II. LES RAVE-PARTIES : RÉPRIMER PLUS SÉVÈREMENT LES RASSEMBLEMENTS MUSICAUX ILLÉGAUX
A. LA PERSISTANCE DE RAVE-PARTIES ILLÉGALES QUI CONCENTRENT LES NUISANCES
1. Des rassemblements organisés très majoritairement en zones rurales et sur des terrains privés
a) Une typologie variée d'évènements rassemblant un public hétérogène
Si la terminologie la plus utilisée pour parler aujourd'hui des rassemblements musicaux illégaux est l'expression « rave-parties », il est néanmoins nécessaire de distinguer les différents types de rassemblements que ces termes recouvrent.
Tout d'abord et comme l'a rappelé la direction de la jeunesse, de l'éducation populaire et de la vie associative (DJEPVA) au cours de son audition, les « rave-parties » correspondent à des fêtes légales, organisées dans un lieu pouvant recevoir du public, à l'instar d'une discothèque, d'un club ou d'un hangar aménagé. Ces évènements qui s'apparentent à des concerts spécialisés dans la musique techno sont organisés par des sociétés ou des associations titulaires d'une licence d'entrepreneurs de spectacles. Ils sont payants et se déroulent sur une nuit, généralement jusqu'au matin suivant. Ils respectent l'ensemble de la réglementation en vigueur sur l'organisation de spectacles78(*).
En revanche, les « free parties79(*) », ou rave-parties illégales, font référence à des évènements de musique électronique qui ne sont, en général, pas déclarés et qui sont organisés par des amateurs dans des lieux non aménagés à cet effet. Elles sont, dans la plupart des cas, gratuites ou reposent sur un modèle de participation libre. Les organisateurs ne sont pas constitués en association mais plutôt en collectifs informels, appelés « sound systems », regroupant à la fois des artistes et des techniciens.
Au-delà de cette dichotomie de principe, d'autres déclinaisons de rassemblements existent, à l'instar des « multi-sons80(*) » ou des « teknivals81(*) ».
S'agissant du profil sociologique des organisateurs de ces divers rassemblements festifs, une enquête réalisée par l'association Freeform auprès de 800 organisateurs fait état d'un public majoritairement masculin (60 à 70 % d'hommes), jeune (52 % des « raveurs » ont entre 18 et 25 ans, 34 % ont entre 25 et 35 ans), assez expérimenté (41 % d'entre eux organisent une à trois fêtes par an) et appartenant davantage aux catégories socioprofessionnelles « populaires » (ouvriers, employés, techniciens, saisonniers), bien que le profil des participants tende à se diversifier depuis les années 2020. Il convient néanmoins de préciser que ladite enquête repose sur des données agrégées sans qu'il ne soit possible d'isoler les éléments relatifs aux seules rave-parties illégales.
Profil sociologique des participants aux rave-parties
Source : commission des lois, d'après les données communiquées par la DJEPVA
La DGPN a établi un panorama très largement similaire au cours de son audition : « les participants et les organisateurs sont majoritairement jeunes, se situant dans la tranche 18-30 ans ; la plupart se définissent comme anticapitalistes et antifascistes. Toutefois, en majorité, ils ne sont pas des militants actifs de ces mouvements contestataires. [Ils] considèrent la free-party comme un mode de vie, une manière de revendiquer leur liberté d'enfreindre les lois, un moment de partage et d'autogestion ».
La mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) a par ailleurs indiqué que certaines segmentations socioculturelles semblaient persister au sein des publics participants, « coexistent ainsi des teufeurs historiques issus du milieu alternatif et acculturés à la réduction des risques, des jeunes attirés via les réseaux sociaux [...] ainsi qu'un public LGBT à la recherche d'espaces sécurisés pour des soirées à thèmes ».
b) Des rassemblements très majoritairement situés en zones rurales et sur des terrains privés, en particulier dans l'Ouest et le Sud de la France
Les rave-parties se déploient principalement dans des zones rurales - champs, forêts, parcs éoliens ou encore déchetteries -, ainsi que plus marginalement en milieu urbain et périurbain - hangars, friches ou squats militants. Cette prédominance des espaces ruraux s'explique notamment par la volonté des organisateurs de choisir des lieux isolés, éloignés des axes de circulation et donc plus difficilement accessibles pour les forces de sécurité intérieure en cas d'intervention. En moyenne, 70 % d'entre elles environ se déroulent sur des terrains privés selon les données communiquées par la DGPN au cours de son audition82(*).
