4. Retour sur l'expérience du péage autoroutier en Allemagne

a) L'instauration du télépéage

L'Allemagne a décidé de réaliser un plan de développement de ses voies de communication et d'instituer une redevance kilométrique pour les poids lourds de plus de 12 tonnes pour l'utilisation de son réseau autoroutier. Les péages devaient être effectivement perçus à partir du 2 novembre 2003, à l'issue d'une phase de test de deux mois.

Les poids lourds qui empruntent les autoroutes allemandes acquittent actuellement une vignette, dont le montant est plafonné à 1.250 euros par an (eurovignette). Celle-ci sera supprimée lors de l'entrée en vigueur de la redevance kilométrique. L'Allemagne passera ainsi d'un système de péage en fonction du temps à un péage en fonction de la distance parcourue.

Avec l'introduction du système de péage, le gouvernement allemand poursuivait quatre objectifs :

- accroître la contribution des poids lourds , selon le principe de l'usager-payeur, au financement des dépenses d'infrastructures dont la majeure partie leur est imputable,

- instaurer des conditions de concurrence plus équitables entre modes de transport,

- mobiliser des revenus supplémentaires grâce au péage afin de satisfaire les besoins de court terme pour la maintenance des infrastructures et à plus long terme pour l'amélioration des infrastructures notamment des grandes routes fédérales,

- bénéficier des retombées d'un système innovant où les péages sont perçus automatiquement.

Le consortium « Toll Collect », composé des sociétés Cofiroute (10 % du capital), Deutsche Telecom et Daimler-Chrysler Services (45 % chacun), a ainsi signé en novembre 2002 avec le ministère allemand des transports la convention définitive lui attribuant la mise en place du «télépéage poids-lourds universel et sans barrière» sur son réseau autoroutier.

Les modalités pratiques d'installation du péage autoroutier en Allemagne

Le système est basé sur une localisation par satellites (système GPS) et une transmission des informations au système informatique central par téléphonie mobile (GSM), alors que les systèmes de télépéage actuellement en service reposent sur une communication à courte distance dite DSRC ( dedicated short range communication ), infra rouge ou hyperfréquence, avec des balises placées le long de l'infrastructure.

Les poids lourds seront équipés d'un appareil dit OBU ( on board unit), d'un coût de l'ordre de 600 euros qui permettra de les suivre par satellite et comportera une interface DSRC. L'équipement des véhicules dont les frais d'installation (environ 200 euros) sont à la charge des transporteurs se fera progressivement (prévisions initiales : 150.000 poids lourds équipés à l'ouverture, 350.000 au bout d'un an). Les véhicules non équipés nécessiteront un traitement manuel des péages dans un premier temps.

Les tarifs de péage dépendent des caractéristiques du véhicule : émissions polluantes, nombre d'essieux, conduisant à 6 classes tarifaires pour une moyenne d'environ 12,4 centimes euros par kilomètre parcouru, 15 centimes étant envisagés lorsque le programme d'amélioration des infrastructures aura monté en puissance (la moyenne du péage est de 14 centimes en France).

Quatre types de contrôles ont été prévus pour répondre à un objectif de 10 % de véhicules contrôlés au minimum :

- des contrôles automatiques permettant de classer et d'identifier des véhicules grâce à 300 portiques équipés d'une interface DSRC, de caméras infrarouges numériques et d'antennes, reliées au système informatique central. Les contrevenants seront photographiés et identifiés ;

- des contrôles postés , qui consistent en un arrêt des véhicules par l'organisme de contrôle dans l'une des 150 stations prévues à cet effet ;

- des contrôles mobiles complétant les contrôles postés, effectués par 535 contrôleurs ;

- des contrôles en entreprise mobilisant 40 équipes de fonctionnaires.

Les sanctions varient selon la gravité de la fraude : depuis un montant forfaitaire correspondant à un parcours de 500 kilomètres plus une amende de quelques centaines d'euros lorsque le chauffeur ne peut justifier du kilométrage parcouru, jusqu'à 20.000 euros.

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