B. LA BEI REFUSE DE FINANCER DES ARMES ET MUNITIONS PAR CRAINTE DE DÉSTABILISER SON MODÈLE ÉCONOMIQUE ET DE PERDRE DES INVESTISSEURS

Le secteur des armes et des munitions est capital pour assurer le réarmement des États membres et remplir ainsi les objectifs fixés par le plan Rearm EU, présenté par la Commission européenne en mars 2025. Pourtant, la BEI n'inclut toujours pas les armes et munitions dans le périmètre de son champ de financement.

Trois arguments principaux sont régulièrement mis en avant.

D'abord, la BEI rappelle que son modèle de financement repose très majoritairement sur sa capacité à emprunter sur les marchés financiers. Or, en finançant les armes et les munitions, la BEI estime qu'elle risquerait de perdre des investisseurs, tout particulièrement ceux sensibles aux critères ESG (environnement, social et gouvernance). La BEI bénéficie d'une notation financière AAA et dispose d'un score ESG très élevé, ce qui lui permet d'emprunter à des conditions très avantageuses. En cas d'extension aux armes et munitions, elle craint que des investisseurs institutionnels, comme les banques centrales, se retirent et que les obligations vertes émises par la BEI soient moins attractives. Selon la BEI, le vert environnemental et le kaki militaire resteraient difficiles à concilier.

Ensuite, la BEI souligne qu'elle appartient à la catégorie des banques multilatérales de développement et que ce statut est précieux pour conserver certaines spécificités. En particulier, il est reconnu à la BEI un statut de créancier privilégié, qui implique d'être payé en priorité en cas de restructuration d'États en difficultés. En finançant des armes et munitions et en se singularisant ainsi des autres banques multilatérales, la BEI craint de perdre ce statut, que les banques se reconnaissent entre elles. Des controverses pourraient émerger sur les prises de positions directes ou indirectes de la BEI.

Enfin, plusieurs acteurs insistent sur le risque de diversion des financements de la BEI vers l'achat de matériels américains. Au sein des instances dirigeantes de la BEI, la levée de ce dernier verrou est soutenue à l'heure actuelle par les États de l'est de l'Europe, en particulier la Pologne. Or ces États achètent majoritairement leurs matériels militaires auprès d'équipementiers américains. Ils accepteraient donc que la BEI finance des armes et munitions américaines ou européennes mais sous licence américaine.

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