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L'avenir de la filière agricole à l'horizon 2050

 

4. La santé déterminée par les prix des aliments et les revenus des consommateurs ?

La baisse continuelle du prix des matières grasses et la hausse concomitante du prix des fruits et légumes frais serait l'illustration du fait que l'alimentation évolue sous l'effet de mécanismes économiques puissants, toujours à l'oeuvre, même si d'autres facteurs explicatifs existent ; par exemple, il est avéré que les prises alimentaires entre les repas sont une source importante de déséquilibre alimentaire. Ce n'est pas le lieu d'entrer ici dans le détail, d'autant que le sujet est encore mal connu ; c'est précisément une bonne raison pour encourager les recherches qui permettraient peut-être d'endiguer le développement mondial de l'obésité, qui a des conséquences directes sur la santé des citoyens et le coût des politiques publiques qui y étant associées. Donnons cependant une idée de la proportion d'adultes obèses (c'est-à-dire, dont l'indice de masse corporelle est supérieur à 30) dans les pays de l'OCDE, autour de l'année 2000 (source : OCDE, 2003) :

Japon : 3,2

Corée : 3,2

Norvège : 6

Suisse : 6,8

Italie : 8,6

France : 9

Autriche : 9,1

Suède : 9,2

Pays-Bas : 9,3

Danemark : 9,5

Irlande : 10

Finlande : 11,4

Pologne : 11,4

Allemagne : 11, 5

Belgique : 11,7

Islande : 12,4

Espagne : 12,6

Portugal : 12,8

Tchéquie : 14,8

Canada : 14,9

Slovaquie : 16,2

Nouvelle-Zélande : 17

Hongrie : 19,4

Australie : 20,8

Royaume-Uni : 22

Mexique : 24,2

Etats-Unis : 30,9

Comme le soulignent les industriels du prêt-à-porter, les français ont tendance à plus grossir que grandir, ainsi que le démontre une étude récente :

 

1970

2006

Femmes

Hauteur

160,4

162,5

Poids

60,6

62,4

Hommes

Hauteur

170,1

175,6

Poids

72,0

77,4

5. Notre santé en danger ? Firmes et Etats sont préoccupés

Les firmes sont conscientes qu'elles doivent satisfaire les consommateurs et répondre aux besoins que ceux-ci perçoivent. C'est le cas d'Unilever, par exemple, qui a décidé, depuis qu'il y a été sensibilisé par l'acquisition de sa filiale Slim fast en 2000, de revoir la composition de 16.000 produits et de les alléger. Il devrait en résulter un abaissement significatif des composants suivants : 25.000 tonnes de graisses, 10.000 tonnes de sucre et 2.000 tonnes de sel. Unilever a aussi décidé de communiquer sur ses produits anticholestérol Pro activ, en s'associant à l'assureur MAAF. Même chose pour Danone avec les AGF.

Industriels et distributeurs s'interrogent sur la façon d'informer à propos de ce sujet encore mal connu d'eux-mêmes et des consommateurs ; comment communiquer dans ce cas ? Que doit comporter l'étiquetage nutritionnel ? Les anglais ont choisi une communication du type « feu rouge-feu orange-feu vert ». Les français n'approuvent pas un tel dispositif. Que faire pour être bien compris ? Des acteurs comme Casino ou Lesieur étudient la possibilité de mettre en oeuvre les indicateurs mis au point par les médecins nutritionnistes Patrick Sérog et Jean-Michel Cohen. Leur « curseur nutritionnel » classe les 10.000 articles dont ils tiennent à jour l'analyse alimentaire en trois catégories : « plaisir nutrition », à privilégier quand on surveille son alimentation ; « plaisir classique », pour une consommation fréquente ; « plaisir gourmand », plus gras, plus sucré, plus salé que la moyenne. Un pictogramme indique si les données sont basées sur les besoins moyens d'un adulte ou d'un enfant. Cinq pictogrammes affichent les calories, les protéines, les lipides, les glucides et le sel. Le pourcentage des apports quotidiens recommandés est figuré par une barre, positionnée par rapport à une ligne qui délimite le tiers des apports quotidiens recommandés, en vue d'aider le consommateur à se repérer sur un repas. Enfin, les apports nutritionnels du produit sont indiqués en valeur absolue. Est-ce la bonne réponse ? Est-ce une bonne réponse ?

Comme on le voit, le processus d'information est difficile. Et s'il est nécessaire, il ne peut pas suffire à rendre moins coûteux le choix des options individuelles favorables à la santé de toute une population. Le consommateur libre, compétent, rationnel existe-t-il ? Le citoyen libre, compétent, rationnel existe-t-il ?

Les congrès se multiplient pour déterminer les bonnes habitudes alimentaires. L'un d'eux s'est tenu récemment à Rome sur le « régime méditerranéen », et en particulier sur le « régime crétois » : les habitants de l'île bénéficient du taux de mortalité coronarienne le plus faible du monde. « Certes, leur alimentation est plus saine que celle des américains. Mais la différence est autant qualitative que quantitative. Les descendants du roi Minos sont des adeptes de la frugalité. Chaque jour, ils absorbent 20 % de calories de moins que les américains. En moyenne, ils consomment deux fois plus de fruits et de légumes que tout autre pays dans le monde. Ils fuient aussi les fritures à base de graisses saturées qui font les délices des pays développés ». Connu. Ce qui l'est moins, c'est qu'un pays, la Finlande, a démontré qu'il était possible de renverser les mauvaises habitudes alimentaires. Les Finlandais détenaient le record mondial des accidents coronariens. En dix ans, ils ont retrouvé l'équilibre grâce à un vaste programme national. Celui-ci vantait évidemment les mérites d'une alimentation plus riche en fruits et légumes. L'Etat, directement intéressé au succès de l'opération, a mis la main à la poche en offrant gratuitement des fruits aux salariés des entreprises et en lançant des campagnes d'information. Le résultat est spectaculaire : « Nous avons réduit de 80 % le nombre d'accidents cardiovasculaires et de 90% le nombre de diabètes de type 2 », résume Pirjo Pietinen, chercheur à l'Institut national de la santé publique d'Helsinki. Wilfrid Kamphausen, administrateur principal à la direction « santé et protection du consommateur » de la Commission européenne, est affirmatif : « L'Europe paye un lourd tribut à une alimentation déséquilibrée. Si la tendance actuelle se poursuit, près des deux tiers des européens auront atteint le seuil de l'obésité en 2020 ».