Les rave-parties sont ensuite caractérisées par une forte saisonnalité. La plupart d'entre elles se déroulent durant la période estivale, en particulier au mois d'août, tandis que les espaces périurbains couverts sont davantage privilégiés à l'automne et en hiver.
S'agissant de la répartition géographique, les rapporteurs ont régulièrement été alertés sur la très forte concentration territoriale des rave-parties et, par extension, des nuisances dont elles sont à l'origine. Le Sud et l'Ouest de la France concentrent plus de la moitié des rave-parties illégales en 2025. Certains territoires font également l'objet d'un suivi particulièrement attentif de la part des préfectures. C'est notamment le cas de la région Bretagne, où des rave-parties se sont tenues à un rythme hebdomadaire au cours de l'année 2024, à l'instar du Teknival de Quimper qui a rassemblé 10 000 participants. Tel est également le cas du département de l'Ain, où 24 rassemblements musicaux illégaux ont été recensés entre 2020 et 2024, ainsi que des régions Provence-Alpes-Côte d'Azur83(*) et Occitanie84(*).
Si certains territoires subissent ainsi de plein fouet le « fléau » des rave-parties illégales, d'autres demeurent à l'inverse relativement épargnés par le phénomène, principalement en raison de leur taux d'urbanisation important. C'est notamment le cas des départements franciliens, dont le faible volume d'espace disponible pour accueillir des rave-parties les préservent pour l'essentiel du phénomène. À titre d'illustration, la préfecture des Hauts-de-Seine a qualifié le phénomène de « quasiment inexistant » au cours de son audition (une occurrence en 2024, trois en 2025 et une seule sur les deux premiers mois de l'année 2026).
Cette géographie des rave-parties traduit ainsi une stratégie d'évitement des contrôles administratifs par les organisateurs, reposant notamment sur la localisation des évènements dans des espaces isolés.
Un report des rave-parties étrangères sur le sol français
La saturation de certains départements, comme celui de l'Hérault, s'explique en partie par un report de « raves » d'origine italienne ou espagnole vers le territoire français, en raison de la politique répressive plus sévère mise en oeuvre dans ces deux pays.
À titre d'exemple, la réglementation italienne prévoit, depuis l'adoption du décret-loi n° 162/2022 du 31 octobre 2022, des peines de trois à six ans d'emprisonnement et jusqu'à 10 000 euros d'amende à l'encontre des organisateurs de rassemblements troublant l'ordre public. En sus, le matériel sonore des organisateurs peut faire l'objet d'une saisie en vue de sa confiscation, voire de sa destruction, tandis que les participants sont également susceptibles de faire l'objet de sanctions pénales.
2. Des rassemblements qui se déroulent, dans leur grande majorité dans l'illégalité
Si l'on observe un léger reflux, depuis le Covid, du nombre de participants et de rassemblements au cours des dernières années, le phénomène des rave-parties illégales a néanmoins connu un essor particulièrement important si l'on observe leur évolution sur le temps long.
Cette progression du nombre de rave-parties en France depuis leur apparition dans les années 1990 s'explique, d'une part, par l'attrait persistant des jeunes générations pour la musique électronique et ses variantes85(*) et, d'autre part, par la diminution du nombre de discothèques en France, accentuée par la crise sanitaire en 202086(*). Les publics jeunes s'orientent dès lors davantage vers ces soirées gratuites ou au coût limité, perçues comme offrant un espace de liberté, et délaissent en conséquence les manifestations musicales légales dont les prix ont sensiblement augmenté au cours de la période récente et dont les horaires sont plus contraints.
Si les rave-parties illégales ne font par définition pas l'objet d'un recensement précis et régulier, une estimation peut néanmoins être produite sur la base des données recueillies auprès des directions générales de la police et de la gendarmerie nationales (DGPN et DGGN).
