Propos introductif de Dominique Vérien,
présidente de la délégation

Si la délégation aux droits des femmes a souhaité inscrire, en ce début d'année 2026, la question des violences sexuelles comme armes de guerre à son agenda, c'est parce que ce sujet demeure, malheureusement, d'une actualité glaçante.

Le viol continue d'être utilisé de manière systématique et organisé comme une arme, voire une véritable tactique de guerre, dans de nombreux conflits à travers le monde. Selon le dernier rapport de Pramila Patten, représentante spéciale de l'ONU chargée de la question des violences sexuelles en période de conflit, plus de 4 600 cas ont été signalés en 2024, ce qui représente une augmentation de 25 % par rapport à 2023. Encore ces chiffres ne reflètent-ils que les cas documentés et vérifiés par l'ONU ; nous savons toutes et tous qu'ils sont très largement sous-estimés.

Il y a plus de douze ans déjà, notre délégation publiait un rapport intitulé Pour que le viol et les violences cessent d'être des armes de guerre. Depuis, elle n'a jamais cessé de se mobiliser sur ce sujet - en 2019, en 2022, à l'occasion de la journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, et aujourd'hui de nouveau, avec ce colloque.

Cette continuité témoigne de notre engagement, mais aussi, hélas ! de la persistance du fléau que nous dénonçons.

Ces violences présentent un caractère massif, systémique et stratégique. Elles sont utilisées comme des instruments de terreur, visant la destruction des communautés elles-mêmes par la honte, l'humiliation et la rupture du lien social.

Ce sont des violences d'une cruauté extrême, qui touchent les femmes, bien sûr, mais aussi les hommes et les enfants, de tous âges. Leurs conséquences, multiples et durables, sont à la fois physiques, psychiques et sociales.

Ces violences détruisent les corps, brisent les trajectoires de vie et s'inscrivent dans la durée, aggravées encore par la solitude des victimes et par la stigmatisation dont ces dernières font trop souvent l'objet. En outre, malgré les avancées normatives, malgré la mobilisation internationale, l'impunité demeure la règle.

L'année 2025 a marqué le vingt-cinquième anniversaire de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies, première résolution à établir un lien direct entre paix, sécurité et situation des femmes. Mais, sur le terrain judiciaire, les condamnations restent rares ; et, lorsqu'elles existent, elles sont souvent insuffisantes au regard de la gravité des crimes commis.

Face à ce constat, existe-t-il une lueur d'espoir ?

Un certain nombre d'initiatives voient le jour. En 2024, la première conférence internationale des procureurs chargés de lutter contre l'impunité des auteurs de crimes sexuels s'est tenue à La Haye. Elle a abouti à la création d'un réseau international de procureurs destiné à mutualiser les expertises, les informations et les stratégies judiciaires. C'est un pas important, car, face à des violences qui n'ont pas de frontières, la réponse ne peut qu'être collective et coordonnée.

Je le souligne avec force, la délégation aux droits des femmes n'oublie pas ces victimes. Ces personnes ne sont pas les victimes collatérales des conflits ; elles sont des cibles, parce que leur corps devient un champ de bataille, parce que leur souffrance est instrumentalisée à des fins militaires et politiques. Notre colloque répond pleinement à cette exigence de dénonciation et de mobilisation.

Les situations du Soudan et de l'Ukraine, auxquelles seront consacrées nos deux tables rondes, sont très différentes par leur histoire et leur contexte. Pourtant, elles révèlent une même réalité, que l'on retrouve aussi en République démocratique du Congo (RDC), en Syrie et en Éthiopie ; une réalité également observée lors des attaques terroristes du 7 octobre 2023 en Israël : l'utilisation du viol et des violences sexuelles comme armes pour terroriser les populations civiles, briser les résistances et atteindre les sociétés dans ce qu'elles ont de plus intime.

Mettre en regard ces situations, ce n'est pas les comparer. C'est rappeler l'universalité des crimes dont il s'agit et affirmer que la lutte contre ces violences, contre l'impunité de leurs auteurs et pour la reconnaissance des victimes doit être menée partout avec la même détermination.

Je tiens à remercier très chaleureusement l'ensemble des intervenantes et intervenants qui ont bien voulu nous faire bénéficier de leur expertise, de leur expérience et de leur engagement.

Je rappelle que notre colloque est filmé et diffusé en direct sur le site internet et les réseaux sociaux du Sénat. Il sera également disponible, par la suite, en vidéo à la demande.

Je cède sans plus tarder la parole à Céline Bardet, fondatrice et présidente de l'organisation non gouvernementale (ONG) « We are not weapons of war », pour un propos introductif. Puis notre collègue Colombe Brossel animera la première table ronde, consacrée au viol utilisé comme une véritable « tactique de guerre » au Soudan.

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