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La Turquie : une puissance et un partenaire économique à prendre en considération

3 juillet 2013 : La Turquie : une puissance et un partenaire économique à prendre en considération ( rapport d'information )

B. DES PERFORMANCES ÉCONOMIQUES IMPRESSIONNANTES, DES CHIFFRES QUI DONNENT LE TOURNIS

Les rencontres effectuées par la délégation de votre commission, notamment à Ankara, ont permis de prendre connaissance des données relatives à l'économie de la Turquie : les performances de ce pays sont impressionnantes.

1. Un taux de croissance très élevé depuis le début des années 2000

Il y a un peu plus de dix ans, en 2001, la Turquie a subi une grave crise financière. Cette crise a conduit le pays à solliciter l'aide du Fonds monétaire international (FMI) et le gouvernement de l'époque, dirigé par M. Kemal Dervis, a mené de vastes réformes économiques et financières qui ont permis d'assainir l'économie et le système bancaire turcs.

Ces réformes ont produit des effets très positifs : la Turquie a connu depuis lors un taux de croissance « à la chinoise », qui a atteint près de 5,2 % par an en moyenne entre 2002 et 2012.

Le graphique suivant montre le niveau particulièrement élevé du taux de croissance turc au cours des sept dernières années - à l'exception de la crise de 2009.

TAUX DE CROISSANCE DU PIB DE LA TURQUIE
(2006-2012)

Source : Service économique régional de l'Ambassade de France en Turquie.

D'après les entretiens effectués par la délégation à Ankara, il apparaît que le ralentissement de la croissance en 2012 est en partie volontaire. Pour 2013, le Gouvernement turc prévoit un taux de croissance de l'ordre de 4 %, comme l'a indiqué le ministre des Finances lors de sa rencontre avec la délégation.

On ne peut donc que constater le « spectaculaire processus de transformation depuis la crise de 2001 » : « durant ces quatre dernières années, le taux de croissance turc flirte avec celui de la Chine, dépassant les 7 % sur quinze trimestres consécutifs. Depuis 2002, la hausse cumulée du PIB est de 25 %, un record dans l'histoire du pays »7(*).

Le taux de croissance n'est d'ailleurs pas la seule donnée illustrant le développement impressionnant de la Turquie : entre 2001 et 2008, les exportations de la Turquie ont ainsi été quadruplées.

2. Une croissance qui profite à la population turque

Les membres de la délégation relèvent que cette croissance importante bénéficie à la population, ce qui explique d'ailleurs très certainement la reconduction de l'AKP à la tête du pays.

Le PIB par habitant a ainsi été multiplié par trois depuis 2001, comme l'illustre le graphique suivant.

L'AUGMENTATION DU PIB PAR HABITANT EN TURQUIE
(1998-2012, en dollars)

Source : Institut du Bosphore.

La croissance du PIB a permis l'émergence d'une classe moyenne en Turquie. Ainsi, « la rapidité avec laquelle la classe moyenne s'est renforcée ces dix dernières années ainsi que de forts taux de croissance économique ont entraîné la sophistication du panier de consommation et une augmentation de la demande de services. Entre 2003 et 2010, la vente des voitures a doublé, atteignant 761 000 unités par an. Le nombre de passagers des aéroports turcs a triplé dans le même temps, tandis que celui des abonnés à la téléphonie mobile est passé de 26,6 à 61,6 millions »8(*).

La multiplication des centres commerciaux - que la délégation de votre commission a pu constater à Ankara - est la meilleure illustration de l'émergence d'une classe moyenne. Certains relèvent qu'« il y a à peine quelques années, les centres commerciaux étaient un phénomène exclusivement urbain. En 2005, seules 21 des 81 provinces de Turquie en possédaient, 60 % étaient localisés dans les trois plus grandes villes. En 2010, ils étaient implantés dans 49 provinces du pays et ils ont plus que triplé dans cette période ; on en comptait 334 en 2010. Aujourd'hui, 52 % des centres sont situés dans les trois plus grandes villes, à savoir : Istanbul, Ankara et Izmir. Cet essor de consommation se manifeste également par l'accroissement de la demande d'éducation et de services de santé »9(*).

