C. LA RÉPARTITION DES SUBVENTIONS ENTRE RÉGIONS EST-ELLE SATISFAISANTE ?

La loi du 25 juin 1999 ne fixe pas explicitement l'objectif d'un rééquilibrage territorial au niveau interrégional 35( * ) . Néanmoins, elle prévoit, à l'article 1 er de la loi du 4 février 1995, que la politique d'aménagement du territoire permet « un développement équilibré de l'ensemble du territoire national », et tend à « réduire les inégalités territoriales ». Par ailleurs, le rééquilibrage interrégional a longtemps été un objectif privilégié de la politique d'aménagement du territoire.

Il peut donc sembler intéressant de se demander dans quelle mesure les crédits du FNADT concourent à cet objectif.

Interrogée à ce sujet par votre rapporteur spécial, la DATAR a indiqué ne pas disposer du montant des subventions cumulées par région. Votre rapporteur spécial a donc calculé ces montants à partir des différents rapports au Parlement.

1. Une répartition proche de celle des contrats de plan Etat-régions

Il convient tout d'abord de rappeler que le FNADT contribue, par sa section locale, au financement des contrats de plan Etat-régions. Les engagements concernés sont de l'ordre de 45 millions d'euros par an.

Ainsi, la répartition des engagements du FNADT entre régions est évidemment très proche de celle prévue pour la contribution de l'Etat par les contrats de plan Etat-régions 2000-2006, financée à hauteur d'environ 7 % par le FNADT, comme l'indique le graphique ci-après.

CPER 2000-2006 : part de l'Etat et engagements du FNADT

(euros/ habitant)

(engagements de crédits du
FNADT 1997-2001)

(contribution de l'Etat pour
les CPER 2000-2006)

Sources : Datar, Insee

2. La Corse est la région de loin la plus subventionnée

Les graphiques ci-après indiquent la répartition des crédits et des engagements entre les différentes régions depuis 1997.

La courbe correspond à la relation tendancielle entre le PIB par habitant et les aides du FNADT. Les régions situées au-dessus sont donc plus aidées que les autres compte tenu de leur revenu par habitant, celles situées en-dessous sont moins aidées.

Ils montrent que, tout comme les contrats de plan Etat-régions, le FNADT a fortement favorisé la Corse , comme l'indiquent les graphiques ci-après.

PIB par habitant et dépenses du FNADT

Régions de métropole

1° Répartition des crédits décidée en CIADT et réunions interministérielles

Répartition des crédits du

FNADT 1997-2000 (euros/ habitant)

PIB/habitant (moyenne = 100) (1996)

Sources : Insee, rapports au Parlement sur l'utilisation des crédits du

FNADT

2° Engagements de crédits

Engagements de crédits du

FNADT 1997-2001 (euros/ habitant)

PIB/habitant (moyenne = 100) (1996)

Sources : Insee, rapports au Parlement sur l'utilisation des crédits du

FNADT


Ces graphiques permettent également de mettre en évidence le caractère privilégié de l'Ile-de-France en matière de PIB par habitant , deux fois plus élevé que celui des régions les plus pauvres. Les subventions par habitant dont elle bénéficie étant quasiment nulles, il semble difficile d'en critiquer le montant, à moins d'envisager une contribution négative.

3. Le cas des autres régions métropolitaines

Les graphique ci-avant montrent qu'en règle générale, plus une région est riche, moins elle bénéficie de subventions du FNADT .

Sur la base des engagements de crédits, les régions bénéficiant le plus du FNADT (plus de 25 euros par habitant depuis 1997) sont, outre la Corse, les suivantes :

- les régions minières en reconversion (Nord-Pas de Calais, Lorraine) ;

- le Massif central (Auvergne et Limousin) ;

- la région Midi-Pyrénées ;

- la Franche-Comté.

Cela correspond globalement à ce qu'on peut attendre d'une politique visant à limiter les déséquilibres entre régions 36( * ) .

4. Les investissements en infrastructures privilégient les régions minières et la Corse

Les économistes s'accordent généralement à penser que les dépenses contribuant le plus au développement économique sont celles en infrastructures. Ceci s'explique par l'impact positif d'une bonne dotation en équipements publics sur les productivités du travail - la main d'oeuvre - et du capital - investissements privés - des secteurs économiques marchands. En particulier, les équipements dits de « réseaux » (transports, eau, assainissement...) auraient une contribution sur l'efficacité productive de l'économie nettement supérieure à celle des équipements dits de superstructures (éducation, culture, santé, protection sociale...) 37( * ) . Par exemple, les investissements de transports diminuent les coûts en même temps qu'ils élargissent la taille des marchés, celui du travail notamment.

Or, la logique du FNADT est de concentrer ces subventions sur les zones minières. On peut rappeler à cet égard que l'un des cinq fonds regroupés lors de la création du FNADT était le fonds de restructuration des zones minières (GIRZOM). Ainsi, dans le cas de la section locale, la circulaire du 9 novembre 2000 prévoit qu' « à l'exception des programmes concernant la restructuration des zones minières inscrits dans les contrats de plan, le subventionnement d'infrastructures classiques (voirie et réseaux divers en milieu rural ou urbain), de mobilier urbain et d'immobilier d'entreprise est exclu du financement des projets d'investissement sous maîtrise d'ouvrage publique » 38( * ) .

Certaines zones minières ont d'ailleurs moins bénéficié des aides de l'Etat que d'autres. On peut en particulier s'interroger sur le traitement de certaines d'entre elles, celles du Massif Central en particulier (telles que Decazeville).

Ainsi, de 1997 à 2001 les subventions du FNADT destinées à financer des infrastructures ont nettement privilégié le Nord-Pas de Calais , la Lorraine et, dans une moindre mesure, la Corse , comme l'indique le graphique ci-après.

Investissements d'infrastructures

Crédits engagés de 1997 à 2001

Montant des investissements (euros/ habitant)



PIB/habitant (moyenne = 100) (1996)

Sources : Insee, rapports au Parlement sur l'utilisation des crédits du FNADT


Il n'est donc pas impossible que le FNADT ait surtout contribué au développement économique de trois régions : le Nord-Pas de Calais, la Lorraine et la Corse.

Cette appréciation doit cependant être considérée avec prudence . Il est en effet probablement trop schématique d'opposer des investissements en infrastructures, qui contribueraient fortement au développement économique, et les autres dépenses, qui y contribueraient peu. Il est cependant difficile d'être plus précis, compte tenu des insuffisances de l'évaluation de l'impact des opérations financées.

On peut néanmoins s'interroger sur la pertinence de l'interdiction, dans le cas de la section locale, des financements d'infrastructures . Il s'agissait, selon les indications fournies par la DATAR, de mettre fin à « certaines dérives » constatées par la Cour des comptes. Ces dernières concernaient en particulier l'immobilier d'entreprises, qui fait l'objet de règles d'encadrement extrêmement strictes, de niveau national ou communautaire. L'objectif était également d'éviter que le FNADT se transforme en outil de financement des infrastructures, ce qui l'empêcherait d' « exister » face au budget du ministère de l'Equipement (qui doit financer 35 % des contrats de plan Etat-régions, contre 7 % pour le FNADT). On peut cependant se demander si l'on n'est pas allé trop loin.

Page mise à jour le

Partager cette page