B. 15 % DE DEMANDE NON SATISFAITE : LE POTENTIEL D'AUGMENTATION DE L'OFFRE TGV EN FRANCE

SNCF Réseau considère que « le réseau ferroviaire français est actuellement utilisé en dessous de ses capacités »131(*). La plupart des acteurs du secteur partagent cette analyse. Il existe une demande non satisfaite de TGV en France que l'on qualifie de « demande latente ». Les estimations l'établissent généralement à environ 15 % de la fréquentation actuelle. Ces estimations reposent essentiellement sur l'analyse des réservations de billets et du remplissage des trains. Elles démontrent que de nombreux TGV circulent en étant complets132(*). Alors qu'un remplissage des rames à environ 80 % est considéré comme optimal, cette situation signifie qu'une proportion non négligeable de clients potentiels n'a pas trouvé de billet pour voyager.

La direction générale des infrastructures, des transports et des mobilités (DGITM) a confirmé aux rapporteurs l'existence de ce phénomène de demande non satisfaite qui s'explique par une offre non seulement insuffisante mais parfois également inexistante ou inadaptée pour répondre à certains besoins de mobilité. Cette situation a également été objectivée par l'IGF et l'IGEDD dans leur rapport consacré aux péages ferroviaires133(*). Cette situation pourrait même s'aggraver dans les années à venir en raison d'un effet ciseau entre, d'une part, la tendance à la hausse de la fréquentation et, d'autre part, la tendance structurelle à la baisse du nombre de rames TGV mises en circulation par SNCF Voyageurs.

En 2022, dans une étude consacrée à la concurrence dans le secteur ferroviaire, l'ART observait déjà que la grande vitesse en France présentait encore « de nombreux gisements à exploiter »134(*). Elle soulignait notamment qu'il existait une demande pour certaines liaisons et dessertes pas ou peu opérées par SNCF Voyageurs à ce jour en raison de la stratégie de l'opérateur qui tend à privilégier le remplissage de rames TGV très capacitaires plutôt que leur fréquence d'utilisation. Selon l'Autorité, cette situation « laisse à de nouveaux opérateurs des capacités disponibles pour exploiter de nouveaux services à grande vitesse ». Il pourrait s'agir par exemple de nouveaux modèles d'exploitation complémentaires à l'offre actuelle de SNCF Voyageurs tels que le développement de liaisons inter-secteurs entre métropoles régionales, comme l'envisage la société Le Train, ou encore de rotations à haute fréquence avec de nombreux arrêts intermédiaires, comme souhaite le faire Kevin Speed.


* 131 Réponses de SNCF Réseau au questionnaire des rapporteurs.

* 132 Près d'un train sur deux sur certaines lignes.

* 133 Rapport de l'IGF et de l'IGEDD sur la tarification et le financement du réseau ferré national, février 2024.

* 134 Étude sur l'ouverture à la concurrence des services de transport ferroviaire de voyageurs, ART, février 2022.

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