II. RENDRE LA PRÉVENTION PLUS ACCESSIBLE POUR FAVORISER L'ADHÉSION DES USAGERS ET LUTTER CONTRE LES INÉGALITÉS DE SANTÉ

A. MOBILISER LES USAGERS GRÂCE À UNE PRÉVENTION PERSONNALISÉE ET DE PROXIMITÉ

1. Susciter l'adhésion par la personnalisation des actions

Les dispositifs de prévention à vocation universelle présentent des limites persistantes en termes d'adhésion des usagers car ils ne s'accompagnent pas d'un ciblage des publics les plus à risque, ni d'un suivi de proximité, deux conditions nécessaires à la réussite des actions de prévention. Ces programmes - DO des cancers, rendez-vous de prévention... - pâtissent donc d'une matrice coût-bénéfice peu satisfaisante.

À cet égard, les démarches d'aller vers doivent être davantage systématisées (équipes mobiles, médico-bus, consultations avancées) car elles permettent de capter des usagers éloignés du soin, adhérant peu aux actions de prévention. Le programme Sophia de l'assurance maladie, qui repose sur un accompagnement personnalisé des personnes souffrant de pathologies chroniques (diabète, insuffisance cardiaque, maladie rénale, BPCO, maladie coronarienne) a par exemple démontré des résultats probants.

De même, le recours à des médiateurs en santé et à une approche communautaire mériterait d'être approfondi.

Plus largement, la prise en compte de la dimension culturelle de la santé peut être gage d'une plus grande efficacité des actions de prévention en renforçant leur acceptabilité sociale. Les rapporteurs recommandent de mieux l'intégrer dans la conception des actions de prévention, notamment dans les territoires ultra-marins, « marqués par une pluralité d'identités, de langues et de représentations des soins. Les campagnes doivent donc être élaborées dans une logique de co-construction avec les acteurs locaux (associations, collectivités territoriales, médias régionaux) »5(*).

L'association Aides plaide également pour « des campagnes d'information accessibles, multilingues, visuelles, simples [...] et portées par des personnes de confiance ou issues des communautés concernées » pour accroître la participation aux dépistages des IST.

Par ailleurs, les rapporteurs préconisent de remédier au défaut d'articulation des différents dispositifs de prévention, qui devraient être pensés comme un continuum de prévention personnalisée accompagnant les usagers tout au long de leur parcours de vie plutôt que comme des rendez-vous périodiques. Ce continuum de prévention permettrait de garder un lien continu avec l'usager, reposant sur le levier numérique et organisé autour de grandes étapes de vie (enfance, adolescence, maternité, entrée dans la vie professionnelle, etc.).

2. S'appuyer sur le numérique en santé

· Les données de santé, disponibles en masse grâce à la révolution du numérique, constituent un levier puissant pour renforcer l'efficacité des politiques de prévention.

D'une part, la base de données de l'assurance maladie (le SNDS6(*)) doit être mise à profit pour mieux cibler les assurés les plus à risques de développer certaines maladies. Pour aller plus loin, l'utilisation de données de santé structurées pourrait permettre d'engager une personnalisation des stratégies de dépistage en s'adaptant au risque individuel de chaque patient, pour améliorer l'efficacité du dépistage et éviter des dépenses de santé inutiles. Les résultats de l'étude MyPeBS7(*) pourraient ainsi justifier de réviser les modalités de dépistage du cancer du sein, en ciblant mieux les patientes.

D'autre part, l'exploitation de données de santé couplée à des algorithmes sophistiqués permet désormais de modéliser l'évolution de la maladie d'un patient, voire de prédire son apparition grâce à des scores de risque reposant sur des statistiques de probabilités (cancers, maladies neurodégénératives, etc.).

· L'usage des données de santé doit toutefois être mieux valorisé à des fins de prévention. Avec le Health Data Hub, la France dispose d'un riche patrimoine de données à exploiter pour déployer des politiques ciblées et personnalisées. Les obstacles juridiques ayant freiné sa pleine utilisation sont désormais en passe d'être levés.

· Les rapporteurs soutiennent en priorité l'achèvement de la mise en oeuvre de « Mon espace santé » (MES), qui pourrait être un vecteur essentiel de prévention.

Cela suppose, d'abord, de le rendre accessible à tous les usagers. Or, sa montée en charge reste lente. Quatre ans après la création de l'outil, plus de la moitié des assurés du régime général n'ont toujours pas activé leur compte8(*). Cela nécessite aussi de développer les fonctionnalités de l'outil. Actuellement, les messages de prévention relayés sur MES souffrent d'un degré de personnalisation très insuffisant : des données importantes ne sont pas exploitées (antécédents de soins, territoire de résidence, etc.) et nombre d'informations sont relayées sans ciblage particulier ni adaptation du contenu.

Les rapporteurs recommandent de faire de la création d'un carnet de prévention numérique une priorité d'action et proposent que MES puisse relayer des actions de prévention locales, renseignées par les acteurs qui les portent (collectivités territoriales, associations, complémentaires santé...), en tenant compte du lieu de résidence de l'usager.

Enfin, l'amélioration de la littératie en santé9(*), gage d'une accessibilité renforcée à l'information et aux services de santé, est un axe de travail encore peu investi par les autorités de santé alors qu'elle est jugée insuffisante pour 44 % de la population. Là encore, le levier numérique doit être mis au service de cette littératie.


* 5 Conseil économique, social et environnemental, La santé en outre-mer, janvier 2026.

* 6 Le Système national des données de santé est la base de données médico-administratives de l'assurance maladie.

* 7 My Personal Breast Cancer Screening (étude clinique internationale sur le cancer du sein).

* 8 27 millions de comptes ont été activés sur 65 millions d'assurés sociaux du régime général d'assurance maladie.

* 9 La littératie en santé désigne la capacité des individus à rechercher, à accéder, à comprendre et à ré-utiliser des informations afin de les employer pour agir sur leur propre santé.

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