D. L'EMPLOI DES JEUNES

1. Créer un dispositif « premier CDI outre-mer » afin de faciliter l'entrée des jeunes ultramarins sur le marché du travail

Comme évoqué supra, les taux de chômage des jeunes ultramarins atteignent des niveaux très supérieurs à ceux observés dans l'Hexagone, tandis qu'une part importante des jeunes de 15 à 29 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET). Cette situation traduit, non seulement, l'insuffisance du volume d'emplois disponibles (ce qui suppose d'établir une stratégie économique qui fera l'objet de développements infra), mais aussi les difficultés d'insertion sur le marché du travail pour les jeunes ultramarins victimes de la « pénalité outre-mer ».

Les dispositifs d'allègement du coût du travail, notamment les exonérations de cotisations patronales dites « LODEOM », constituent aujourd'hui l'un des principaux instruments de soutien à l'emploi et à la compétitivité des entreprises ultramarines. Elles poursuivent cependant un objectif général de réduction du coût du travail, sans cibler spécifiquement l'accès des jeunes à leur premier contrat à durée indéterminée (CDI). Dès lors, ces dispositifs ne répondent qu'imparfaitement à la difficulté particulière de la transition entre formation et emploi durable.

Dans ce contexte, un « premier CDI outre-mer » pourrait être institué, qui constituerait une aide ciblée sur l'embauche pérenne de jeunes ultramarins. Dans un rapport adopté en juillet 2025, le Conseil d'orientation des politiques de jeunesse en avait au demeurant défendu le principe219(*).

Ce dispositif pourrait bénéficier aux employeurs recrutant en CDI un jeune de moins de 30 ans accédant à son premier emploi stable, prioritairement dans les territoires où la situation du chômage des jeunes le justifie au regard de la moyenne nationale.

Afin d'éviter les effets d'aubaine, l'aide serait conditionnée à une durée minimale de résidence du jeune dans le territoire concerné et au maintien du contrat pendant une durée minimale. L'aide pourrait prendre la forme :

- d'une prime à l'embauche versée progressivement lors des premières années du contrat,

- ou une exonération partielle de cotisations sociales patronales.

Le versement de l'aide pourrait être conditionné à la stabilité du contrat, avec récupération partielle du financement en cas de rupture anticipée imputable à l'employeur, sauf motifs légitimes.

Afin de faire du dispositif un levier d'insertion professionnelle à long terme, le dispositif pourrait comprendre un volet incitatif : l'aide serait majorée lorsque le recruteur met en place un dispositif de tutorat, une formation complémentaire ou un parcours de montée en compétences.

Recommandation n°13 : Créer un dispositif « premier CDI outre-mer » afin de sécuriser l'entrée des jeunes dans l'emploi durable, sous la forme d'une prime à l'embauche ou d'une exonération partielle de cotisations sociales patronales pour les employeurs recrutant en CDI un jeune ultramarin accédant à son premier emploi stable.

2. Territorialiser les politiques d'insertion et lever les freins à l'apprentissage

Les politiques d'insertion des jeunes ultramarins ne sauraient être pensées comme la simple déclinaison locale de dispositifs conçus à l'échelle nationale.

La territorialisation des politiques d'insertion et d'emploi des jeunes doit permettre d'adapter les paramètres des dispositifs aux réalités des marchés de l'emploi locaux, pour construire des réponses adaptées aux besoins des jeunes et des employeurs. Elle suppose de donner davantage de marges de manoeuvre aux acteurs territoriaux, au premier rang desquels l'échelon régional, mais aussi les organismes de formation des apprentis, les partenaires économiques et les services déconcentrés de l'État.

a) Un contrat aidé spécifiquement ultramarin

Les contrats aidés peuvent être une solution pour permettre à des jeunes éloignés du marché du travail de retrouver le chemin vers l'emploi, sous réserve toutefois d'être adossés à un véritable parcours d'accompagnement et de formation.

Votre rapporteure défend le principe d'un contrat aidé spécifique pour les territoires ultramarins, justifié au regard des niveaux de chômage et de la proportion de NEET très élevés.

