ANNEXE 7
LA SITUATION SANITAIRE DE MAYOTTE356(*)

Situation du secteur de la santé à Mayotte.

Ø Le département de Mayotte connait des fragilités structurelles en matière de santé.

· S'agissant des fragilités sanitaires 

ü La localisation géographique du département induit une pression sanitaire, en particulier pour ce qui concerne les maladies transmissibles. À titre d'exemple, l'épidémie de Chikungunya observée depuis ces derniers mois. Pour mémoire, plus de 1.000 cas diagnostiqués entre janvier et mai 2026, à comparer aux 1.262 cas recensés sur toute l'année 2025[1]. Notons l'existence d'une quarantaine d'espèces de moustiques à Mayotte contre une douzaine à La Réunion.

ü  Certaines pathologies, en particulier cancéreuses, sont diagnostiquées plus tardivement que dans l'hexagone. À titre d'exemple, 80% des femmes âgées de plus de 15 ans n'ont jamais réalisé de mammographie pour le dépistage du cancer du sein, 60% n'ont jamais procédé à un dépistage du cancer du col de l'utérus [2].

ü Noter la présence de pathologies carentielles : une frange de la population résidant à Mayotte est victime de carences alimentaires, parfois à l'origine de dénutrition ou de maladies carentielles graves (pour mémoire, une vingtaine de nourrissons décédés en 2003 par carence de vitamine B).

ü Noter, enfin, la forte progression du taux de prévalence du diabète connu à Mayotte357(*) : avec une prévalence à 10,8% en 2019 (contre 4,6% en 2008) parmi la population adulte le département rejoint les chiffres alarmants observés en 2021 à La Réunion (13,6%), en Guadeloupe (12%), en Guyane (11,6%) et en Martinique (11,5%) [3].

· S'agissant des fragilités territoriales en matière de santé 

ü La situation géographique du département de Mayotte induit une « élongation territoriale » (Mayotte se situe à 2 heures de La Réunion et 10 heures de Paris) à l'origine d'une « élongation sanitaire ». Le diagnostic et la prise en charge de certaines pathologies, notamment cardio-vasculaires, sont compliqués par l'absence de spécialités dans le département et par les délais nécessaires à l'évacuation des patients (infarctus, AVC).

Ø Le département de Mayotte connait des fragilités organisationnelles en matière de santé.

· Une offre de soins limitée

ü Le département ne compte qu'un seul hôpital (Mamoudzou), appuyé sur quatre centres périphériques (Centres Médicaux de Référence) et huit centres de consultations.

ü En 2024, le CHM a assuré : 8 794 naissances, 8 600 gestes opératoires (de patients hospitalisés ou ambulatoires) et 46 140 passages aux urgences.

ü Une offre libérale insuffisamment développée : la densité de médecins généralistes dépasse à peine 10 médecins/ 100 000 habitants à comparer aux 81 médecins/ 100 000 en métropole.

ü Certaines spécialités médicales sont absentes (cardiologie, unité neuro-vasculaire), d'autres insuffisamment structurées (exemple de la psychiatrie).

·  Un nombre de professionnels fluctuant et/ou insuffisant

ü Cas particulier des sages-femmes exerçant au centre hospitalier, dont le nombre oscille entre 100 et 120 (avec des baisses significatives observées aux périodes estivales).

Année

SF en PMI

SF libérales

SF à l'hôpital

Moyenne 2024

16

38

112

Été 2026

16

39

118

Source : Ordre départemental des Sages-femmes de Mayotte

Ces chiffres sont à mettre en perspective avec la natalité exceptionnelle du département (jusqu'à 10784 accouchements en 2022), à comparer aux 5 500 accouchements annuels rapportés par des maternités comme Bordeaux ou Paris-Port Royal.

ü Si le concours de renforts, comme ceux de la réserve sanitaire ou de personnels soignants volontaires en contrats courts, a été nécessaire il induit des rotations RH fréquentes au sein des équipes de soins et nécessite un suivi administratif complexe et chronophage. Les mesures mises en place par le gouvernement à l'été 2025 ont permis d'allonger la durée des contrats et au CHM d'être moins dépendant de renforts ponctuels.

·  Une forte dépendance à l'égard des autres départements

ü Chaque année, près de 1 700 patients mahorais doivent faire l'objet d'une prise en charge médicale en dehors du territoire (à La Réunion ou en métropole) pour un coût annuel variant selon les années entre 8 et 10 M€.

ü Plusieurs coopérations inter-hospitalières sont d'ores et déjà mises en oeuvre avec des hôpitaux d'autres départements (à La Réunion ou en métropole). La direction générale de l'offre de soins soutient l'élargissement de ce type d'initiatives pour permettre l'envoi à Mayotte de missions d'appui spécialisées, structurer les filières de soins et faciliter les téléconsultations et la télé-expertise.

