III. APPROCHE CONTEXTUELLE

A. LA CARICOM : UNE ORGANISATION RÉGIONALE STRUCTURÉE AUTOUR DE L'INTÉGRATION CARIBÉENNE

1. Une communauté construite autour du marché unique caribéen

Créée en 1973 par le traité de Chaguaramas, la Communauté des Caraïbes (CARICOM) constitue aujourd'hui la principale organisation régionale du bassin caribéen anglophone. Elle regroupe quinze États membres et plusieurs territoires disposant d'un statut de membre associé, représentant un ensemble d'environ seize millions d'habitants répartis entre États insulaires et pays continentaux.

L'objectif fondateur de la CARICOM est de favoriser le développement économique et social de ses membres par l'intégration régionale et la coopération. Cette ambition s'est traduite par la mise en place progressive du Marché et Économie uniques caribéens (Caribbean Single Market and Economy - CSME), destiné à faciliter la libre circulation des biens, des services, des capitaux et, de manière encadrée, de certaines catégories de travailleurs qualifiés. Si la réalisation du CSME demeure inégale selon les États membres et encore partielle à ce stade, il constitue néanmoins le socle structurant de l'action de la CARICOM.

Au-delà de sa dimension économique, la CARICOM s'est dotée d'une architecture institutionnelle dense et pérenne. Elle repose sur des organes politiques de haut niveau - au premier rang desquels la Conférence des chefs de gouvernement - ainsi que sur un Secrétariat permanent et de nombreuses instances sectorielles. Cette structuration permet à l'organisation d'élaborer des politiques communes, de coordonner des positions régionales et de conduire des actions collectives dans des domaines variés.

Au fil du temps, la CARICOM a ainsi étendu son champ d'intervention à des secteurs dépassant largement la seule intégration économique. Elle agit notamment dans les domaines de la santé publique, de l'éducation, de l'environnement, de la sécurité régionale et de la gestion des risques naturels. Cette évolution reflète la volonté des États membres de disposer d'un cadre régional capable de répondre à des vulnérabilités communes et à des défis transnationaux que les États ne peuvent affronter seuls.

Cette approche intégrée confère à la CARICOM un rôle central dans l'organisation de la coopération régionale caribéenne. Elle explique également l'intérêt croissant porté par des territoires non souverains, dont les collectivités françaises d'Amérique, à une participation accrue aux travaux de l'organisation, dans des formats compatibles avec leurs statuts institutionnels et leurs compétences propres.

2. Un espace confronté à des vulnérabilités partagées

Les États membres de la CARICOM évoluent dans un environnement marqué par des vulnérabilités structurelles communes, qui justifient pleinement le recours à des mécanismes de coopération régionale renforcée. Ces fragilités, à la fois économiques, climatiques et sécuritaires, constituent l'un des moteurs essentiels de l'intégration caribéenne.

Sur le plan économique, la majorité des États de la région disposent de marchés intérieurs étroits et peu diversifiés. Leurs économies reposent souvent sur un nombre limité de secteurs - principalement le tourisme, l'agriculture de rente et certaines activités extractives - les rendant particulièrement sensibles aux chocs exogènes, qu'il s'agisse de crises sanitaires, de fluctuations des marchés mondiaux ou de ruptures des chaînes logistiques. À ces contraintes s'ajoutent des coûts de transport élevés, une forte dépendance énergétique et une exposition accrue à l'inflation importée.

Les vulnérabilités climatiques et naturelles constituent un autre facteur structurant. La Caraïbe est l'une des régions du monde les plus exposées aux catastrophes naturelles : ouragans d'intensité croissante, séismes, phénomènes de submersion marine et érosion côtière. Ces aléas ont des conséquences directes sur les infrastructures, les finances publiques et la stabilité sociale des États concernés. Dans ce contexte, la coopération régionale apparaît indispensable, notamment en matière de prévention, de préparation et de réponse aux crises. La CARICOM a ainsi développé des outils et des agences spécialisées, au premier rang desquelles la Caribbean Disaster Emergency Management Agency (CDEMA), afin de coordonner les efforts des États membres et de leurs partenaires.

Sur le plan sécuritaire, les États caribéens sont confrontés à des menaces transnationales croissantes. Le trafic de stupéfiants, les réseaux criminels organisés, la circulation illicite des armes et les flux migratoires irréguliers affectent l'ensemble de la région et dépassent largement les capacités de réponse des États pris individuellement. La CARICOM a progressivement renforcé sa coopération en matière de sécurité, notamment à travers l'Agency for Crime and Security (IMPACS), qui joue un rôle central dans l'échange d'informations, la coordination des politiques de sécurité et le dialogue avec les partenaires internationaux.

Ces vulnérabilités partagées expliquent la centralité croissante de la CARICOM comme espace de concertation et de coordination régionale. Elles éclairent également l'intérêt pour la France et pour ses collectivités d'Amérique de s'inscrire dans cette dynamique régionale, afin de mieux appréhender les enjeux transfrontaliers auxquels elles sont directement confrontées, tout en respectant la répartition des compétences entre l'État, les collectivités territoriales et l'Union européenne.

3. Une organisation engagée dans une affirmation progressive sur la scène internationale

Depuis une quinzaine d'années, la Communauté des Caraïbes s'attache à renforcer sa visibilité et son influence sur la scène internationale, en affirmant des positions communes sur les grands enjeux globaux qui affectent directement ses États membres. Cette démarche répond à la volonté de petites et moyennes puissances insulaires de peser collectivement dans les enceintes multilatérales, là où leur voix individuelle demeure limitée.

La CARICOM joue un rôle particulièrement actif dans les forums internationaux consacrés au changement climatique et au développement durable. Elle constitue l'un des piliers de l'Alliance des petits États insulaires (AOSIS), au sein de laquelle elle défend des positions coordonnées sur l'adaptation climatique, le financement de la transition écologique et la reconnaissance des vulnérabilités spécifiques des États insulaires. Cette mobilisation collective a permis aux États caribéens d'acquérir une visibilité accrue et une capacité d'influence réelle dans les négociations internationales.

Parallèlement, la CARICOM entretient des partenariats structurés avec plusieurs acteurs internationaux majeurs. Elle développe un dialogue régulier avec les États-Unis et le Canada, notamment dans les domaines de la sécurité régionale, de l'énergie et de la coopération économique. Elle entretient également des relations étroites avec l'Union européenne, en particulier dans le cadre des politiques de développement, de résilience climatique et de coopération régionale, ainsi qu'avec d'autres partenaires internationaux, dont la Chine, dont la présence économique et diplomatique s'est accrue dans la région au cours des dernières années.

Dans ce contexte, la participation accrue de territoires européens au sein des mécanismes de la CARICOM revêt une dimension stratégique. Les collectivités françaises d'Amérique apparaissent comme des partenaires de proximité disposant d'une expertise institutionnelle, technique et normative singulière, susceptible de renforcer les capacités d'action de l'organisation régionale. Leur insertion progressive dans l'écosystème caribéen contribue également à renforcer les passerelles entre la CARICOM et l'Union européenne.

Pour la France, ce rapprochement s'inscrit dans une logique de cohérence géopolitique et diplomatique. Il permet de consolider sa présence dans une région marquée par une intensification des rivalités d'influence, tout en privilégiant une approche multilatérale et partenariale. En favorisant l'intégration régionale de ses collectivités d'Amérique, la France renforce sa capacité à dialoguer avec la CARICOM et à inscrire son action dans les dynamiques régionales existantes, sans remettre en cause les équilibres institutionnels ni les compétences respectives des acteurs concernés.

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