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Le système de protection sociale en Argentine : reconstruire après la crise

 

B. DES POLITIQUES DE SOLIDARITÉ À L'EFFICACITÉ LIMITÉE

1. La lutte contre l'exclusion

a) Le plan Jefes y Jefas

Créé en janvier 2002 par le précédent Président de la République, Eduardo Duhalde, le plan Jefes y Jefas avait pour objectif d'apporter une aide aux familles les plus démunies. Ce plan constitue l'un des piliers de l'action sociale menée par le Gouvernement.

Conçu comme un plan d'urgence en réponse à la crise de 2001, sa durée initiale devait être d'un an ; il a, depuis, été reconduit chaque année.

Doté d'un budget de 3,5 milliards de pesos (soit 80 % du montant de l'aide sociale distribuée par l'Etat), il prend la forme d'une aide de 150 pesos4(*) accordée à toute personne sans emploi ayant des enfants mineurs ou handicapés à charge, en contrepartie d'une obligation de scolarisation et de vaccination des enfants et de travaux d'intérêts généraux. Il est géré par les collectivités locales

En octobre 2006, 1,5 million de personnes bénéficiaient de ce programme. Les femmes chefs de famille représentent 70 % des bénéficiaires de cette aide et les deux tiers des bénéficiaires ont entre vingt-six et quarante-cinq ans.

Le financement de cette aide est assuré par les ressources fiscales fédérales et régionales et des crédits spécifiques obtenus auprès de la banque mondiale.

Le gouvernement du Président Duhalde a tenté de transformer ce programme en une stratégie de lutte contre le chômage. L'idée, énoncée en janvier 2003, était d'adjoindre à ce programme social un volet réinsertion, en se fixant comme objectif le recrutement d'un quart des deux millions de bénéficiaires par le tissu des PME.

L'entrepreneur devait verser au salarié le différentiel entre le salaire préalablement négocié par les autorités publiques et le montant de l'aide sociale versée par le Gouvernement. Le plan, appelé « retour au travail », prévoyait une étape de réinsertion de six mois au-delà de laquelle le bénéficiaire du programme était embauché par la PME.

Le volet réinsertion de ce plan s'est avéré être un échec. Outre les problèmes de gestion des bénéficiaires, ce programme a provoqué un effet d'aubaine pour les PME qui ont licencié leurs salariés pour les remplacer par des bénéficiaires du programme Jefes y Jefas, réduisant ainsi le coût de leur main-d'oeuvre. Des détournements ont également été constatés au niveau local, le plan étant mis à profit pour la constitution de clientèles électorales.

Face à cet échec, le gouvernement du Président Kirchner a mis en place un nouveau dispositif intitulé Mas y mejor Trabajo. Pour être éligible à ce nouveau programme, une entreprise ne peut licencier aucun de ses employés pendant les trois mois qui précèdent le dépôt de sa demande. L'entreprise doit également s'engager à embaucher le bénéficiaire du programme après huit mois d'activité et payer ses contributions au système de sécurité sociale. En l'état, seuls 13 % des bénéficiaires du programme ont pu retrouver un emploi stable.

Depuis octobre 2006, le gouvernement argentin semble vouloir mener une politique plus dynamique, à la fois dans la prise en charge et dans la réinsertion des bénéficiaires du plan Jefes y Jefas. Deux axes ont été retenus : revoir le volet « travail et formation » et distinguer les personnes employables de celles qui ne le sont pas.

Le gouvernement annonce ainsi la création d'une assurance capacitacion y empleo qui s'adressera dans un premier temps aux bénéficiaires du plan Jefes y Jefas, âgés de moins de trente-cinq ans. Cette assurance leur ouvrira des droits pendant deux ans durant lesquels ils devront faire la preuve d'une recherche d'emploi et devront accepter les offres de formation ou d'emploi qui leur seront proposées. Ils recevront une aide dégressive dont le montant sera de 225 pesos (soit 75 pesos de plus que la prestation mensuelle versée aux bénéficiaires du plan Jefes) durant les dix-huit premiers mois, puis de 200 pesos pour les six mois suivants. Les bénéficiaires qui retrouveront un emploi pourront continuer à recevoir une aide de l'Etat pendant les six premiers mois suivant leur embauche.

Dans le même temps, le gouvernement souhaite transférer les mères de famille du plan Jefes vers un plan Familias. Ce programme, qui octroie une allocation maximale de 200 pesos par mois (en fonction du nombre d'enfants), est réservé aux mères de famille qui suivent une formation susceptible de faciliter leur réinsertion sur le marché du travail ; il compte aujourd'hui environ 240 000 bénéficiaires. Le Gouvernement a prévu de relever le montant de l'indemnité mensuelle versée dans le cadre de ce plan jusqu'à 275 euros.

Ce projet a reçu un accueil très favorable de la part des différents acteurs sociaux. Son montant, estimé à un milliard de dollars, est financé grâce à l'aide la Banque interaméricaine de développement qui a débloqué des crédits à hauteur de 700 millions d'euros.

* 4 La moitié des salariés argentins gagne moins de 400 pesos par mois, le salaire minimum est fixé à 630 euros.