idée de commission mixte.

Elle a d'ailleurs été reprise par la Commission européenne dans sa communication du 26 février 2002 relative à l'exercice d'un contrôle démocratique sur Europol. La commission y formule la recommandation suivante :

« Une commission mixte, composée de membres des commissions des parlements nationaux et du Parlement européen compétentes en matière policière, pourrait être créée à cette fin. Cette commission pourrait se réunir deux fois par an pour échanger des informations et des expériences et traiter de questions se rapportant à Europol. Elle entretiendrait des contacts étroits avec Europol par l'intermédiaire d'un organe spécial composé d'environ cinq membres désignés par la commission mixte, à laquelle ils rendraient compte de leurs travaux. »

A cet égard, la Commission européenne s'appuie sur le précédent de la Conférence des organes spécialisés dans les affaires communautaires et européennes des parlements de l'Union européenne (COSAC), qui a été créée en 1989 afin de renforcer le rôle des parlements nationaux au sein de la Communauté européenne.

Toujours dans le même sens, le Parlement européen , dans une recommandation au conseil des ministres sur le développement futur d'Europol datée du 10 avril 2003, déplore l'absence de contrôle parlementaire sur Europol et souhaite le rétablissement de la possibilité de créer une commission mixte telle que prévue initialement par le projet de protocole modifiant la Convention Europol. La veille, le Parlement européen avait adopté une résolution défavorable à ce texte pour l'ensemble de ces raisons.

Quant au Conseil de l'Union européenne, il n'oppose que l'argument juridique précité à la création d'une telle commission. Mais il n'exprime pas d'opposition de fond.

Au niveau national, l'Assemblée nationale a adopté la résolution du 15 juin 2003 sur l'avenir d'Europol demandant, notamment, le rétablissement de la commission mixte.

De plus, le ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, M. Nicolas Sarkozy , a déclaré, lors de son audition par la délégation pour l'Union européenne du Sénat le 13 mars 2003 que « les parlements nationaux devraient avoir leur mot à dire à propos du contrôle sur Europol ».

Enfin, le Parlement français n'est pas isolé sur cette question. A titre d'exemple, la chambre des Lords 5( * ) et la chambre des communes 6( * ) se sont prononcées en faveur du rétablissement de la commission mixte dans le texte du projet de protocole.

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