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Union européenne/Russie : les sanctions et après ?

4 juin 2015 : Union européenne/Russie : les sanctions et après ? ( rapport d'information )

B. LES CONSÉQUENCES POLITIQUES : UN DURCISSEMENT DU RÉGIME

Les conséquences politiques des sanctions européennes, quoique sans doute plus indirectes et plus difficiles à évaluer, n'en sont pas moins réelles pour autant.

Dans un premier temps, les sanctions ont pour effet, du moins à court terme, de renforcer la popularité du Président Poutine et de ressouder la population russe autour de ses dirigeants. La mise en oeuvre de sanctions devrait susciter des interrogations sur leur contribution, indirecte, à l'exacerbation d'un nationalisme, dont le regain, dans le contexte du conflit ukrainien et d'une méfiance croissante à l'égard des États-Unis, est incontestable.

Mais les sanctions interviennent dans un contexte de divisions politiques. En effet, selon certains analystes21(*), l'annexion de la Crimée a profondément modifié l'équilibre des forces observable au Kremlin, entre les « libéraux », tel le Premier ministre Dmitri Medvedev, passé au second plan depuis le début du conflit en Ukraine, et les représentants des structures de force (les siloviki, issus du FSB et du GRU, les renseignements militaires) et du complexe militaro-industriel, les premiers ayant été supplantés par les seconds, ces derniers étant du reste divisés par une lutte pour le pouvoir.

En outre, les sanctions ont indéniablement contribué à dégrader le climat des affaires. Elles ont tendu les relations entre les autorités russes et les oligarques. Ces derniers ont d'ailleurs cherché à obtenir des compensations, ce qui tendrait à prouver la réalité des répercussions des sanctions, individuelles en l'espèce. En octobre 2014, la Douma a ainsi adopté une loi controversée, dite « Rotenberg » du nom d'un milliardaire russe, qui permet de dédommager les personnes physiques et morales ayant subi des pertes au titre des sanctions occidentales. Dans le même temps, les oligarques savent qu'ils ne sont plus à l'abri de déboires judiciaires. Les sanctions accentuent la pression sur les oligarques avec lesquels le Kremlin entretient des relations complexes faites de proximité et de méfiance, comme l'a montré l'affaire Bashneft, du nom de la compagnie pétrolière nationalisée à la suite de l'arrestation et du placement en résidence surveillée, pour blanchiment d'argent, de son propriétaire Vladimir Evtouchenkov, 15e fortune du pays, rappelant ainsi l'affaire Khodorkovsky.

L'assassinat, au pied du Kremlin, le 27 février 2015, de l'ancien Premier ministre Boris Nemtsov, l'un des leaders de l'opposition à Vladimir Poutine, a accentué un climat de peur au sein de la population en Russie. Le contrôle des principaux médias, la surveillance d'Internet et la pression exercée sur les ONG contribuent à la dégradation de la situation des droits de l'Homme dans le pays. Fin avril, le ministère de la justice a ainsi exclu le Parti du progrès, dirigé par l'opposant Alexeï Navalny, du registre des partis politiques autorisés par le gouvernement.


* 21 Sur ce point, cf. l'article de Céline Marangé, Les sanctions contre la Russie ont-elles un effet dissuasif ?, Études de l'IRSEM n° 37, janvier 2015.