Ces dernières montrent que ces rassemblements musicaux illégaux connaissent une légère diminution au cours des dernières années et restent concentrés très majoritairement en zone « gendarmerie » - à hauteur des 91 % des rassemblements musicaux illégaux constatés en 2025. En dépit de ce reflux sur la période récente, ils demeurent néanmoins largement répandus sur le territoire français ; 337 ont ainsi été recensés par les forces de l'ordre87(*) au cours de l'année 2025, traduisant la persistance d'un phénomène structuré où la volonté de s'affranchir du cadre légal prédomine. Près de 90 % des départements de France métropolitaine ont par ailleurs enregistré au moins un rassemblement musical illégal cette même année.
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Nombre de rave-parties illégales constatées par la DGGN et la DGPN |
Interventions de la DGGN pour des rave-parties illégales |
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2017 |
690 |
2 831 |
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2018 |
716 |
3 209 |
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2019 |
679 |
2 682 |
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2020 |
332 |
2 203 |
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2021 |
407 |
3 460 |
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2022 |
536 |
3 509 |
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2023 |
437 |
2 702 |
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2024 |
326 |
2 775 |
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2025 |
337 |
1 933 |
Source : commission des lois, d'après les données de la DGPN et de la DGGN
La dernière enquête à ce sujet menée par l'association Freeform en 2015 dénombrait par ailleurs environ 1 500 rave-parties, déclarées ou non, ayant regroupé environ 500 sound systems.
Un rapport réalisé par le député Jean-Louis Dumont en 2008 estimait ce vivier de participants aux rave-parties illgéales à environ 350 000 personnes88(*). Si les rave-parties illégales demeurent des évènements prisés par plusieurs dizaines de milliers de personnes en France, le nombre total de participants semble avoir diminué depuis lors. Selon les données communiquées par la DGPN au cours de son audition, la fréquentation totale des rassemblements musicaux illégaux aurait diminué de 61 % entre 2017 et 2025, avec un vivier diminuant de 270 000 à 103 000 personnes.
En outre seuls 10 % environ des rassemblements musicaux illégaux auraient dépassé 500 participants en 202589(*). De fait, la grande majorité des rave-parties sont organisées de manière autonome, avec des moyens modestes et un volume total de participants in fine limité.
Évolution du vivier total de participants à des rassemblements musicaux illégaux (2017-2025)
Source : commission des lois, à partir des données communiquées par la DGPN
Si cette diminution du nombre total de rave-parties illégales constitue dans l'absolu une tendance dont on peut se réjouir, les rapporteurs estiment néanmoins qu'une analyse purement comptable serait fondamentalement erronée. Le phénomène des rave-parties illégales est tout d'abord loin de s'être tari, ce qui appelle les pouvoirs publics à poursuivre leur action pour y mettre définitivement un terme. De plus, l'examen des données agrégées ne rend pas compte de la répartition géographique déséquilibrée du phénomène sur le territoire national. S'il est heureux que certains départements soient épargnés, d'autres subissent au contraire un véritable calvaire pendant la période d'été qu'il serait particulièrement malvenu de minimiser au prétexte d'une tendance générale favorable. Chaque rave-party s'accompagne enfin de troubles très importants auprès des populations riveraines et les nombreuses dérives qui les accompagnent justifient une action résolue des pouvoirs publics.
3. Des rassemblements qui concentrent de très nombreuses dérives
a) Les rave-parties illégales engendrent des nuisances significatives pour les riverains
Les rave-parties affectent violemment et durablement les habitants des territoires dans lesquels elles se déroulent, en raison, en premier lieu, des importantes nuisances sonores subies par les riverains, parfois pendant plusieurs jours, y compris la nuit. L'installation de « murs de son », soit un système d'enceintes acoustiques pouvant atteindre plusieurs mètres de haut, contribue à amplifier cette pollution sonore. En conséquence, certains habitants doivent même quitter temporairement leur domicile pendant la période de la rave-party illégale.
Plus largement, l'afflux massif de participants dans des territoires géographiquement circonscrits suscite régulièrement d'importantes tensions avec les riverains, notamment lorsque cet afflux conduit au blocage des axes routiers ou à des altercations, parfois violentes.
