LISTE DES PERSONNES AUDITIONNÉES
M. Alain
BAYET, sous-directeur, direction de la Prévision
M. Jean-Jacques BECKER, chef de bureau, direction de la Prévision
M. Hugues BIED-CHARRETON, sous-directeur, direction du Budget
M. Rémy CHARDON, président, Association des
sociétés françaises d'autoroutes (ASFA)
M. Patrick GANDIL, directeur, direction des routes
M. Laurent GARNIER, chef de bureau, direction du Budget
M. Claude GRESSIER, Conseil général des ponts et chaussées
M. Nicolas JACQUET, délégué à l'aménagement
du territoire et à l'action régionale
M. Christian JAMET, directeur général de voies navigables de
France (VNF)
M. Jean-Yves LECLERCQ, chef de bureau, direction du Trésor
M. Bernard MEYNASSERE, président de la 7
ème
chambre
à la Cour des comptes
M. Patrice RAULIN, directeur, direction des transports terrestres et des voies
navigables
M. Daniel TARDY, président, Fédération nationale des
travaux publics (FNTP)
M. Patrick VIEU, sous-directeur, direction des routes
EXAMEN EN COMMISSION
Le
mardi 20 mai 2003, sous la présidence de M. Jean Arthuis,
président, puis de M. Gérard Miquel, vice-président, la
commission a entendu
une communication de M. Jacques Oudin, rapporteur
spécial du budget des transports terrestres et de
l'intermodalité, sur le financement des infrastructures de transport
à l'horizon 2020.
En introduction,
M. Jacques Oudin, rapporteur spécial
, a
rappelé le contexte dans lequel s'inscrivait sa
présentation : le gouvernement a décidé, au mois de
septembre 2002, de lancer un audit des grandes infrastructures de transport,
confié au Conseil général des ponts et chaussées
(CGPC) et à l'Inspection générale des finances (IGF). Les
résultats de cet audit, complétés par une étude
prospective de la Délégation à l'aménagement du
territoire et à l'action régionale (DATAR), ont été
rendus publics au printemps 2003, et le débat au Parlement a
été fixé au mardi 20 mai 2003, à l'Assemblée
nationale, et au mardi 3 juin 2003, au Sénat. Compte tenu de
l'ancienneté des prises de position du Sénat et des travaux de la
commission, qui ont donné lieu à la publication d'un rapport
d'information sur le financement des infrastructures de transport, en
février 2001, il a estimé, en sa qualité de rapporteur
spécial, qu'il convenait d'apporter une nouvelle contribution au
débat.
Procédant à l'aide d'une vidéoprojection,
M. Jacques
Oudin
a brièvement rappelé que la loi d'orientation des
transports intérieurs du 30 décembre 1982 avait
constitué le point de départ d'une ambition française en
matière de transports. Cette loi a conduit à la définition
de programmes sectoriels : le schéma directeur routier national (SRDN),
publié par décret du 1er avril 1992, qui devait doter la
France d'un réseau national d'environ 37.700 kilomètres,
dont 9.540 kilomètres d'autoroutes de liaisons, et le schéma
directeur national des liaisons ferroviaires à grande vitesse, qui
comportait 4.700 kilomètres de lignes nouvelles à
construire. Il a précisé qu'au début de
l'année 2002, 85 % du schéma routier existant
était réalisé et que 1.550 kilomètres de
lignes nouvelles à grande vitesse étaient réalisés.
Il a estimé qu'il faudrait aller beaucoup plus loin pour le mode
routier, pour lequel une actualisation du schéma de 1992 était
nécessaire, comme pour le mode ferroviaire, pour lequel les objectifs de
création de lignes à grande vitesse étaient loin
d'être remplis.
Puis
M. Jacques Oudin
a expliqué que les orientations ambitieuses
du début des années 1990 avaient dû être
aménagées dans la période 1993-1997, avec trois
réformes importantes.
Il a d'abord mentionné la réforme, en 1994, du système
autoroutier concédé, qui a conduit à une recapitalisation
des sociétés d'autoroutes par l'établissement public
Autoroutes de France, à une réorganisation des
sociétés en trois pôles géographiques, et à
la mise en place de contrats de plan quinquennaux avec l'Etat.
