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Projet de loi relatif aux libertés des universités

 

B. DES ÉVOLUTIONS STRUCTURELLES CONSÉQUENTES

1. Une démocratisation / massification

L'université française a changé de visage au cours des cinquante dernières années, notamment sous l'effet de l'augmentation considérable des jeunes poursuivant des études supérieures.

Ce nombre a en effet été multiplié par sept entre 1960 et 2000. En 1950, les universités accueillaient 135 000 étudiants et les grandes écoles 11 000. En 1980, 800 000 étudiants se pressaient sur le bancs des universités et 400 000 dans les autres formations post-baccalauréat. Aujourd'hui, la France compte près de 2,3 millions d'étudiants, dont 1,4 million à l'université.

Mais, pour certains, tels que M. Jean-Robert Pitte, président de l'université Paris IV1(*) : « le bouleversement s'est révélé plus quantitatif que qualitatif. L'université de masse n'a pas été réellement voulue et n'a donc été ni anticipée, ni politiquement pensée et dotée d'objectifs, ni financée. Cela fait beaucoup de handicaps. »

2. Le développement des formations professionnalisantes

M. Claude Allègre, ancien ministre de l'éducation nationale, a rappelé que les universités avaient longtemps manifesté une « attitude de refus » à l'égard de la formation professionnelle, une forme de « répulsion pour la formation aux métiers » : « L'université ne forme pas, elle éduque. Elle n'apprend pas un métier, elle apprend à raisonner et à apprendre. Elle donne une culture générale. L'université traditionnelle ne conduit qu'à trois métiers principaux, ceux de juriste, de médecin, de professeur. (...) Ces métiers sont « nobles », ils demandent des élites. Leur préparation est avant tout culturelle et savante. »2(*)

Les universités ont néanmoins su, dans un contexte budgétaire contraint, multiplier les innovations et les réussites : formations d'ingénieurs, licences et masters professionnels, départements d'IUT entre autres.

Elles ont ainsi su former les diplômés qualifiés dont le pays avait besoin, et largement contribué au rôle d'ascenseur social.

La séparation historique des rôles, entre, d'un côté, une université dévolue à la transmission d'un savoir abstrait et désintéressé et, de l'autre, des grandes écoles chargées de former les ingénieurs et les cadres des secteurs public et privé, n'est plus aussi stricte à l'heure actuelle.

Ce rappel historique apporte néanmoins un éclairage pertinent sur le débat récurrent de la « professionnalisation » des études universitaires, dont l'actualité est prégnante avec la publication, en octobre 2006, du rapport de la Commission du débat national « Université-Emploi », présidée par le recteur Patrick Hetzel3(*).

* 1 « Jeunes, on vous ment ! Reconstruire l'université », Jean-Robert Pitte, mai 2006.

* 2 « L'âge des savoirs. Pour une renaissance de l'université. », Claude Allègre, 1993.

* 3 « De l'université à l'emploi », rapport remis au Gouvernement par M. Patrick Hetzel, recteur de l'académie de Limoges, et les membres de la commission du débat national Université-Emploi, octobre 2006.