Ces évènements peuvent également provoquer des atteintes significatives à l'environnement, notamment lorsqu'ils ont lieu dans des sites naturels ou protégés. Ils génèrent en particulier d'importantes quantités de déchets. Si la DJEPVA relève une évolution des pratiques en la matière, les organisateurs semblant veiller au nettoyage des sites à l'issue des rassemblements depuis les années 2010, les rapporteurs ont néanmoins régulièrement été alertés sur la tenue de tels rassemblements sur des sites dits « Natura 2000 » protégés, qui s'en trouvent durablement dégradés.
Les terrains agricoles privés occupés de manière illicite peuvent également faire l'objet de dégradations, susceptibles d'entraîner de lourdes conséquences économiques pour leurs exploitants, sans que cela ne semble produire une prise de conscience ou un quelconque infléchissement dans les comportements des participants.
Enfin, il arrive que les organisateurs mettent en oeuvre un tel rassemblement au mépris de toute considération pour l'état du lieu choisi : la rave-party « From dust till down 2025 », qui s'est déroulée sur trois jours en septembre 2025 dans l'Aude, a été organisée sur des terres sévèrement brûlées par un incendie ayant parcouru 16 000 hectares dans le massif des Corbières un mois auparavant90(*). On ne peut à cet égard que s'émouvoir du mépris exprimé pour le traumatisme vécu par les habitants du département au cours de cet évènement qui a légitimement choqué l'opinion publique
b) Ces rassemblements peuvent également conduire à la commission de comportements délictueux ou criminels par les participants
Les rassemblements musicaux illégaux présentent également des risques importants en matière de sécurité et de santé publique, tant pour les participants que les riverains et les forces de l'ordre.
Les risques liés à la consommation d'alcool ou de substances psychoactives sont tout d'abord particulièrement prégnants et ont systématiquement été signalés aux rapporteurs au cours de leurs auditions91(*).
Leurs travaux ont également mis en lumière l'émergence d'un continuum de la fête, qui tend à rendre les espaces de fête plus poreux et agit ainsi comme un amplificateur de risques. Les mêmes publics, notamment les jeunes générations tendent ainsi à fréquenter indifféremment les festivals, les fêtes étudiantes ou les rave-parties illégales, sans toujours appréhender la différence de nature entre ces évènements ni les risques qui y sont associés. Si les dispositifs d'encadrement associés aux évènements légaux réduit pour partie les risques auxquels ils sont exposés, les rave-parties illégales se caractérisent le plus souvent par une certaine improvisation qui démultiplie les risques de toute nature (violences sexistes et sexuelles, consommation excessive d'alcool, circulation massive de stupéfiants, risque d'incendie ou de glissement de terrain etc.). De l'avis général, les participants aux rave-parties n'ont que peu conscience de cette vulnérabilité accrue et ne s'astreignent dès lors que marginalement au respect des règles de vigilances minimales qu'implique leur présence sur place.
La prévention des risques liés aux usages de substances addictives dans le cadre des rave-parties
La politique de prévention des risques et des dommages liés aux usages de substances addictives « vise à prévenir les dommages sanitaires, psychologiques et sociaux, la transmission des infections et la mortalité par surdose liés à la consommation de substances psychoactives ou classées comme stupéfiants »92(*). Elle se décline en plusieurs niveaux complémentaires :
- la prévention primaire vise à informer des risques associés aux usages ponctuels ou chroniques de substances addictives, via des campagnes à destination du grand public ou ciblées sur des populations particulières93(*) ;
- la prévention secondaire (prise en charge précoce, somatique ou psychiatrique) permet d'accompagner les personnes dans une démarche de réduction ou d'arrêt des consommations ;
- la prévention tertiaire, aussi appelée « réduction des risques et des dommages » (RdRD)94(*), a pour objectif de limiter les conséquences négatives de la consommation de telles substances sur les usagers.