Il a ensuite évoqué la loi n° 95-115 d'orientation pour
l'aménagement et le développement du territoire du
4 février 1995, qui a permis de créer, à l'initiative
du Sénat, le Fonds d'intervention des transports terrestres et des voies
navigables (FITTVN), alimenté par une taxe d'aménagement du
territoire, prélevée sur les péages d'autoroutes, et par
une taxe hydroélectrique, mais qui avait aussi conduit à une
révision des ambitions pour les secteurs ferroviaire et fluvial.
Enfin, il a évoqué la réforme du secteur ferroviaire, avec
l'adoption de la loi n° 97-135 du 13 février 1997
séparant l'exploitation des infrastructures ferroviaires et la gestion,
qui a permis de clarifier la situation financière de la
Société nationale des chemins de fer français (SNCF).
L'article 4 du décret du 5 mai 1997 portant statut de Réseau
Ferré de France (RFF) interdisait ainsi de dégrader davantage les
comptes de l'établissement, ce qui imposait un taux de rendement des
investissements de 8 %.
M. Jacques Oudin
a ensuite mis en valeur ce qu'il a qualifié de
« démantèlement » du financement des
infrastructures de transport au cours de la période 1997-2002. Il a
rappelé que la loi de finances pour 2001 avait supprimé, contre
l'avis du Sénat, le FITTVN, les taxes qui l'alimentaient étant
désormais perçues au bénéfice du budget
général de l'Etat. Il a ensuite souligné l'abandon de
l'adossement autoroutier à l'initiative du précédent
gouvernement, suite à un avis du Conseil d'Etat du 16 septembre
1999, alors que ce système permettait que les nouvelles sections
d'autoroutes soient financées par les péages
prélevés sur les sections plus anciennes, avec pour contrepartie
la prorogation des concessions. Puis il a stigmatisé la chute des
investissements de l'Etat et des sociétés d'autoroutes,
partiellement compensée par les collectivités territoriales.
Enfin, il a relevé l'insuffisance des schémas de service qui
envisageaient un schéma multimodal volontariste, avec le doublement du
fret ferroviaire, et mentionnaient de très nombreux projets
ferroviaires, à un coût élevé, sans toutefois y
joindre un plan de financement.
M. Jacques Oudin
a ensuite présenté les conclusions du
rapport d'audit sur les infrastructures de transport commandé par le
gouvernement et les orientations du rapport de la DATAR.
Il a tout d'abord relevé que le rapport d'audit estimait que, de 1996
à 2020, les déplacements des personnes et des marchandises, en
France, devraient augmenter, au minimum, de moitié et assez
vraisemblablement, des deux tiers. Il s'est en revanche
élevé contre les orientations du rapport de la DATAR, qui
relançait l'hypothèse du «découplage» entre la
croissance et les transports, et qui l'inscrivait comme objectif des politiques
publiques, hypothèse également retenue dans le Livre Blanc
européen sur les transports publié en septembre 2001.
Puis il a rappelé qu'une centaine d'opérations avaient
été examinées par la mission d'audit. Il a indiqué
qu'en matière routière, l'audit considérait que la
priorité devait être donnée à l'achèvement du
réseau national structurant, sous la forme d'un grand itinéraire
Nord-Sud dans les Alpes, alternatif au couloir rhodanien, et à
l'achèvement de la grande liaison Est-Ouest entre Lyon et Bordeaux. En
second lieu était préconisé le doublement des grandes
liaisons en voie de saturation, comme les liaisons entre Amiens et la
frontière belge ou entre Thionville et Nancy. Enfin, l'audit envisageait
le financement des contournements des grandes agglomérations dont les
rocades étaient aujourd'hui en voie d'engorgement. S'agissant des routes
nationales interurbaines, la mission d'audit a retenu l'hypothèse qu'un
aménagement en voie express à « deux fois deux
voies » était nécessaire, dès lors que le niveau
de trafic atteignait quinze mille véhicules par jour.
