IV. LE POINT DE VUE DES JOURNALISTES
M.
Claude HURIET - Monsieur le Président, au nom de Charles Descours, de la
commission et de moi-même, je remercie les journalistes qui ont
répondu à notre invitation.
Le but de cette journée est de se rendre compte si, un an après
leur mise en place, les deux Agences de Sécurité Sanitaire et
l'Institut de Veille Sanitaire fonctionnent bien. Cela s'inscrit dans la
démarche, assez habituelle maintenant, de la commission des Affaires
sociales du Sénat, qui se donne pour rôle d'assurer le suivi des
textes législatifs adoptés, en considérant que le
rôle du législateur ne doit pas s'arrêter après
l'adoption d'un texte. Ce n'est pas une démarche de contrôle, ni
d'évaluation : il s'agit de voir, d'abord, comment les organismes
que le législateur a voulu créer se sont mis en place, avec les
quelques mois de retard sur le calendrier prévu, dont on peut penser
qu'ils sont maintenant rattrapés, quelles sont les conditions de leur
fonctionnement et quelle perception a l'opinion de la mise en place de cette
organisation innovante.
Nous avons eu, ce matin déjà, un éclairage à
travers l'audition de Mme la Présidente de l'Union
fédérale des consommateurs. Ce qui nous intéresse beaucoup
cet après-midi, c'est de savoir, en tant qu'observateurs, relais de
l'opinion et pouvant sensibiliser celle-ci, quelle est votre perception et
quels points, selon vous, pourraient contribuer à rendre ce dispositif
nouveau encore plus efficace en termes de sécurité des produits
destinés à l'homme.
A. AUDITION DE MME MICHÈLE BIÉTRY, LE FIGARO
Mme
Michèle BIETRY - Pour nous, journalistes -c'est ce que je ressens et
c'est aussi le sentiment de mon service au Figaro- le système
français s'est alourdi et n'est pas encore très bon.
L'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, sur
la vache folle, est vraiment très performante. Elle donne une bonne
information, elle a un bon site Internet, elle suit le sujet de très
près. Sur ce plan, nous pouvons bien travailler.
Je n'en dirai pas autant de l'Institut de Veille Sanitaire ou de l'Agence
Française de Sécurité Sanitaire des Produits de
Santé, non pas en raison de la mauvaise volonté des personnes qui
y travaillent -au contraire, nous avons de bons rapports avec elles et
même de l'estime- mais je reprocherai à ces agences de ne pas
avoir eu les moyens de mettre en place des structures d'information proches de
ce que peut faire la FDA américaine ou les CDC. En effet, si l'on a mis
en place des agences qui n'ont pas des pouvoirs de décision, mais des
pouvoirs de consultation, c'est pour qu'elles puissent faire connaître
leur opinion. Or, en général, pour un journaliste de la presse
quotidienne, avoir accès de façon rapide à leurs
informations relève du " sport ". Cela demande du temps, non
pas parce qu'elles refusent de communiquer, mais parce que l'on n'a pas
donné à ces agences clés les moyens de diffuser des
informations de façon moderne.
Pour nous, journalistes, Internet a vraiment changé l'accès aux
informations. Quand nous entrons sur le site de la FDA -et je vous conseille de
le faire, car il est absolument extraordinaire- nous avons accès
à tous les documents. Les sites de nos agences sont
" gentils ". Celui de l'Agence Française de
Sécurité Sanitaire des Produits de Santé est
extrêmement pauvre ; c'est le moins que l'on puisse dire. Quant
à celui de l'Institut de Veille Sanitaire, je ne peux même plus en
juger car il y a longtemps que je n'y vais plus : chaque fois que je
voulais entrer dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire, mon
ordinateur " explosait " ! Ce n'était pas tout à
fait un bulletin papier, mais presque... Donc, j'ai gardé les bulletins
papier et je les consulte.
Je trouve cela extrêmement grave. Je répète qu'il s'agit
d'agences consultatives, qui donnent une opinion ; donc, il faut pouvoir
la connaître. Par exemple, quand nous voulons une information de
l'Institut de Veille Sanitaire, il faut contacter l'attachée de
presse : si elle n'est pas là et le spécialiste non plus, il
faut rappeler le lendemain. Nous ne sommes pas assez tenus au courant de leurs
travaux, qui sont souvent très bons. Donc, beaucoup
d'éléments manquent.