Dans le cadre des rave-parties, ces actions peuvent être mises en oeuvre de manière complémentaire, notamment par des personnels soignants formés ou des associations spécialisées. Ainsi, 12 % des centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues interviennent régulièrement en milieu festif (raves, discothèques), permettant de développer la prévention par des actions de contact avec les participants. De même, l'association Techno+, qui bénéficie d'une subvention annuelle de la direction générale de la santé, mène près de cinquante interventions par an dans des rave-parties illégales, afin de déployer des stands de réduction des risques et des dommages. Ceux-ci ont vocation à diffuser des messages de prévention auprès des participants et à former les organisateurs aux principaux risques liés aux usages de substances psychoactives.
Les acteurs de la RdRD doivent pouvoir accéder aux sites afin de réduire la pression hospitalière et de prévenir les décès. Leur identification est toutefois soumise à des modalités strictes, imposées par l'instruction interministérielle du 12 mai 2023 relative au dialogue à mettre en oeuvre dans le cas de rassemblements festifs organisés par des jeunes (liste nationale, attestations individuelles, etc.). Ils bénéficient en outre d'une immunité pénale95(*). Entendue par les rapporteurs, la DJEPVA indique toutefois recevoir des « remontées régulières d'intervenants empêchés d'accéder au site de la fête, ou dont l'action est limitée, voire interdite par les forces de l'ordre », bien que cette situation demeure minoritaire.
Les forces de l'ordre et les organisateurs contribuent à relayer les messages de prévention.
Si les personnes auditionnées par les rapporteurs s'accordent pour désigner les rave-parties comme des évènements à risque, ce constat demeure néanmoins difficile à illustrer par des données chiffrées, faute de données statistiques fiables.
S'il n'existe pas de base statistique centralisée relative aux incidents sanitaires survenus en milieu festif au cours des dernières années, les rapports de l'observatoire français des drogues et des tendances addictives font état de plusieurs décès - liés à la consommation de kétamine ou aux pratiques de chemsex, en particulier lors de rave-parties -, ainsi que de vagues de surdoses depuis la fin des années 2010. L'apparition d'un nouveau public au sein des raves, plus jeune et donc moins informé des risques liés aux produits, tend selon ces rapports à aggraver ce phénomène96(*).
En outre, si certaines pratiques à risque comme l'absence de protection auditive tendent à diminuer au sein des raves illégales97(*), d'autres se développent, à l'instar de l'absence d'usage de préservatifs, entraînant une recrudescence des cas de dépistage positif aux infections sexuellement transmissibles (IST).
La question cruciale des violences sexistes et sexuelles (VSS) au sein des rave-parties illégales fait quant à elle l'objet d'une double approche, à la fois en matière de formation et de sensibilisation des organisateurs à ces enjeux, et de prise en charge des victimes. Les participants sont exposés à des risques de VSS accrus, en raison notamment de cas de vulnérabilité98(*) voire de soumission chimiques99(*) auxquels certains peuvent être confrontés.
Les associations de réduction des risques et des dommages (RdRD) se coordonnent ainsi avec les secouristes, les forces de l'ordre et les services du parquet afin d'assurer l'orientation de la victime vers un poste médical avancé, ainsi que le dépôt de plainte et le suivi judiciaire ultérieur.
Enfin, les participants s'exposent à des risques accrus pour leur santé physique, avec des cas de déshydratation fréquemment signalés et aggravés par la consommation excessive d'alcool et l'exposition à des conditions climatiques dangereuses. Doivent également être mentionnés les risques routiers liés aux trajets d'accès ou de retour du lieu du rassemblement, lesquels se font souvent de nuit, sur des voies de circulation non aménagées et en présence de conducteurs ne disposant pas nécessairement du discernement nécessaire du fait de leur consommation d'alcool ou de produits stupéfiants.
* 78 Les différentes exigences de la réglementation en vigueur (mise en place d'un service d'ordre, conformité du site aux normes applicables à l'accueil du public, déclaration auprès de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique - SACEM) sont, dans la plupart des cas, effectivement respectés.
* 79 La suite du rapport utilisera l'expression « rave-party » illégale, plus couramment admise, pour désigner les évènements de type « free parties ».
