C. L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR : PERMETTRE AUX ÉTUDIANTS ULTRAMARINS D'ACCÉDER À TOUTES LES FORMATIONS
1. Développer davantage l'offre de formation en outre-mer
Les disparités d'orientation entre l'Hexagone et les territoires d'outre-mer tiennent principalement à deux facteurs : une moindre offre de formation dans certaines filières et la surreprésentation de certaines formations courtes professionnalisantes.
À la rentrée 2024, les formations d'ingénieurs et les écoles de commerce sont quasi absentes des territoires ultramarins. Les premières y regroupent 0,3 % des inscrits dans l'enseignement supérieur, contre 6 % en Hexagone. Seules les universités de La Réunion et de Guadeloupe proposent ce type de cursus en outre-mer.
Le constat est similaire pour les écoles de commerce, qui accueillent 0,7 % des inscrits ultramarins, contre 9 % en Hexagone. À l'inverse, les sections de techniciens supérieurs (menant au BTS) sont surreprésentées outre-mer : elles accueillent environ un étudiant sur quatre (26 %), soit deux fois plus qu'en hexagone (13 %).
En ce sens, il est d'ailleurs regrettable que les grandes écoles de commerce et d'ingénieurs n'aient pas pour la très grande majorité de campus délocalisé en outre-mer, alors qu'elles en ont parfois à l'étranger.
En conséquence, une part importante des étudiants ultramarins est conduite à poursuivre ses études hors de son territoire d'origine, principalement dans l'hexagone. En 2024-2025, environ 45 % des étudiants ultramarins sont inscrits dans un établissement de France hexagonale.
Pour autant, une dynamique d'amélioration réelle est engagée. Les outre-mer ont connu une progression soutenue des effectifs étudiants et un développement progressif de l'offre de formation et des dispositifs d'accompagnement. Ainsi, entre 2002-2003 et 2024-2025, le nombre d'étudiants est passé de 39 570 à 63 500.
Quelques exemples de développement de l'offre de formation peuvent être cités :
- l'ouverture à l'Université des Antilles et de La Réunion d'un 2ème cycle des études de médecine à la rentrée 2023 ;
- l'extension du centre universitaire de formation et de recherche (CUFR) de Mayotte, devenu « Université de Mayotte ;
- l'ouverture de Campus connectés en Outre-mer depuis 5 ans a permis d'enrichir l'offre de formation en offrant la possibilité pour des étudiants de suivre une formation à distance tout en bénéficiant de l'accompagnement d'un tuteur.
En tout état de cause, il serait urgent d'engager une véritable dynamique de restructuration de l'offre de formation, afin notamment de se positionner au plus proche des besoins du territoire. Il est en effet dommageable que près de la moitié des étudiants ultramarins soient obligés de s'orienter vers des filières présentes dans l'hexagone. Par ailleurs, le développement économique du territoire dépend fortement de la disponibilité d'une main-d'oeuvre qualifiée. En conséquence, il serait indispensable de revoir le contenu des formations en outre-mer, pour s'assurer qu'elles correspondent aux besoins en emploi du territoire.
Ces dynamiques sont déjà partiellement engagées, notamment dans le cadre des contrats d'objectifs, de moyens et de performance (COMP). Ainsi, selon la DGESCO, en Martinique et en Guadeloupe, plusieurs filières stratégiques sont identifiées et renforcées, notamment dans les domaines du numérique, de la santé, de l'économie maritime ou de la transition écologique. À La Réunion, des projets structurants sont déployés, en lien étroit avec le tissu économique, comme le développement de campus des métiers ou de formations spécialisées dans les secteurs du bâtiment tropical, du sanitaire et social ou du nautisme.
Pour mettre en oeuvre une véritable stratégie de déploiement de l'offre de formation en outre-mer, il serait pertinent de désigner les collectivités de niveau régional comme pilotes. Celles-ci sont en effet les mieux à même d'identifier globalement les besoins économiques du territoire, du fait de leur rôle de chef de file pour le développement économique.
Recommandation n° 9 : Développer une stratégie de l'offre de formation dans l'enseignement supérieur au plus proche des besoins économiques du territoire, en lien avec les collectivités territoriales chargées du développement économique, les collectivités de niveau régional étant les pilotes de la stratégie.