Je citerai un exemple : lors du lancement du nouveau médicament
contre la grippe, le Relenza, nous avons été abondamment
informés par les industriels. Cela sentait légèrement
l'intoxication, d'ailleurs, d'où certains soupçons de notre part.
Où ai-je découvert les discussions en cours sur le sujet ?
Sur le site de la FDA, où j'ai eu accès directement au compte
rendu de l'Advisory committee, panel qui procède aux auditions sur les
nouvelles classes de médicament, avec donc le point de vue des
industriels et des différents experts. Nous avons ainsi pu avoir
accès au vrai débat nous permettant de juger les propos des
industriels.
Où est l'information de l'Agence Française de
Sécurité Sanitaire des Produits de Santé sur les fameuses
discussions qui peuvent avoir lieu ? Nous n'avons rien ! C'est
très mauvais. Nous, grand média, nous n'allons pas
" pleurer ". Le Figaro a accès à tout le monde, sauf si
les personnes ne veulent vraiment pas parler, mais aller déranger le
Professeur Alexandre ou le patron de l'Agence du Médicament pour un
petit renseignement me paraît une aberration. Il n'existe pas de
système d'information. C'est le reproche que je formulerai à
l'égard des agences en tant que telles.
Second aspect : le système français. J'ai écrit un
certain nombre d'articles. J'ai toujours émis des doutes sur les
pouvoirs des agences vis-à-vis des grands ministères. Il est
évident que le ministère de l'Agriculture a gardé tous ses
pouvoirs et sa capacité de silence, qui est une des meilleures de
France ! Je peux le dire en tant que journaliste. Nous n'avons jamais
rien ! Si nous demandons le texte d'un décret publié, on
nous répond : " On ne sait pas si on va pouvoir vous le
donner ", d'où des réactions assez conflictuelles.
Après, on nous dit : " Mais il fallait nous
appeler " ! C'est le ministère le plus opaque de France. Je me
demande s'il ne fait pas concurrence au ministère des Finances... Je
n'en jurerai pas. Donc, nous n'avons jamais rien et quand, après, nous
avons découvert l'information qui, en général, n'est pas
si dramatique, évidemment, nous avons tout le monde au
téléphone, mais les articles ont déjà
été rédigés et publiés.
Contrairement à tous les discours que l'on entend sur la
séparation du contrôle et de la décision, le
ministère de l'Agriculture, véritable forteresse, a gardé
la tutelle et le contrôle. Quand il est question de
sécurité alimentaire, l'information dépend trop de ce
ministère, les décisions également. Lors des histoires sur
la listeria, la bagarre interministérielle était
prévisible. Il y a eu de la cacophonie, comme avec le colza
génétiquement modifié, mais il ne pouvait en être
autrement. Ces grands ministères de tutelle qui défendent des
secteurs économiques -et ils ont raison d'ailleurs- n'ont pas
réussi à intégrer la notion de ministères
défendant des biens un peu plus immatériels et essentiels comme
la consommation ou la santé. Nous nous demandons même s'ils savent
que ces agences existent, sauf peut-être sur la vache folle : sur ce
point, nous demandons l'avis de l'Agence, mais, pour le reste, je crois que
l'on en est resté à la grande tradition française :
" Je suis la tutelle, je décide et je vous enverrai un
communiqué de presse de trois lignes dans les quinze jours ",
ce qui, d'ailleurs, permet toutes les crises. Je peux vous dire, par exemple,
mais je ne voudrais pas prendre trop de temps, comment j'ai ressenti la
" crise " des OGM, si on peut l'appeler ainsi, car l'analyse que j'en
ai faite est assez typique.
M. LE PRÉSIDENT - Il est certain que la traduction médiatique des
crises, qui peut être quelquefois excessive, d'autres fois insuffisante,
pas assez didactique, plus émotive, est aussi un problème.
Mme Michèle BIETRY - D'un point de vue journalistique, actuellement, je
pense qu'en matière de sécurité sanitaire nous sommes dans
une période révolutionnaire, c'est-à-dire de tous les
excès. On va accuser les médias, mais, en fait, ceux-ci sont un
peu les otages de l'opinion publique. Pour les OGM, c'est typique : c'est
devenu une crise d'hystérie pour un danger difficilement identifiable,
mais il y a eu aussi des façons d'agir un peu impérialistes de
l'industrie agro-alimentaire. On pouvait s'interroger sur la dispersion.
