BALANCE COMMERCIALE AGRICOLE :
CHRONIQUE D'UNE CHUTE ANNONCÉE.
Y-A-T-IL UN PILOTE DANS LE TRACTEUR FRANCE ?

I. AU SEIN D'UNE UNION EUROPÉENNE À L'ÉCONOMIE AGRICOLE FORTE, LA FERME FRANCE EST À LA DÉRIVE

A. LA DYNAMIQUE INTERNATIONALE DES ÉCHANGES DE PRODUITS AGRICOLES ET AGROALIMENTAIRES A INCONTESTABLEMENT PROFITÉ À L'UNION EUROPÉENNE

Source : Baci, FMI, calculs des auteurs

Le commerce mondial (hors intra-UE) de produits agricoles et agroalimentaires en valeur

Le commerce international agricole et agroalimentaire se caractérise ces dix dernières années par un grand dynamisme, comme le démontrent Vincent Chatellier et Thierry Pouch dans leur récente publication, en 2025, pour l'Office français des conjonctures économiques (OFCE), « La place de l'Union européenne dans le commerce mondial de produits agricoles et agroalimentaires », et dont les données présentées dans cette sous-partie sont majoritairement issues. En monnaie courante, le flux des échanges monte, en 2023, à 1481 Mds€, alors qu'il n'était que de 680 Mds€ en 2010. L'accélération du rythme des échanges et même plus rapide sur la période 2010-2023 que sur la période 2000-2010, et la croissance des échanges s'est faite à un rythme plus soutenu que celle du produit intérieur brut (PIB) mondial. Force est de constater que, malgré les crises sanitaires et géopolitiques, il est donc toujours possible, pour une nation agricole compétitive, de prospérer dans l'environnement international actuel.

Ce besoin de compétitivité explique d'ailleurs que ces échanges internationaux sont historiquement le fait d'un nombre assez restreint de pays, puisque les dix premiers exportateurs4(*) représentent en 2023 61,2 % du total des échanges. L'Union européenne (UE) arrive assez largement en tête avec 15,7 % des exportations, suivie des États-Unis (10,9 %), du Brésil (9,3 %), du Canada (4,8 %) puis de la Chine (4,5 %).

De même, les dix premiers importateurs représentent 60,9 % du total des importations, avec une hiérarchie quelque peu différente puisque les cinq premiers sont la Chine (14,2 %), les États-Unis (13,7 %), l'UE (12,3 %), le Royaume-Uni (4,9 %) et le Japon (4,6 %).

En 2023, l'UE présente le deuxième solde commercial le plus excédentaire du monde, à 50,5 Mds€, certes loin derrière le Brésil (125,8 Mds€), mais très loin devant le Royaume-Uni (- 41,6 Mds€), les États-Unis (- 41,7 Mds€) et la Chine (- 142,7 Mds€)5(*), pays le plus déficitaire au monde en la matière. En considérant qu'il y a encore deux décennies, le solde de l'UE était déficitaire, on mesure alors le chemin parcouru par certains pays européens, locomotives de la puissance agricole du Vieux continent.

L'excédent européen6(*) provient essentiellement de sa relation commerciale avec les États-Unis, le Royaume-Uni et la Chine, d'où les inquiétudes légitimes face aux tensions commerciales avec deux de ces trois partenaires stratégiques. On notera que l'UE est un géant en matière d'exportation de boissons (38,4 % du total mondial), du fait essentiellement des productions vineuses françaises, italiennes et espagnoles, mais particulièrement françaises7(*).

Source : Calcul des auteurs d'après Comext

Le solde commercial de l'UE-27 en produits agricoles et agroalimentaires

Outre un solde particulièrement favorable pour les boissons, l'UE affiche des performances tout à fait notables en productions animales, et particulièrement concernant les produits laitiers, favorisées par la hausse de la production permise à partir de 2015 par la fin des quotas laitiers (Chatellier, Pouch, 2025).

Enfin, l'UE se distingue aussi par ses performances en matière de viande porcine, assurant 39,8 % des exportations mondiales en 2023. Le secteur avicole présente aussi une situation favorable, notamment grâce à l'augmentation massive de la production polonaise, dans un contexte où la demande pour ces productions ne cesse de croître.

Si l'UE présente un solde négatif sur longue période en matière de production végétales, la situation est hétérogène selon les catégories de produits. On observe fort logiquement des déficits là où la production européenne est faible voire inexistante (café, thé, caco), de même qu'un déficit dans le secteur des oléo-protéagineux, à mettre en lien avec le solde positif des produits animaux (importations importantes d'aliments pour animaux). En revanche, l'UE est un grand producteur de céréales, pour lesquels son solde, positif, n'a cessé de croître. Enfin, malgré le dynamisme de la production Espagnole, l'UE creuse d'année en année son déficit en matière de fruits et légumes, notamment en raison des importations de fruits tropicaux.

L'UE s'affirme donc dans le temps long comme un géant agricole et agroalimentaire, qui a su accroître de façon tout à fait notable son excédent commercial avec le reste du monde, tiré par le dynamisme de certains États membres et la demande internationale. Au sein de cet environnement dynamique et conquérant, la France, puissance agricole historique, fait figure « d'homme malade de l'Europe ».


* 4 Dans l'ordre : UE, Etats-Unis, Brésil, Canada, Chine, Mexique, Indonésie, Inde, Australie et Thaïlande.

* 5 Données issues base de données internationale Baci. Les données issues de la base européenne Comext font état d'un solde de l'UE de 45 Mds€ en 2024.

* 6 À noter que, dans un souci de cohérence statistique, les données mobilisées excluent rétroactivement le Royaume-Uni des statistiques de l'Union européenne. Ainsi, même les données antérieures à la sortie de ce pays de l'UE, sont à comprendre au sens de l'UE des 27.

* 7 Même si la tendance de l'excédent français en vins et spiritueux est, là aussi, à la baisse.

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