Par ailleurs, il serait pertinent de mieux insérer les universités ultramarines dans leur environnement régional. En effet, si 11,5 % des étudiants de France hexagonale ont pu bénéficier d'une mobilité étudiante internationale, cette proportion n'est que de 4,1 % en outre-mer, selon la DGESIP. Les surcoûts associés notamment aux déplacements depuis les territoires ultramarins expliquent en grande partie cette faible mobilité internationale. De plus, développer les partenariats avec les universités de l'environnement régional proche contribuerait à l'ambition globale de rapprochement des territoires ultramarins de leurs voisins.
Recommandation n° 10 : Développer les partenariats avec les universités de l'environnement régional proche, via des ERASMUS régionaux pour chaque bassin océanique, créer des campus outre-mer des grandes écoles nationales et créer des écoles d'ingénieur en s'appuyant notamment sur les organismes nationaux de recherche implantés outre-mer.
2. Revoir l'allocation des moyens dans les établissements d'enseignement supérieur
S'agissant du budget consacré aux étudiants ultramarins, mesuré via la subvention pour charge de service public (SCSP) par étudiant, le niveau constaté pour les établissements ultramarins est proche de celui de la moyenne des groupes auxquels ils appartiennent. Cependant, après correction de l'impact des majorations de rémunération en outre-mer, le montant de la SCSP par étudiant des établissements ultramarins est effectivement moins élevé que celui des établissements de l'hexagone.
Subvention pour charge de service public par
étudiant en outre-mer
en 2024 et 2025 avant correction de l'impact
des majorations outre-mer
(en euros et en pourcentage)
Source : commission d'enquête d'après la DGESIP
Les disparités entre établissements des niveaux de SCSP par étudiant concernent également des établissements de l'hexagone. Elles résultent en grande partie de la reconduction d'année en année d'un socle historique de SCSP défini au moment de l'accession aux responsabilités et compétences élargies (RCE) alors que l'activité de chacun des établissements a pu depuis évoluer de façon différenciée.
Afin de répondre à ces écarts, le ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace (MESRE) apporte depuis plusieurs années des soutiens aux établissements dont le niveau de SCSP par étudiant est particulièrement bas. Les établissements outre-mer sont concernés par ces soutiens :
- d'une part, la majoration outre-mer est depuis 5 ans systématiquement prise en compte dans l'allocation des crédits afférents à toutes les mesures nouvelles de masse salariale ;
- d'autre part, des appuis particuliers ont été alloués dans le cadre du dialogue stratégique et de gestion puis du dialogue de performance, de la mise en place des contrats d'objectifs et de performance (COMP) ou de soutiens exceptionnels de fin de gestion.
Ces soutiens ne sont toutefois pas suffisants pour combler les besoins en termes d'investissements des universités ultramarines, en particulier à La Réunion, aux Antilles et en Guyane. Il serait donc nécessaire de revoir le mode d'attribution de la subvention pour charges de service public des établissements d'enseignement supérieur.
Recommandation n° 11 : Revaloriser la subvention pour charges de service public aux établissements d'enseignement supérieur, pour couvrir l'intégralité des surcoûts outre-mer.
3. Mieux accompagner les étudiants
a) Une offre de logement par les CROUS en outre-mer à renforcer davantage
Au 31 décembre 2025, il y avait 2 120 places de logements au sein du Crous Antilles-Guyane (8 résidences universitaires) et 1 374 places de logement au sein du Crous La Réunion-Mayotte (10 résidences universitaires) pour près de 3 000 étudiants logés en 2025. Environ 5,6 % des étudiants sont ainsi logés, contre une moyenne nationale de 5 %. Toutefois, le nombre d'étudiants logés ne représente que 11 % du nombre d'étudiants boursiers, alors qu'en 2024, 25 % des étudiants boursiers pouvaient être logés dans l'ensemble de la France. Un renforcement de l'offre de logement des CROUS serait donc nécessaire. Ce sont ainsi 71 % des occupants des résidences universitaires du Crous Antilles-Guyane et 83 % des occupants des résidences universitaires du Crous La Réunion-Mayotte qui sont bénéficiaires d'une bourse sur critères sociaux.
