B. UNE PLACE DE LA BITD FRANÇAISE À RÉINVENTER COMPTE TENU DES ATTENTES DE SÉCURITÉ EN EUROPE
La place de la France dans la BITDE demeure paradoxale. La volonté maintenue depuis plus de soixante ans de préserver son indépendance technologique et une capacité de décision et d'action autonomes est aujourd'hui saluée quand elle n'est pas enviée par nos voisins. Toutefois, le poids de la BITD française, de facto la plus complète du continent, son avance technologique sur plusieurs segments, sa maîtrise unique en Europe des différents aspects de la dissuasion nucléaire peuvent également nourrir une forme de méfiance et une crainte face à une volonté de domination dans le cadre des partenariats européens.
Dans le même ordre d'idées, nombreux sont les partenaires qui ont indiqué regretter les réticences, parfois supposées, des industriels français à partager leurs compétences industrielles avec leurs concurrents européens. Ils ne cachent pas leur volonté de demeurer dans la course aux ruptures technologiques grâce à ces transferts de technologie obtenus dans le cadre des grands programmes menés en coopération.
La place de la BITD française dans la BITDE et sa capacité à y jouer un rôle moteur ne sont donc pas acquises. Nos voisins européens auront en outre toujours tendance à tenir compte de la « garantie de sécurité » américaine qu'ils estiment, à tort ou à raison, attachée à l'achat de matériels américains. L'hégémonie du chasseur américain F-35 sur le continent européen en est la meilleure illustration. Si la BITD française souhaite jouer un rôle de premier plan dans l'essor de la BITDE et nouer des partenariats cohérents avec son niveau de maîtrise technologique, la France devra donc également se poser la question du rôle qu'elle entend jouer dans l'indispensable évolution de l'architecture européenne de sécurité et dans les garanties de sécurité qui devront en découler pour chacun des pays de notre continent.
La BITD française doit, en outre, s'attacher à regarder au-delà de ses partenaires traditionnels et à nouer des partenariats avec les entreprises issues de BITD moins complètes mais, sur certains segments, complémentaires (drones, robots, batteries), comme l'Estonie, où une attente de coopérations industrielles avec la France est perceptible et avec lesquelles des projets se lancent (investissement de Skeleton en Occitanie, partenariat entre Thales et Milrem robotics).