Pourquoi faire des OGM ? Pour ma part, je n'ai pas peur d'en manger. Je me
" gave " de gènes régulièrement, contrairement
à beaucoup de personnes interrogées, qui pensent que les
gènes n'existent que dans les organismes génétiquement
modifiés.
Je suis plus inquiète de laisser faire des " tripatouillages "
de gènes peut-être pas très utiles. Récemment nous
avons ainsi publié un article dans Le Figaro à propos du riz
génétiquement modifié. Des industriels ont
dépensé énormément d'argent pour modifier
génétiquement un riz afin qu'il résiste à un
insecte qui détruisait peu les récoltes.
Je n'ai pas non plus peur de manger du colza génétiquement
modifié, d'autant plus, n'étant pas une vache, je ne consomme pas
de tourteaux. Cela mis à part, si l'on constate que le colza peut aller
hybrider à l'extérieur, si -parce qu'il est quand même
difficile de ne pas mélanger les graines- au fil des jours, comme ce
n'est pas très dangereux, on mélange tout et l'on se retrouve
avec des plantes résistant à un herbicide et que, pour s'en
débarrasser, il faut arroser d'un autre herbicide, cela me paraît
un peu stupide.
C'est ma vision, mais je ne peux pas tellement l'expliquer à mes
lecteurs parce qu'ils ont peur des OGM, peur de la vache folle. Il existe une
peur moyenâgeuse que nous, les médias, ne pouvons plus
maîtriser. Nous pouvons garder un peu de mesure, mais pas garder le
silence. Actuellement, nous sommes face à une peur panique absolument
ridicule. Nous l'avons vu avec la listeria. Quand il y a eu quelque 60 ou 90
morts en 1990 ou 1992, on s'en est peu préoccupé et, quand il y a
eu 7 morts, c'est devenu une révolution nationale. Je comprends que le
ministère de l'Agriculture veuille défendre ses industriels de la
charcuterie, parce qu'il était ahurissant que les consommateurs ne
veulent plus en manger, ce qui ne les empêchait pas d'avoir des
réfrigérateurs très mal entretenus, à 10
degrés minimum, permettant à la listeria de s'épanouir en
compagnie de certaines salmonelles et staphylocoques.
Il existe des modes. Aujourd'hui, on n'a plus peur de la salmonelle. On va
peut-être avoir peur du téléphone mobile, mais on
hésite parce qu'il faut s'en séparer. Je parlais de situation
révolutionnaire parce que l'on prend conscience qu'il faut faire
attention à la sécurité sanitaire et, du coup, on tombe
dans l'excès.
B. AUDITION DE M. PAUL BENKIMOUN, LE MONDE
M. Paul
BENKIMOUN - Aux expressions près, peut-être, je souscris au bilan
dressé par Michèle Biétry. Donc, je n'y reviens pas, si ce
n'est peut-être pour apporter un complément sur l'aspect
européen.
Le site de la DG XXIV, qui a en charge la sécurité des
consommateurs notamment au niveau de l'Union européenne, n'est pas non
plus un modèle de rapidité pour mettre en ligne les rapports de
structures d'expertise qui travaillent à Bruxelles. De ce point de vue,
on pourrait même décerner un bon point à l'AFSSA qui met
plus rapidement en ligne ses avis que ne le fait la DG XXIV.
Michèle Biétry évoquait les pratiques ancestrales du
ministère de l'Agriculture. Il est vrai que l'on a vu à
l'échelle européenne, avec la crise de la vache folle, qu'il a
fallu attendre que soit rendue publique l'existence de cas humains
contaminés par l'agent de la maladie de la vache folle pour voir pointer
des considérations sanitaires, alors que, jusque-là, on prenait
seulement en compte les conséquences économiques pour le monde
agricole et le monde des éleveurs.
Nous sommes effectivement à une époque où des
bouleversements, des évolutions se produisent, avec en particulier une
double exigence : une exigence de sécurité sanitaire,
même si cette exigence va parfois au-delà du rationnel, et une
exigence de démocratie sanitaire. J'emploie ces termes, même si je
sais qu'ils recouvrent également les questions d'accès aux
soins : là, je les entends en termes d'accès à
l'information concernant la sécurité sanitaire. Même si le
mot est à la mode, des expressions un peu galvaudées deviennent
rituelles : transparence, non-existence du risque zéro, etc. On
pourrait presque faire des discours préformatés avec ce jargon.