Il a ajouté que la mission d'audit avait retenu cinq projets
ferroviaires : le contournement de Nîmes et de Montpellier, la ligne
du Haut Bugey, la branche Est de la ligne à grande vitesse
Rhin-Rhône, la ligne à grande vitesse Sud Europe Atlantique, et la
ligne à grande vitesse Bretagne-Pays de Loire. Le rapport de mission
n'avait, en revanche, retenu ni le projet Lyon-sillon alpin, ni le train
pendulaire Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (POLT), projets auxquels
M.
Jacques Oudin
s'est cependant déclaré attaché.
Concernant les projets fluviaux, il a indiqué que la mission avait
étudié le projet Seine-Nord et avait estimé que sa
rentabilité socio-économique, de 2,4 %, était trop faible
au regard du coût élevé de l'investissement, estimé
à 2,6 milliards d'euros. S'agissant du projet d'écluse de Port
2000 au Havre, la mission a réservé son jugement.
M. Jacques
Oudin
s'est cependant dit attaché à ces deux projets.
Enfin,
M. Jacques Oudin
a expliqué que la DATAR ne s'était
pas livrée au même exercice que la mission d'audit sur les grandes
infrastructures de transports. Elle avait tenté d'élaborer une
vision plus générale de la politique des transports, qui avait
pour centre d'intérêt principal le développement de
l'intermodalité, mais sans schéma d'ensemble à long terme,
ni schéma d'évaluation financière correspondante. Pour la
DATAR, l'enjeu prioritaire était l'organisation du système de
transport de marchandises, et plus particulièrement le report vers les
modes alternatifs au transport par la route, qu'il s'agisse du transport
ferroviaire, du cabotage maritime ou du transport fluvial.
Il a conclu que les deux rapports remis au gouvernement divergeaient quelque
peu dans leur approche, mais se rejoignaient dans un constat certain : quelles
que soient ses orientations, le programme de développement des
infrastructures de transports d'ici à 2020 nécessiterait
d'importants financements publics.
Concernant les projets routiers et autoroutiers, il a rappelé que
l'audit évaluait le coût de l'ensemble des projets
réalisables d'ici 2020 à 63 milliards d'euros, dont
23 milliards d'euros seraient pris en charge par l'Etat.
Concernant les projets ferroviaires, le scénario techniquement
réalisable coûterait 24,8 milliards d'euros, la part de
l'Etat se montant à 11,8 milliards d'euros. Le coût du
scénario préconisé par la mission d'audit
s'élèverait seulement à 18,8 milliards d'euros, dont
8,1 milliards d'euros de subventions de l'Etat.
M. Jacques Oudin
a conclu que, compte tenu des projets retenus et des
besoins de maintenance, l'Etat devrait mobiliser de 11 à 15 milliards
d'euros supplémentaires sur la période 2003-2020, soit de 6,8
milliards à 10 milliards d'euros pour les routes, selon le plus ou
moins grand effort porté sur les crédits d'entretien, et 4,9
milliards d'euros pour le réseau ferroviaire.
Il a indiqué que, compte tenu des besoins d'investissements, une des
propositions de la mission d'audit et de la DATAR était
d'accroître, dans une certaine mesure, le financement des infrastructures
de transports par l'usager ou par le contribuable.
Il s'agirait, en premier lieu, d'augmenter les recettes d'exploitation de RFF
de 950 millions d'euros par an, ce qui supposerait de relever le niveau de
tarification du fret ferroviaire et des trains express régionaux.
Il s'agirait, en second lieu, d'instaurer une redevance domaniale
kilométrique pour l'utilisation commerciale du domaine public routier.
Elle serait prélevée sur les poids lourds circulant sur les
autoroutes gratuites et sur les grandes liaisons à
caractéristiques autoroutières. La mission évaluait le
rendement d'une telle redevance à 400 millions d'euros par an à
compter de 2006 et à 600 millions d'euros en 2020, soit 7,5 milliards
d'euros sur la période 2006-2020.