Ø Les mesures prises depuis janvier 2025 et initiées pour les années à venir.

· S'agissant des opérations immobilières : déploiement du plan CNIS 1 (fonds Ségur)

ü Récupération, à l'été 2026 des capacités d'accueil et de prise en charge de l'hôpital de Mayotte (à l'exception du secteur de psychiatrie). Les opérations de réhabilitation et de modernisation se poursuivent, tant au sein du centre hospitalier que dans ses emprises périphériques.

ü Réhabilitation prioritaire du secteur mère-enfant.

ü Réfection des centres périphériques ; ouverture de deux services d'accueil périnatal de proximité.

· S'agissant de l'implantation d'un second site hospitalier :

ü Les procédures d'acquisition par le CHM du terrain nécessaire à la construction du second site hospitalier (Combani) se poursuivent : l'audience fixant le coût d'indemnisation des parcelles est fixée à l'été 2026.

· S'agissant de l'implantation d'une structure de soins privés : projet CLINIFUTUR

ü L'agence régionale de santé apporte son appui, administratif et financier, au groupe réunionnais Clinifutur pour l'installation d'une clinique privée dans le sud (Chirongui). Cet établissement permettra d'élargir l'offre de soins ambulatoires [début des travaux à l'automne 2026].

· S'agissant des mesures d'attractivité RH, souligner :

ü Les mesures financières incitatives en faveur des médecins et sages-femmes exerçant au sein du centre hospitalier ; les mesures financières spécifiques en faveur des professionnels libéraux (zone franche) ; les mesures financières en faveur des paramédicaux (de premiers effets positifs sont perceptibles).

ü L'ouverture de places supplémentaires dans des instituts de formation en soins infirmiers (IFSI) de métropole dès la rentrée 2026 : au total, en septembre 2026, 140 étudiants seront inscrits en 1ère année en IFSI pour Mayotte et 85 étudiants finiront leur cycle d'études.

ü Le projet d'ouverture d'un second IFSI sur le territoire de Mayotte, fixé à septembre 2027.

Echéance

09/ 2026

09/2027

09/2028

IFSI

140 étudiants inscrits en 1ère année pour Mayotte

85 étudiants sortis d'étude

Ouverture 2d IFSI

100 étudiants inscrits en 1ère année à Mayotte

95 étudiants sortis d'études

160 IDE formées/ an pour le territoire

ü S'agissant des études de santé,

§ L'UFR santé de La Réunion propose de réserver, dès la rentrée de septembre 2026, 5 places de médecine et 5 places de maïeutique en faveur des résidents de Mayotte (dispositif « passerelle »).

§ L'IGAS et l'IGESR conduisent actuellement une étude spécifiquement dédiée au sujet de l'accès aux études de santé depuis Mayotte.

§ Enfin, des mesures d'accompagnements des lycéens et des jeunes bacheliers, avant leur inscription en licence d'accès santé (LAS), sont en cours d'étude par les services du Rectorat de Mayotte.

ü S'agissant du nombre d'internes en médecine sur le territoire, il a significativement baissé depuis 2020 (15 internes en 2025 contre 40 en 2020). L'engagement de la Doyenne de l'UFR santé de La Réunion et du CHM ont permis de stabiliser l'accueil et l'encadrement des internes dans de bonnes conditions : à ce jour, le CHM accueilli un plus d'une vingtaine d'internes.

Internes

2021

2022

2023

2024

2025

Médecine générale

21

20

19

8

9

Autres spécialités

10

12

7

13

6

· S'agissant des programmes de santé publique destinés aux populations précaires

ü Actions de dépistage et de prévention des maladies transmissibles (lutte anti-vectorielle) ;

ü Actions de dépistage et de traitement de la malnutrition infantile (programme porté par la Croix-Rouge française sur financement ARS et ministère des Outre-Mer) ;

ü Déploiement d'équipes mobiles santé-précarité à destination des populations isolées (programme notamment porté par la Croix-Rouge française sur financement ARS) : 45 500 personnes rencontrées dans le cadre d'actions « d'aller-vers » en 2025 ayant permis la réalisation de 26 500 consultations.

Références :

[1] ARS Mayotte via les données laboratoire CHM et laboratoires privés Biogroup et 3-labos

[2] Panorama Statistique de la Santé à Mayotte 2024

[3] Données SPF 2021


* 356 Bilan établi par M. Christophe Schmit, inspecteur général des affaires sociales, médecin hospitalier, membre de la mission interministérielle pour la refondation et la reconstruction de Mayotte.

* 357 Pour l'essentiel du diabète de type 2, représentant 90% des cas de diabète

Les thèmes associés à ce dossier

Partager cette page