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Le nouvel « âge d'or » des fonds souverains au Moyen-Orient

 

B. LA DIVERSITÉ DANS LA COMPOSITION DES POPULATIONS DES TROIS ETATS VISITÉS

Au delà de l'apparente unité, et de leur participation au Conseil de coopération des Etats du Golfe (CCEAG)3(*), ces trois pays sont pourtant très divers, tant sur le plan démographique que confessionnel.

1. Le faible poids des nationaux au sein de la population

L'Arabie Saoudite compte officiellement plus de 22 millions d'habitants (avec une croissance démographique de 4 % par an) dont 35 % d'étrangers tandis que le Royaume de Bahreïn a environ 700.000 habitants, dont près de 38 % d'étrangers.

Ce dernier est le seul Etat majoritairement chiite de la péninsule arabique (trois-quarts des 430.000 ressortissants bahreïniens). Toutefois, ils sont toujours victimes de discriminations, notamment à l'embauche dans l'administration, où les autorités préfèrent recruter des étrangers. L'évolution démographique des cinq années à venir sera vraisemblablement favorable aux sunnites, ce qui constitue un facteur d'inquiétude important pour la communauté chiite qui se trouve en « porte-à-faux » entre la loyauté au régime et la revendication de leurs droits, perçue à l'intérieur du royaume, comme une forme de « connivence » avec l'Iran.

Plus exceptionnelle, c'est un cas unique au monde, est la situation des EAU, qui comptent environ 5 millions d'habitants, dont 80 % d'étrangers originaires aux deux-tiers du sous-continent indien (Inde, Pakistan, Bangladesh).

Le faible poids des nationaux pose donc, pour tous ces pays, à la fois une question de sécurité géopolitique, de cohésion nationale mais aussi économique.

2. Une source de faiblesses économiques et géopolitiques.

Cela est particulièrement vrai aux EAU, où cette population étrangère largement majoritaire domine le secteur privé alors que la population locale est quasi-exclusivement employée dans le secteur public.

Dans un contexte de développement du secteur privé, il est question d'étendre la politique de quota, déjà instaurée dans le secteur bancaire, afin de permettre aux nationaux de pleinement jouer un rôle dans la diversification et la croissance économique de leur pays. Cette « émiratisation » des emplois4(*) crée une contrainte pour les entreprises étrangères qui, tenues de recruter une main d'oeuvre locale souvent peu qualifiée et moins bien formée aux spécificités du marché du travail, doivent financer des formations (mises à niveau techniques ou formations en anglais principalement). Ce type de pratiques équivaut, de fait, à un quasi-prélèvement obligatoire, même s'il n'apparaît pas formellement comme tel.

Conscientes de la faiblesse démographique et militaire de la Fédération, ayant pour priorité la sécurité et l'indépendance de l'Etat, les autorités émiriennes ont ancré le pays dans un réseau de solidarités régionales et internationales, en s'assurant la protection des principales puissances, en même temps qu'elles s'engageaient dans une ambitieuse politique d'acquisition d'armements.

* 3 Le Conseil, créé en 1981, regroupe l'Arabie Saoudite, le Koweït, les Emirats arabes unis, le Royaume de Bahreïn, Oman et le Qatar.

* 4 Il existe également un phénomène de « saoudisation ».