* 80 Regroupant plusieurs sound systems, les multi-sons correspondent à un dispositif mis en place principalement en Loire-Atlantique et en Bretagne entre 2007 et 2013, en concertation avec les préfets. Selon la direction de la jeunesse, de l'éducation populaire et de la vie associative (DJEPVA), il s'agit d'un exemple abouti de dialogue entre les organisateurs et les services de l'État, ayant permis d'éviter toute saturation des fêtes.
* 81 Les teknivals désignent des festivals organisés sur deux à quatre jours et rassemblant plusieurs dizaines de sound systems. S'ils ont également fait l'objet d'une concertation avec les services de l'État, de 2003 à 2015, les teknivals se tiennent désormais sans préparation préalable du site d'accueil par la préfecture, qui n'est informée qu'au moment de la formation des convois et doit, en conséquence, mettre en place en urgence un dispositif prévisionnel de secours (DPS). Ces évènements peuvent rassembler plusieurs dizaines de milliers de personnes, à l'instar de celui de Villegongis en 2024 dans l'Indre, qui a rassemblé plus de 30 000 participants.
* 82 En fonction des territoires, ce nombre peut varier (plus de 50 % dans l'Hérault, 90 % dans les Pyrénées-Orientales).
* 83 Une dizaine de rave-parties ont été dénombrées dans les départements du Var et du Vaucluse en 2024, selon les données de la Mildeca.
* 84 145 interventions des forces de sécurité intérieure y ont été classées « rave/free-parties » depuis le 1er janvier 2017
* 85 La musique « électro » est le genre musical préféré de 19 % des 25-34 ans, selon la cinquième édition du baromètre « La musique dans la vie des Français » réalisé par Verian et le Crédit Mutuel, 5 juin 2025.
* 86 Selon la DJEPVA, 70 % des discothèques françaises ont fermé leurs portes depuis les années 1980, dont 30 % depuis la crise sanitaire de 2020.
* 87 Ce chiffre est néanmoins très probablement sous-évalué,
* 88 Rapport au Premier ministre, « Les grands rassemblements festifs techno », Jean-Louis Dumont, mai 2008.
* 89 La baisse du nombre de rave-parties illégales à plus de 500 participants s'observe aussi à l'échelle départementale : à titre d'exemple, la moyenne annuelle desdites raves dans l'Hérault est passé de 34 à 5, entre 2020 et 2025.
* 90 Le collectif à l'origine de ce rassemblement, qui s'est tenu à Fontjoncouse, a par la suite présenté ses excuses par la voie d'un communiqué publié le 5 septembre 2025.
* 91 Polyconsommation, surdoses, troubles psychiques induits par la consommation, risques infectieux en cas de partage du matériel de consommation, etc.
* 92 Article L. 3411-8 du code de la santé publique.
* 93 Ces campagnes de sensibilisation sont notamment mises en oeuvre par la direction générale de la santé et les agences régionales de santé. En complément, une politique de veille sanitaire est conduite, à l'initiative de l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives. Celle-ci repose sur deux dispositifs, SINTES (Système d'identification national des toxiques et des substances) et TREND (Tendances récentes et nouvelles drogues), qui s'appuient sur un réseau de coordinations locales.
* 94 Les différentes actions de réduction des risques et des dommages sont énumérées à l'article L. 3411-8 précité (analyse de produits, délivrance d'informations et/ou de matériel stérile de consommation, conseils, etc.).
* 95 Aux termes du III de l'article L. 3411-8 du code de la santé publique : « L'intervenant agissant conformément à sa mission de réduction des risques et des dommages bénéficie, à ce titre, de la protection mentionnée à l'article 122-4 du code pénal ».
* 96 OFDT, rapport « Kétamine : Tendances récentes en matière d'offre et de consommation », mai 2025.
* 97 Selon le témoignage de « Jusqu'à l'aube », association en charge de RdRD en Lorraine.
* 98 État de fragilité de la personne liée à la consommation volontaire d'une substance psychoactive.
* 99 La DGS met en oeuvre, depuis le 1er janvier 2026, une expérimentation de lutte contre la soumission chimique, inscrite à l'article 68 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2025. Celle-ci, d'une durée de trois ans, permet le remboursement des examens de biologie médicale permettant de détecter un état de soumission chimique sans dépôt de plainte préalable.

