3. Tenir compte de la structure des économies des futurs États membres
En tout
état de cause, les règles actuelles du pacte de stabilité
sont inadaptées à la politique économique que doivent
mener les futurs États membres d'Europe centrale et orientale. Leurs
économies sont caractérisées par un faible niveau
d'endettement par rapport au produit intérieur brut, et par des besoins
en investissements publics très importants.
Dans ces conditions, il serait logique de les autoriser à dégager
un besoin de financement supérieur au seuil de 3 % du PIB, à la
condition évidemment que l'endettement supplémentaire qui en
résulterait soit effectivement consacré au financement
d'investissements. On en revient à la règle d'or ... Au surplus,
ne pas ajuster le pacte pour tenir compte des spécificités
économiques des nouveaux pays adhérents reviendrait à les
écarter indéfiniment de la zone euro, ce qui remettrait en
question l'équilibre institutionnel de l'Union.
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- D. LES RECOMMANDATIONS DE VOTRE RAPPORTEUR GÉNÉRAL
- prise en compte, comme critère de solde public, du seul solde structurel , ou raisonnement sur le cycle économique ;
- prise en compte du seul solde courant , les dépenses d'investissement n'étant pas prises en compte (application de la « règle d'or ») ;
- « symétrie » de la règle de déficit maximal par rapport au PIB, en incitant à dégager un excédent courant en phase haute du cycle ;
- prise en compte de l'inflation , les Etats « vertueux » en la matière ne devant pas être pénalisés en raison des conséquences de cette faible inflation sur leurs finances publiques ;
- prise en compte de la dette publique , les États « vertueux » en la matière pouvant, le cas échéant, avoir un déficit public plus élevé que les autres ;
- expertise économique pluraliste et transparente , rendue d'autant plus nécessaire que la notion de solde structurel jouerait un rôle plus important. Un tel critère, techniquement difficile à évaluer et politiquement compliqué à présenter, ne pourra être accepté et légitime que s'il résulte d'une expertise incontestée.
La prise en compte du déficit structurel au lieu du déficit nominal ou le recours à la « règle d'or » ne remettrait pas fondamentalement en cause la situation relative des États membres : la corrélation entre le déficit nominal et le déficit structurel est de 0,95, celle entre le déficit nominal et le déficit hors investissement de 0,74.
En revanche, les Etats « vertueux » selon les règles actuelles correspondent rarement aux Etats « vertueux » une fois prises en compte l'inflation et la dette publique , comme l'indique le graphique ci-après.
La
situation des États de l'Union européenne au regard du
déficit public, de l'inflation et de la dette publique (2003)
Dette
publique < 40 % PIB
Dette publique > 100 % PIB
Source : Commission européenne, prévisions
du 29
octobre 2003
Ainsi,
la France et l'Allemagne,
qui auraient un déficit public
supérieur à 3 % du PIB en 2003,
seraient parmi les cinq
États à l'inflation la plus faible,
de sorte qu'il
n'apparaît pas évident qu'ils contribuent plus que les autres
à l'augmentation des taux d'intérêt dans la zone euro. Le
Royaume-Uni se trouverait dans une situation similaire, avec en outre une dette
publique de seulement 39,6 % du PIB, ce qui contribue à expliquer ses
réticences à entrer dans la zone euro.
En sens inverse,
l'Espagne
, qui aurait un solde public
équilibré en 2003, aurait également une inflation
supérieure à 3 %.
Pour ce qui est de la
dette publique
, la
Belgique
, qui figure
parmi les trois États les plus endettés (avec une dette de 103,5
% du PIB), est considérée comme un « bon
élève » de la zone euro, du fait d'un solde public
évalué à 0,2 % du PIB en 2003.
Si l'on tient compte des trois critères
de déficit public,
d'inflation et de dette publique
, les États dont la situation est la
plus critique sont la
Grèce
et
l'Italie
, qui auraient
à la fois un déficit public supérieur à 1,5 % du
PIB (respectivement 1,7 % et 2,6 %), une inflation supérieure à
2,5 % (respectivement 3,6 % et 2,8 %) et une dette publique supérieure
à 100 % du PIB (respectivement 100,6 % et 106,4 % du PIB).
Ainsi, le pacte de stabilité « frappe au
hasard », le déficit public constaté en 2003
n'étant pas corrélé à l'inflation ou à la
dette publique.
Il en découle à la fois la
nécessité
d'une
réforme du pacte du stabilité, de manière à prendre
en compte ces deux derniers critères, et la
difficulté
de
cette dernière, certains « bons
élèves » selon les critères actuels étant
dans une situation moins favorable une fois l'inflation et la dette prises en
compte.
Quoi qu'il en soit, le maintien des règles présentes,
irrationnelles et excessivement rigides, conduirait probablement à une
crise européenne qui ne serait pas purement diplomatique, car elle
affecterait gravement et durablement l'adhésion des opinions publiques
à l'Union.
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- III. RESTAURER UNE VÉRITABLE CAPACITÉ DE DÉCISION EN MATIÈRE ÉCONOMIQUE
Ce dernier point de vue est, notamment, celui de certains économistes, qui considèrent que toute règle stricte finit par devenir contre-productive, en empêchant le bon sens de s'appliquer face à des événements imprévus. Ainsi, dans un article récemment publié dans Les Echos 82( * ) , M. Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie, écrit :
« Du Pacte de stabilité européen, on peut tirer une (...) leçon : bâtir d'une manière prétendument définitive des arrangements institutionnels destinés à résoudre les problèmes du passé constitue le meilleur moyen d'échouer dans le futur. Dans l'Amérique des années 1990, l'administration Clinton s'était opposée à une revendication des républicains ; ceux-ci souhaitaient, par un amendement à la Constitution américaine, interdire à l'Etat fédéral tout déficit budgétaire. Pour les démocrates, si l'Amérique était confrontée à une récession, le gouvernement devrait avoir la possibilité de laisser filer son déficit. Les républicains d'aujourd'hui, et George Bush en première ligne, ne peuvent que se satisfaire de la résistance des démocrates à leurs projets d'alors. Existe-t-il des raisons de croire qu'une inflexibilité politique excessive fonctionnerait mieux en Europe ? ».
Par ailleurs, et le cas du pacte de stabilité l'illustre parfaitement, une règle trop stricte peut présenter l'inconvénient de ne pas être crédible. Des règles permettant une plus grande faculté d'appréciation peuvent permettre de gagner en crédibilité.
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- A. CRÉER DES « COMITÉS NATIONAUX DE POLITIQUE BUDGÉTAIRE » ?