Il s'agirait, en troisième lieu, de rapprocher la TIPP du gazole sur
celle de l'essence des véhicules légers. La recette
supplémentaire qui en serait attendue s'élèverait à
200 millions d'euros par an.
Enfin, il s'agirait d'augmenter les ressources propres de Voies navigables de
France (VNF) en portant progressivement le taux de la taxe hydraulique au
plafond défini par décret, ce qui majorerait les recettes de
25 millions d'euros à l'horizon 2007-2008.
Puis
M. Jacques Oudin
a énuméré ses propositions.
Il a souhaité, avant toute chose, disposer de comptes de transports
clairs en revalorisant le rôle de la commission des comptes des
transports de la Nation, dans la continuité des dispositions introduites
à son initiative à l'article 12 de la loi de finances
rectificative n° 2002-1050 du 6 août 2002 et en
accélérant la mise en oeuvre des missions et programmes
définis par la loi organique n° 2001-692 du
1er août 2001 relative aux lois de finances.
Il s'est déclaré opposé à l'augmentation des
prélèvements obligatoires, tout en souhaitant une tarification
plus juste de l'usager, qui pourrait se traduire par l'instauration d'une
redevance prélevée sur les poids lourds.
S'agissant des péages d'infrastructure ferroviaire, il a rappelé
que toute tarification des trains express régionaux (TER) au coût
complet devrait s'accompagner de transferts de ressources aux régions,
autorités organisatrices de transport, pour leur permettre d'assumer
cette nouvelle charge, en application de l'article 72 de la Constitution
récemment modifié.
Enfin, il a souhaité dégager des « marges de
manoeuvre » sur les crédits de fonctionnement du secteur des
transports, et en particulier de la SNCF, entreprise sur laquelle il menait une
mission de contrôle budgétaire en vertu de ses prérogatives
de rapporteur spécial. Il s'est en effet étonné que, parmi
les propositions faites dans les deux rapports remis au gouvernement, aucune ne
consistait clairement à trouver des économies sur le
fonctionnement des services de transport. Il a rappelé que, selon les
chiffres publiés par le dernier rapport de la commission des comptes des
transports de la Nation, les administrations publiques centrales consacraient
au fonctionnement 77 % de leurs dépenses en faveur des transports.
Il a estimé qu'il s'agissait là du gisement le plus important
d'économies budgétaires, qui pouvait être
réalisé grâce à des actions en faveur de la
qualité et du contrôle de gestion, ces actions devant
particulièrement viser la réforme de la SNCF.
Puis il a proposé d'élaborer une loi de programme pour les
transports, la mission d'audit ayant montré que les schémas de
services de transport étaient fondés sur des hypothèses
erronées en matière de trafic, notamment en matière de
trafic de marchandises. La loi de programme devrait arrêter les projets
retenus, leur financement et le calendrier de réalisation et comprendre
des dispositions relatives aux crédits d'entretien. Il a
souhaité, qu'à cette occasion, soient clairement définies
les liaisons de caractère régional ou interrégional,
à financer principalement par les collectivités locales, qui
seraient autorisées à instaurer des péages ; les liaisons
de caractère national, à financer en priorité par
l'usager, ou par le contribuable, lorsqu'elles présentent un
intérêt spécifique en matière d'aménagement
du territoire ou de contribution au rééquilibrage modal ;
enfin les liaisons d'intérêt européen, telles que les
grandes liaisons de fret ferroviaire, pour lesquelles une vraie
négociation devrait s'engager avec l'Union européenne pour
qu'elle contribue de manière plus significative à leur
financement.
Puis il a proposé de créer un fonds national et intermodal de
financement des transports avec des ressources affectées, qui
associerait l'Etat et les régions et disposerait de ressources
pérennes, comme la taxe d'aménagement du territoire, les
dividendes des sociétés d'autoroutes ou la nouvelle redevance
domaniale sur les poids lourds. Il a fait observer que le fonds serait
pleinement compatible avec l'article 21 de la loi organique du
1er août 2001 relative aux lois de finances, qui disposait que les
comptes d'affectation spéciale retraçaient des opérations
budgétaires financées au moyen de recettes particulières
qui étaient, par nature, en relation directe avec les dépenses
concernées. Il a également souhaité que la contribution
communautaire inscrite dans le cadre du budget consacré aux
réseaux transeuropéens (RTE) puisse aller au-delà de
10 % du coût total des investissements, soit 20 % ou 30 %.