Un effort a toutefois déjà été accompli en ce sens et doit donc être poursuivi. Si le nombre de demandeurs de logement ultramarins a progressé de 15 % entre 2020 et 2025, celui des étudiants ultramarins effectivement logés a augmenté de manière plus marquée, avec une hausse de 33 % sur la même période.
Il est également prévu d'assurer la mise à disposition de logements Crous aux étudiants du territoire de Mayotte (qui n'en dispose pas) par la construction d'une résidence universitaire en deux temps (80 logements puis 120 logements).
De même, un accroissement de la capacité de logements à La Réunion est en projet, via la construction d'une résidence universitaire de 300 logements à Saint-Denis.
Par ailleurs, la mise en place du nouveau modèle d'allocation des moyens des CROUS constitue une avancée. Il a ainsi permis une augmentation de plus d'1 million d'euros de la subvention pour charges de service public (SCSP) des CROUS ultramarins en 2026 par rapport à 2025.
b) Accompagner les étudiants ultramarins lors de leur mobilité dans l'hexagone
La quasi-obligation de mobilité subie par les étudiants ultramarins engendre des inégalités d'accès à la formation dans l'hexagone, liées aux coûts de transport et d'installation, aux conditions matérielles de vie et à l'éloignement familial, qui pèsent plus fortement sur les publics les plus modestes.
Plus largement, l'accès aux services de vie étudiante (santé, accompagnement social, restauration, vie de campus) demeure hétérogène selon les territoires, comme l'a confirmé la DGESIP, qui a réalisé un état des lieux en 2025 avec les universités et les rectorats.
Les étudiants ultramarins bénéficient déjà de certaines aides :
- le dispositif Passeport pour la mobilité des études, mis en oeuvre par l'agence de l'outre-mer pour la mobilité (LADOM) permet la prise en charge du coût du transport entre le territoire d'origine et le lieu d'études, sous conditions de ressources et lorsque la formation n'est pas disponible localement.
- Les bourses sur critères sociaux intègrent de plus depuis 2022 des points de charge supplémentaires liés à l'éloignement, permettant de mieux prendre en compte leur situation. Par ailleurs, les étudiants peuvent conserver le bénéfice de leur bourse pendant la période estivale lorsqu'ils ne sont pas en mesure de regagner leur territoire d'origine.
- Ils sont également éligibles aux aides nationales à la mobilité, notamment dans le cadre de l'entrée dans l'enseignement supérieur (à hauteur de 500 euros) ou de la poursuite d'études en master (à hauteur de 1 000 euros), ainsi qu'aux aides régionales.
Ces dispositifs d'aide ne sont toutefois pas suffisants. D'une part, ils ne permettent pas de couvrir les frais liés à la candidature à certaines formations sur Parcoursup, l'ensemble des voeux n'étant pas gratuit. D'autre part, certains établissements exigent de conduire des oraux d'admission en présentiel dans l'hexagone, engendrant des surcoûts très élevés pour les étudiants ultramarins. Pour une majorité d'entre eux, ces formations sont financièrement et matériellement inabordables.
Enfin, il serait pertinent de confier à LADOM une mission d'accompagnement des étudiants ultramarins lors de leur installation dans l'hexagone, par exemple en leur indiquant les procédures à accomplir pour bénéficier d'un logement ou en leur apportant un soutien permettant leur intégration sociale. À ce titre, la subvention pour charge de service public de LADOM n'est pas suffisante et devrait être revalorisée. LADOM vient d'ailleurs de signer une convention de financement de 10 millions d'euros avec la direction générale à l'emploi et à la formation professionnelle (DGEFP), au titre du passeport pour la mobilité des études, qui permet de mobiliser le Fonds social européen. La mobilisation des fonds européens pour soutenir les étudiants ultramarins doit être encore renforcée.
Recommandation n° 12 : Lever les obstacles financiers et géographiques qui limitent l'égalité d'accès des jeunes ultramarins à l'enseignement supérieur en consacrant les principes suivants :
- la gratuité des procédures de candidature aux formations accessibles via Parcoursup ;
- un droit à l'accès à distance aux procédures de sélection lorsque celui-ci est techniquement possible ;
- l'élargissement des missions de LADOM, afin d'accompagner l'installation des étudiants dans tous ses aspects : logement, formalités, intégration sociale...