Ce contrat pourrait cibler prioritairement les jeunes de moins de 30 ans éloignés de l'emploi, avec un effort particulier en direction des jeunes sans qualification ou résidant dans des territoires isolés ou faiblement desservis. Il pourrait être mobilisé dans le secteur non marchand (notamment dans le secteur de l'économie sociale et solidaire [ESS], cf. infra), mais aussi, sous conditions, dans le secteur marchand lorsque l'embauche répond à un besoin local, notamment dans les métiers en tension ou les filières stratégiques.

Pour faire du contrat un aidé outre-mer un véritable « sas » vers l'emploi durable, celui-ci serait assorti de plusieurs exigences :

- un accompagnement individualisé du jeune par une mission locale ou un opérateur d'insertion ;

- une obligation de formation ou de montée en compétences pendant le contrat ;

- une évaluation de la sortie du dispositif, afin de mesurer les transitions vers l'emploi durable.

Recommandation n° 14 : Territorialiser et autonomiser les politiques de soutien à l'insertion et à l'emploi des jeunes ultramarins - en particulier l'apprentissage et l'IAE - et créer un contrat aidé spécifique aux territoires ultramarins, assorti d'une obligation d'accompagnement et de formation.

b) Faciliter l'accès à l'apprentissage

L'enjeu de territorialisation de la politique d'apprentissage est également posé. En matière d'orientation et de formation, ainsi, M. Dominique Vienne, président du Conseil économique, social et environnemental régional (CESER) de La Réunion, appelle à renforcer le service public régional de l'orientation, pour mieux informer les jeunes vers les filières porteuses. La gouvernance éducative régionale pourrait être consolidée grâce à une meilleure articulation entre les outils de planification220(*), afin de constituer in fine une cartographie annuelle des métiers en tension pour chaque territoire ultramarin, et d'identifier les formations disponibles, les taux d'insertion et les besoins des filières anticipés à cinq ans.

Si l'apprentissage offre ainsi une voie d'accès à la qualification et à l'emploi durable, son développement se heurte toutefois - dans plusieurs territoires ultramarins - à des obstacles concrets, notamment à la difficulté à louer un logement à proximité du lieu de formation. Pour de jeunes apprentis issus de familles modestes, la possibilité de bénéficier d'un hébergement stable à proximité du lieu de formation peut constituer la condition sine qua non de l'entrée et du maintien dans le parcours.

Le développement de foyers de jeunes travailleurs ou de résidences dédiées aux jeunes en apprentissage, à proximité des centres de formation ou des bassins d'emploi, apparaît dès lors comme une solution. Le fonctionnement de ces foyers pourrait s'inspirer en partie des principes du SMA, qui combine formation, accompagnement socio-éducatif, cadre collectif et prise en charge matérielle.

Ces foyers pourraient être portés en partenariat par l'État, les collectivités (notamment l'échelon régional), les centres de formation d'apprentis, les bailleurs sociaux, et, le cas échéant, les branches professionnelles. Pour un bon appariement de l'offre de formation et des besoins économiques, l'implantation de ces résidences devrait être priorisée dans les bassins où se concentrent les formations en tension, les offres d'apprentissage non pourvues et les difficultés de mobilité.

Recommandation n° 15 : Financer et développer des foyers et résidences dédiées aux jeunes apprentis en formation, afin de lever les freins liés au logement et aux transports.


* 219 COJ, 11 juillet 2025, « Jeunes d'outre-mer : garantir l'égalité des chances pour tous », recommandation n° 7 (pp. 21 à 23).

* 220 M. Dominique Vienne appelle ainsi à une meilleure articulation entre le contrat de plan régional de développement des formations et de l'orientation professionnelles (CPRDFOP), le schéma régional de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation (SRESRI), le schéma des formations sanitaires et sociales, ainsi que les démarches de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) conduites par les branches ou les filières économiques.

Les thèmes associés à ce dossier

Partager cette page