Enfin,
M. Jacques Oudin
a souhaité que soit prise en compte la
décentralisation en autorisant les collectivités locales à
instaurer des péages d'infrastructures sur les liaisons qu'elles
réalisaient, et non pas seulement sur les ouvrages d'art. A plus long
terme, il s'est déclaré convaincu que les huit circonscriptions
interrégionales créées par la loi n° 2003-327 du
11 avril 2003 pouvaient devenir, à terme, le cadre pertinent de
réflexion sur le développement des projets d'infrastructures.
En conclusion, il a souhaité donner un éclairage sur les
ressources des sociétés d'autoroutes. Il a rappelé que
l'activité autoroutière concédée progressait de
7 % par an en moyenne depuis 1989 et il a estimé que l'Etat devrait
percevoir 5,8 milliards d'euros de dividendes d'ici à 2020 et de 12
à 19 milliards d'euros de dividendes d'ici à la fin des
concessions, soit entre 2028 et 2032. Il a ajouté que le changement de
régime fiscal permettait désormais à l'Etat de percevoir
l'impôt sur les sociétés dans les conditions de droit
commun, soit 12 milliards d'euros sur la période 2003-2020 et
23 milliards d'euros jusqu'à la fin des concessions. Les
sociétés d'autoroutes s'acquittaient également de la taxe
d'aménagement du territoire et d'une redevance pour 600 millions d'euros
par an, produit qui devrait augmenter pour représenter au terme des
concessions, 1,67 milliard d'euros. Au total, il a estimé que ce
qu'il a appelé la « rente autoroutière »
pourrait atteindre, en cumulant dividendes et taxes de toutes natures, plus de
60 milliards d'euros.
Enfin, il s'est livré à un exercice de simulation, en expliquant
que si le capital de la Société des autoroutes du Nord et de
l'Est de la France (SANEF) devait être ouvert à 50 %, le
montant cumulé des dividendes à percevoir par l'Etat diminuerait
d'un montant compris entre 1,5 et 2,3 milliards d'euros à
l'horizon de la fin de la concession, tandis que si le capital de la
Société des autoroutes Paris-Rhin-Rhône (SAPRR) devait
être ouvert à 50 %, le montant cumulé de dividendes
à percevoir par l'Etat-actionnaire diminuerait entre 2,6 et
4,1 milliards d'euros à l'horizon des concessions actuelles.
Un large débat s'est alors ouvert.
M. Jean Arthuis, président
, a félicité le
rapporteur spécial pour la clarté de sa présentation et il
lui a demandé si son évaluation des dividendes des
sociétés d'autoroutes était faite en euros courants ou en
euros constants. Puis il l'a interrogé sur l'affectation actuelle de la
taxe d'aménagement du territoire.
M. Jacques Oudin
a répondu qu'il avait établi ses
chiffrages en euros courants, ce qui limitait évidemment l'exercice de
prévision, rendu par ailleurs très difficile par l'absence de
réponses aux questions qu'il avait posées à certaines
administrations. Il a confirmé que la taxe d'aménagement du
territoire était aujourd'hui versée au budget
général de l'Etat et qu'il serait difficile de la «
spécialiser », mais il a rappelé que cette taxe, assise sur
les péages d'autoroutes, était véritablement conçue
pour financer l'investissement en infrastructures de transports.
