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L'Airbus militaire A400m sur le « chemin critique » de l'Europe de la défense

 

B. LE PARI RISQUÉ DU PROGRAMME A400M

1. Un nouvel avion, un nouveau moteur et une nouvelle avionique...

L'A400M est, on l'a vu, un avion très innovant car il combine des capacités tactiques et stratégiques. Cette polyvalence était un premier défi.

Les Etats européens ont souhaité, et l'industriel l'a accepté, que cet avion soit équipé d'un turbopropulseur de grande puissance entièrement à construire. Ce choix n'est pas condamnable, mais il constituait un deuxième défi.

Enfin, les Etats ont souhaité que cet avion dispose d'une avionique complexe (équipements de navigation) qui n'avait jamais été développée sur aucun avion de transport militaire. Ce qui constituait un troisième défi industriel.

Au demeurant, il semble aujourd'hui que certaines des spécifications de l'avionique ne soient tout simplement pas techniquement réalisables. Ainsi, comme on l'a indiqué ci-avant, l'industriel juge nécessaire :

- de revoir à la baisse les spécifications civiles du système de navigation (FMS) ;

- de suspendre le système de navigation par suivi de terrain (TRN) et le système de pilotage automatique en vol masqué (TM-LLF, option non demandée par la France), jusqu'à maturité des technologies requises, aujourd'hui au-delà de l'état de l'art des technologies.

Individuellement, ces défis pouvaient être relevés. Et ils le seront. Mais, selon les industriels auditionnés par vos rapporteurs, il semble clair que leur mise en série n'a pas facilité les choses.

Un calcul simple montre que si l'on suppose, par convention, que la probabilité de fournir dans les délais le matériel demandé dans chacun de ces trois domaines était de 80 %, il y avait seulement 50 % de chances de réussir globalement.

2. ...à un prix très bas ...

La mise en concurrence, à plusieurs reprises, de l'industriel européen et du consortium chargé de réaliser le moteur a conduit à des réductions de prix peu raisonnables.

Il suffit pour s'en convaincre de rappeler que lors de la conclusion du contrat l'A400M était estimé à la moitié du prix d'un Boeing C17 Globemaster et à peine plus cher qu'un Lockheed C130J.

3. ... dans des délais très courts...

Un programme entièrement nouveau de ce type nécessite un benchmarking (parangonnage) qui n'a pas été effectué ou bien qui a été mal effectué au moment de la réalisation du programme.

Le tableau ci-dessous, réalisé par EADS, montre clairement que le calendrier de réalisation de l'A400M n'était pas réaliste. Alors que, pour les programmes d'avions de transport militaire, la première livraison a généralement lieu entre 10 et 15 ans après le début du développement, dans le cas de l'A400M le délai initialement prévu était de 6,5 ans.