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A quoi sert le baccalauréat ?

 

B. UNE FORME STABILISÉE, MAIS DES RÉFORMES QUI SE POURSUIVENT

1. L'apparition du baccalauréat en deux parties

La défaite de 1870 en fournit l'occasion. La supériorité de l'éducation prussienne, considérée comme plus ouverte et plus moderne, fait alors partie des raisons invoquées afin d'expliquer la très nette victoire de l'ennemi. Le contenu essentiellement littéraire du baccalauréat commence alors à être mis en cause et le primat du latin semble réellement vaciller pour la première fois. Aux compositions et versions omniprésentes, nombreux sont alors ceux qui opposent une pédagogie plus moderne, qui trouverait son terrain d'élection dans l'introduction de nouvelles disciplines comme les langues vivantes et la géographie.

Au même moment, une nouvelle crainte voit le jour dans l'opinion publique, qui s'interroge sur l'éventuel surmenage que subissent des bacheliers confrontés à des épreuves toujours plus nombreuses et plus lourdes.

La réforme opérée par le décret du 5 juillet 1874 a donc tout à la fois pour objet d'alléger les épreuves du baccalauréat et de tenir compte de la nouvelle définition de la culture générale du bachelier qui se profile alors. En conséquence, le baccalauréat se trouve éclaté en deux parties :

- au terme de la classe de rhétorique, les candidats passent deux premières épreuves écrites, sous la forme d'une version latine et d'une composition latine. Ils subissent également une épreuve orale, où ils ont à expliquer un auteur grec, latin et français et doivent répondre à des questions portant sur l'histoire et la géographie, la rhétorique et la littérature ;

- au terme de la classe de philosophie, les aspirants bacheliers passent deux nouvelles épreuves écrites. Il s'agit d'une composition de philosophie et d'une version de langue vivante. L'oral porte à son tour sur la philosophie, sur l'histoire et la géographie telle qu'étudiées tout au long de l'année, sur les mathématiques et les sciences naturelles ainsi que sur une langue vivante.

L'allègement du baccalauréat est donc tout relatif : sans doute la scission de l'examen en deux parties permet-elle d'étaler la préparation des candidats sur deux années. Mais chacune de ces parties constitue à elle seule une forme de baccalauréat miniature, proche dans ses modalités de l'examen tel qu'on le passait moins de vingt ans auparavant.

C'est qu'entre les différentes conceptions de la culture du bachelier alors concurrentes, nul n'a réellement voulu choisir. Aussi les nouvelles épreuves de langue vivante voisinent-elles avec des épreuves écrites où règne encore le latin, du moins à l'issue de la classe de rhétorique. Une modernisation s'est ainsi amorcée, mais faute de supprimer des disciplines, elle a pour corollaire un alourdissement de la culture demandée aux élèves.

Aux yeux de votre rapporteur, il est donc possible de discerner dès le XIXe siècle l'une des constantes profondes de l'histoire du baccalauréat : faute de réelle volonté de choisir entre différents modèles concurrents de culture, les réformes de l'examen aboutissent le plus souvent à la création de nouvelles épreuves et à la reconnaissance de nouvelles disciplines qui viennent s'ajouter à l'examen, sans que nulle suppression ne vienne les contrebalancer.

LES CHIFFRES DU BACCALAURÉAT : L'ANNÉE 1874

En 1874, le baccalauréat fut obtenu par 6 386 candidats, dont 4 325 nouveaux bacheliers ès lettres et 2 061 nouveaux bacheliers ès sciences, auquel il faut ajouter 1 206 candidats admis au baccalauréat ès sciences restreint créé par le ministre Rouland en 1859 et destiné à ouvrir les portes des facultés de médecine.

A l'évidence, les baccalauréats scientifiques ont donc alors le vent en poupe, leur déconnexion du baccalauréat ès lettres ayant eu pour effet un très net gonflement de leurs effectifs.

Quant au coût du baccalauréat pour les candidats, il augmente fortement avec l'apparition des deux parties. En 1874, l'ensemble des droits s'élève à 120 francs : 60 francs de droits d'examen, 20 francs pour la délivrance des deux certificats d'aptitude et 40 francs pour le diplôme lui-même.