3. Une puissance économique très ambitieuse

Le développement des dernières années a permis à la Turquie de devenir la 17ème économie mondiale. Elle est, à ce titre, membre du G 20. Elle est ainsi devenue « une des plus grandes économies et une des plus grandes industries manufacturières à l'exportation dans la région »10(*).

Autrement dit, la Turquie est une puissance économique de rang mondial. Ce nouveau statut donne au pays de grandes ambitions.

Le Gouvernement a ainsi fixé des objectifs très ambitieux pour 2023, année du centenaire de la fondation de la République. La Turquie souhaite devenir l'une des dix plus grandes économies du monde, en atteignant un PIB de 2 000 milliards de dollars (soit un triplement), un PIB par habitant de 25 000 dollars (soit un doublement) et plus de 500 milliards de dollars de recettes pour les exportations (soit un doublement).

Ce programme comporte aussi des objectifs en termes d'équipements, comme l'a souligné M. Gilles Erdogan, directeur général de Vinci Concessions, lors d'un colloque organisé au Sénat en décembre 201211(*). Comme il l'indiquait alors, le Gouvernement turc souhaite « construire plusieurs milliers de kilomètres de lignes à grande vitesse, de voies ferrées traditionnelles, de routes à voies séparées et d'autoroutes [ou] installer 60 000 MW supplémentaires et disposer de trois centrales nucléaires ». Pour ce qui concerne plus précisément les chemins de fer, « d'ici à 2023, le but du Gouvernement est d'étendre le réseau des chemins de fer de 14 531 km pour passer à 25 536 km au total. Il est prévu que 10 546 km des voies soient des lignes à grande vitesse »12(*).

Des projets pharaoniques ont également été lancés, à l'exemple d'un tunnel sous le Bosphore ou, surtout, du projet de troisième aéroport à Istanbul. Cet aéroport devrait être le plus grand au monde, doté de six pistes et pouvant accueillir à terme 150 millions de passagers par an, soit près de deux fois plus que les aéroports de Roissy et d'Orly réunis (ces derniers ont accueilli en 2012 88,8 millions de passagers). Le contrat pour la construction de cet aéroport a été attribué récemment et s'élève à 22 milliards d'euros.

Si certains projets lancés par le Gouvernement peuvent laisser sceptiques et paraître irréalistes à première vue, certains jugent que, « avec le doublement de la productivité et de la participation des femmes dans l'économie du pays, [la Turquie] peut atteindre son but, qui est de faire partie des dix plus grandes économies. Si l'on tient compte des rapides transformations de ces deux dernières décennies et des efforts actuels du gouvernement sur ces questions, atteindre cette cible est possible dans les dix ans à venir »13(*).

Une dernière illustration de la puissance économique de la Turquie est l'émergence d'entreprises qui pèsent dans leur secteur d'activité au niveau mondial. Le meilleur exemple est l'entreprise nationale Turkish Airlines. Cette entreprise, possédée à 49 % par l'État turc, est devenue le fer de lance de l'économie du pays :

- sa flotte a très fortement progressé au cours des dernières années : elle compte aujourd'hui 215 appareils, soit 65 de plus qu'il y a à peine trois ans ;

- la compagnie a effectué récemment des commandes impressionnantes : 117 Airbus pour un montant de 9,3 milliards d'euros ; des Boeing pour 6,9 milliards d'euros ;

- elle bénéficie d'une excellente situation géographique du fait du hub d'Istanbul, entre l'Europe et le Moyen-Orient, et espère bénéficier de la construction du nouvel aéroport stambouliote.

L'objectif de cette compagnie est de devenir d'ici 2023 l'une des dix premières compagnies aériennes du monde.


* 7 Ibid., p. 141.

* 8 Ibid., p. 144.

* 9 Ibid., p. 144-145.

* 10 Ibid., p. 139.

* 11 Colloque Sénat-Ubifrance : le marché à plus forte croissance en Europe, jeudi 13 décembre 2012.

* 12 « Où va l'économie turque ? Trois scénarios à long terme et leurs répercussions sur les politiques menées », Ibid., p. 144.

* 13 Ibid., p. 139