2. En haut de cycle, sanctionner les États dont le déficit structurel dépasse un certain seuil ?

Un reproche souvent fait au pacte de stabilité est que ses règles ne sont pas symétriques : il ne prévoit de sanction que pour les États se trouvant en situation de déficit excessif, c'est-à-dire au creux d'un cycle économique. En revanche, un Etat ayant un déficit structurel élevé mais bénéficiant d'une croissance forte peut ne faire aucun effort en matière budgétaire, sans risquer d'être sanctionné. Tel a été le cas de la France de 1997 à 2001 : le précédent gouvernement a laissé filer le déficit structurel alors que la croissance était élevée, ce qui est à l'origine de la situation actuelle, où le nouveau gouvernement doit en quelque sorte « payer la facture » de la politique menée par son prédécesseur.

Ainsi, il pourrait être utile de prévoir des sanctions pour un État dont le déficit structurel dépasserait un certain seuil, même en situation de conjoncture favorable.

Dans cette perspective, notre collègue Joël Bourdin propose, dans le rapport d'information précité, qu'un État ne respectant pas ses engagements pris dans le cadre des GOPE en matière d'évolution du solde structurel soit passible de sanctions 72( * ) . Au demeurant, ces dernières seraient plus crédibles et plus utiles en haut de cycle qu'en période de basse conjoncture.

3. Faut-il prévoir l'équilibre courant sur le cycle ?

a) La règle d'or

Il est parfois envisagé de fixer un objectif d'équilibre à moyen terme du solde public hors dépenses d'investissement : c'est ce qu'on appelle la « règle d'or ».

En pratique, cette règle peut être mise en oeuvre par un objectif de solde courant structurel, ou par un objectif de solde courant cumulé en fin de cycle économique.

Un tel objectif permettrait d'obliger les États à une certaine discipline budgétaire, sans empêcher de nécessaires dépenses d'investissement.

On peut cependant s'interroger sur les modalités pratiques d'un recours à la « règle d'or ». Certains estiment que la notion comptable d'investissement ne correspond qu'imparfaitement à la logique d'une telle réforme, et qu'il faudrait considérer comme de l'investissement certaines dépenses permettant une croissance du PIB plus élevée, comme les dépenses en recherche et développement. Votre rapporteur général estime qu'un tel élargissement de la notion d'investissement reviendrait à la vider de son sens, et à la priver de toute légitimité. Dans ces conditions, il semblerait préférable de s'en tenir à une définition stricte de l'investissement, qui correspond à des dépenses pouvant être amorties. Au Royaume-Uni, il est frappant de constater que la question de la définition des dépenses d'investissement pour l'application de la règle d'or ne fait absolument pas débat.

En effet, la distinction entre dépenses d'investissement et dépenses de fonctionnement ne constitue pas une appréciation qualitative - les dépenses de fonctionnement étant réputées mauvaises et les dépenses d'investissement étant bonnes par nature - mais reflète une différence dans la nature des dépenses. Les dépenses de fonctionnement sont récurrentes et doivent être financées par des recettes tout aussi récurrentes, les recettes fiscales.

Au sein des dépenses de fonctionnement, certaines sont plus que d'autres - les salaires des chercheurs par exemple, sous réserve de leur productivité - susceptibles d'améliorer le taux de croissance à long terme de l'économie. Il revient aux gouvernements et aux parlements, dans l'élaboration des budgets, de procéder aux redéploiements nécessaires, en fonction des options sur lesquelles leurs électeurs les ont portés au pouvoir.

b) L'application de la « règle d'or » au sein de l'Union européenne

Au sein de l'Union européenne, l'investissement public varie fortement d'un Etat à un autre, comme l'indique le graphique ci-après.

L'investissement public dans l'Union européenne (2003)

(en points de PIB)

Source : Commission européenne, prévisions du 29 octobre 2003

Ainsi, il varie de 1,2 % du PIB en Autriche à 5,2 % du PIB au Luxembourg, la moyenne de la zone euro étant de 2,4 % du PIB. La France se situe au-dessus de cette moyenne, avec des investissements publics de 3,1 % du PIB. Cette comparaison doit tenir compte du fait que seuls deux États, la France et la Grande-Bretagne, mettent en oeuvre des politiques volontaristes d'équipement militaire, et disposent d'une capacité opérationnelle globale, incluant la dissuasion nucléaire.

Pourtant, l'application de la « règle d'or » ne bouleverserait pas fondamentalement la situation relative des États membres de l'Union européenne , comme l'indique le graphique ci-après.

L'application de la « règle d'or » (2003)

(en points de PIB)

Source : d'après les données de la Commission européenne (prévisions du 29 octobre 2003)

Ainsi, sur les quatre pays au déficit public le plus élevé, trois restent dans ce groupe en prenant en compte le solde public hors investissement : la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Le Portugal voit sa situation s'améliorer légèrement : alors que deux États (la France et l'Allemagne) ont un déficit public supérieur au sien, ces États sont au nombre de cinq (l'Italie, l'Autriche et le Royaume-Uni venant s'ajouter aux Etats précédemment cités) si l'on prend en compte le solde public hors investissement.

A l'opposé, la Finlande demeure l'État à l'excédent budgétaire le plus important.

Ce paradoxe vient du fait que les écarts en matière d'investissement public sont somme toute relativement faibles (de l'ordre de 3 points de PIB, Luxembourg excepté), comparés à ceux relatifs au solde public (de l'ordre de 6 points de PIB).

C. FAUT-IL REMPLACER LA RÈGLE DE SOLDE PUBLIC ?
On peut s'interroger sur l'idée, sous-jacente au pacte de stabilité sous sa forme actuelle, selon laquelle les États devraient avoir une situation budgétaire proche de l'équilibre ou excédentaire, et réguler la croissance par le seul jeu des stabilisateurs automatiques. En effet, un PIB inférieur de 1 point suscite une réduction des recettes publiques de 0,5 point de PIB. Ainsi, en retenant l'hypothèse d'un « multiplicateur keynésien » de 0,5, « les stabilisateurs automatiques n'amortissent le ralentissement que d'un quart du choc initial » 73( * ) . Or, les ralentissements conjoncturels ont un impact bien plus important sur le bien-être des gens que le dépassement d'un seuil de déficit public.

Plusieurs règles ont été proposées afin de remplacer la référence actuelle au solde public.

Comme la règle actuelle de solde public, ces règles doivent permettre d'atteindre un double objectif :

- éviter une augmentation des taux d'intérêt dans la zone euro ;

- permettre la soutenabilité de la politique budgétaire.

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