M. Claude Belot
, après avoir félicité le rapporteur
spécial, a regretté que les comptes des transports soient peu
clairs et surtout cloisonnés, sans vision intermodale. Prenant comme
exemple l'expérience de son département, il a expliqué que
la mise à péages d'infrastructures routières pouvait
être une bonne opération financière pour les
collectivités locales, mais il a regretté que le financement des
infrastructures de transports soit réalisé grâce à
des prêts de 15 à 30 ans, pour des ouvrages d'une durée de
vie bien supérieure. Il a ensuite considéré qu'il serait
possible d'affecter les résultats des sociétés
d'autoroutes au financement des retraites, mais qu'il était en tout
état de cause nécessaire d'approfondir la réflexion avant
toute cession de société publique d'autoroutes. Il a enfin
déploré la suppression du FITTVN intervenue dans la loi de
finances pour 2001, ainsi que les discours sur le rééquilibrage
modal en faveur du transport ferroviaire, qui ne s'appuyaient sur aucune
politique stratégique.
M. Jacques Oudin
a souscrit aux propos de
M. Claude Belot
, en
indiquant qu'il lui paraissait également très intéressant
que les collectivités locales puissent mettre directement à
péage des liaisons autoroutières.
M. Auguste Cazalet
s'est déclaré particulièrement
peu satisfait de la manière dont la liaison autoroutière entre
Pau et Bordeaux était prise en compte par l'audit. Il a estimé
qu'il s'agissait d'une infrastructure vitale pour sa région.
M. Jacques Oudin
a répondu que cette liaison n'était pas
considérée comme prioritaire par l'audit, mais devait sans doute
être l'objet d'une réflexion plus approfondie, en prenant en
compte l'engagement des collectivités locales.
M. François Trucy
a félicité le rapporteur
spécial pour la qualité de sa présentation. Il a
relevé que les montants des évaluations financières
concernant le secteur autoroutier étaient considérables. Il a
salué l'effort de transparence du gouvernement, qui avait
décidé de commander un audit des projets d'infrastructures pour
donner plus de clarté au débat. Il a toutefois souhaité
rappeler que l'effort de clarification ne devait pas remettre en cause le
principe selon lequel tout ouvrage commencé devait être
achevé et il a fait remarquer que certaines agglomérations,
proches de barrières naturelles, ne pouvaient faire l'objet de
contournements par des voies de surface. Enfin, il s'est déclaré
inquiet pour l'avenir du TGV Nice-Côte d'Azur et il a demandé au
rapporteur spécial si la liste des projets à réaliser
pourrait encore être modifiée.
M. Jacques Oudin
a répondu que l'audit avait eu pour seule
mission de « faire le point » sur tous les projets qui avaient
été promis ou annoncés, mais qu'il incomberait à la
loi de programme, qu'il souhaitait, de définir le cadre national de
développement des infrastructures de la France à l'horizon 2020,
ou plutôt, selon lui, à l'horizon 2030. Il a relevé que
l'idée que tout ouvrage commencé devait être achevé
était d'autant plus vraie que la notion pertinente, en matière de
transports, était la notion de maillage.
M. Gérard Miquel
s'est déclaré en accord avec la
présentation faite par le rapporteur spécial. Il l'a notamment
remercié d'avoir réintroduit dans le débat la liaison
pendulaire Paris-Orléans-Limoges-Toulouse (POLT), qu'il a estimée
essentielle pour désenclaver les régions concernées par
son tracé, alors même que la ligne ferroviaire était
extrêmement vétuste. Il a déclaré partager l'analyse
du rapporteur spécial sur la nécessité de mener la
réflexion quant à l'ouverture du capital des
sociétés d'économie mixte concessionnaires d'autoroutes.
Il a enfin regretté que, malgré des décennies de
réflexion de la DATAR, la notion d'itinéraire structurant ne soit
toujours pas prise en compte, certaines liaisons autoroutières à
péage succédant à des liaisons gratuites ou inversement,
comme sur les trajets Brive-Vierzon et Brive-Tulle. Enfin, il s'est
interrogé sur la possibilité de rétrocéder à
des sociétés concessionnaires la gestion du réseau
autoroutier national que l'Etat peinait à entretenir correctement.
M. Jacques Oudin
a souscrit à la notion d'itinéraire
structurant, et il a expliqué que la loi de programme sur les
infrastructures de transports devrait être le cadre de cette
définition. Il a regretté l'approche de la loi n° 99-533
d'orientation et d'aménagement durable du territoire du 25 juin 1999,
qui avait « cassé » la notion d'infrastructures au profit de
la notion, plus floue, de service. Il a souhaité que les comptes des
différents services de transports soient bien séparés,
notamment pour le réseau ferroviaire où les performances des
lignes à grande vitesse, des trains classiques, et du fret
étaient sensiblement différentes.
M. François Marc
a salué la créativité du
rapporteur spécial pour chercher de nouveaux financements au secteur des
transports. Il a relevé son pragmatisme à l'égard de
l'éventuelle privatisation des sociétés concessionnaires
d'autoroutes. S'agissant des prélèvements obligatoires, il a
souligné que le ralentissement de la croissance avait conduit à
ce que la France remplisse, dès la fin 2002, son objectif de
réduction d'impôts pour 2006, en revenant au niveau de 1995, et
qu'il y avait donc lieu de s'interroger sur la nécessité de
recourir à de nouvelles contributions pour financer les futurs
investissements. Il a salué la qualité des travaux menés
par l'audit, mais il a souhaité qu'une réflexion approfondie soit
engagée sur la pertinence des critères de rentabilité,
dans un souci d'aménagement du territoire, en prenant comme exemple la
décision politique du Général-de-Gaulle de réaliser
le plan routier breton. Il a enfin expliqué qu'il était
personnellement très réservé sur la mise à
péages de certaines liaisons par les collectivités locales, en
relevant que les territoires se trouvaient dans des situations inégales
au regard de la répartition des trafics.
M. Jacques Oudin
a répondu qu'il estimait que les grandes
liaisons transeuropéennes étaient effectivement vitales pour la
France, le réseau de développement des transports ayant
été trop longtemps considéré dans un cadre
strictement hexagonal. Il a reconnu que la régionalisation de certaines
liaisons était une forme de « pis-aller » lorsque l'Etat ne
pouvait faire entrer ces liaisons dans le cadre d'un plan de
développement national. Il a toutefois estimé que la variation
des montants des péages autoroutiers pouvait être sensible, compte
tenu de l'élasticité relativement forte de la demande de
transports, le cas des péages au tunnel du Mont-Blanc ayant
démontré qu'une hausse sensible de la tarification n'engendrait
pas nécessairement une décroissance des trafics.
M. Yves Fréville
s'est déclaré frappé par la
dégradation de la méthodologie appliquée aux choix des
infrastructures de transports. Il a considéré que l'audit avait
été un travail de réflexion intéressant. Il a
ajouté que les contrats de plan Etat-régions avaient
été « catastrophiques », puisque l'Etat «
reprenait d'une main » ce qu'il donnait de l'autre. Il a donc
souhaité que l'on remette à l'honneur les calculs de
rentabilité, avec la difficulté de définir des
rentabilités comparables entre modes de transports. S'agissant du
financement, il a souscrit à l'idée de maintenir la
prédominance du péage, mais il a relevé qu'il devait
être accepté par les usagers, ce qui ne lui semblait pas
évident, notamment s'agissant des péages urbains. Il a
expliqué que le réseau en rase campagne était soumis
à des péages plutôt élevés, alors que le
réseau urbain, très engorgé, supportait des péages
faibles. Il a indiqué que les collectivités locales
finançaient les lignes à grande vitesse qui
bénéficiaient en premier lieu à la région
parisienne, alors que celle-ci ne les cofinançait jamais. Enfin, il
s'est demandé si la création d'un compte d'affectation
spéciale permettait de recourir à l'emprunt.
M. Jacques Oudin
a répondu qu'il convenait de définir des
réseaux structurants, que les calculs de rentabilité intermodale
devaient pouvoir être réalisés conformément aux
circulaires en vigueur depuis 1995, que les péages étaient,
à son avis, un bon moyen de financement des infrastructures, en raison
d'un certain niveau d'élasticité de la demande aux prix, au moins
dans le mode routier, et qu'il était évidemment favorable
à ce qu'il soit toujours possible d'emprunter pour financer les
nouvelles infrastructures.
La commission a alors décidé d'autoriser la publication de la
communication de M. Jacques Oudin sous la forme d'un rapport d'information.