Le terme de transparence, me semble-t-il, en l'espèce, correspond
à cette exigence de savoir, qui renvoie à des questions
démocratiques. De fait, la presse, relaie cette double exigence.
La presse -je suis d'accord avec Michèle Biétry- ne fait pas que
former l'opinion, même si elle y contribue. La presse n'est pas exempte
de défauts dans sa façon de fonctionner : pas une
Rédaction ne se détermine sans regarder ce que les autres ont
fait ou sans présupposer ce qu'elles vont faire ; donc, il y a bien
sûr des biais, mais je pense que la presse a une responsabilité
particulière sur un terrain aussi sensible que l'est devenue la
sécurité sanitaire dans un pays marqué par certains
scandales comme celui du sang contaminé, ou de l'hormone
contaminée, et par des pratiques d'opacité comme en
matière de nucléaire.
Un exemple récent : celui de la halte-garderie dans le
7
ème
arrondissement à Paris, qui a suscité
une réaction extrêmement forte de la part des parents, inquiets
à l'idée que leurs enfants aient pu être exposés
à des rayonnements ionisants. On ne peut se contenter de les rassurer en
leur disant :
" Nous avons pris des mesures. Vos enfants ne
risquent rien ".
Lors d'une réunion lundi dernier au
secrétariat d'Etat à la Santé, le Directeur
Général de la Santé leur a dit : "
Compte
tenu des mesures dont nous disposons, vos enfants n'ont pas été
exposés à un risque. Nous sommes en dessous des normes, mais je
sais très bien que, bien que je puisse vous affirmer que les examens
sont inutiles, beaucoup d'entre vous ne seront rassurés que lorsque vos
enfants auront passé les examens nécessaires ",
tout en
les prévenant de la lourdeur de ceux-ci.
On sent bien que l'on ne peut pas simplement répondre par un discours
d'expertise et un discours rationnel à une exigence qui combine des
aspects nobles : ceux d'exigence démocratique, et des aspects de
peurs irrationnelles et démesurées.
Dans cette configuration, compte tenu que la presse est à la fois acteur
et récepteur de ce qui se passe dans notre société, elle a
une responsabilité particulière. Sans elle, certains scandales
n'auraient peut-être pas été mis au jour, ou tout au moins
n'auraient pas eu la résonance qu'ils ont eue : le sang
contaminé vient immédiatement à l'esprit. La presse joue
un rôle que l'on pourrait qualifier d'aiguillon, de pression. Sans une
presse active présente sur la question de la vache folle,
peut-être que l'on n'aurait pas eu enfin, après une attente
interminable, le début des résultats des enquêtes de la
Brigade nationale d'enquête vétérinaire, qui intervient
chaque fois qu'un cas est découvert dans un troupeau. On a eu un premier
rapport préliminaire, mais on sent bien que c'est un combat.
Par ailleurs, la presse est également en situation de répercuter
un certain nombre de données scientifiques. On en a eu un exemple ce
matin avec la question du vaccin contre l'hépatite B. On est en
situation d'incertitude, et l'expertise est précisément d'autant
plus sollicitée. Le problème est qu'elle ne restitue pas
uniquement des certitudes, mais aussi des incertitudes. C'est toute la
difficulté d'arriver à expliquer ce que l'on sait, mais aussi -ce
qui me paraît essentiel- ce que l'on ne sait pas et que l'on ne peut pas
écrire ni prouver.
Je pense que chacun trouverait dans les autres médias aussi bien que
dans le sien propre des éléments qui l'ont fait bondir en termes
d'inexactitude, de présentation erronée. Je garde le souvenir
d'un quotidien qui, sous le surtitre : " Vache folle ", citait
la découverte d'un cas de maladie de Creutzfeldt-Jakob. L'article
précisait que, selon les médecins ayant examiné la
personne, il s'agissait d'une forme classique et précisément pas
de celle liée à la vache folle, d'où une contradiction
absolue entre le surtitre et le contenu.
On se rend compte que, quels que soient les médias, pour la moindre
méningite, le moindre cas de Creutzfeldt-Jakob, fût-il classique,
pour une maladie faisant moins de dégâts qu'un week-end sur les
routes, pour reprendre une comparaison habituelle, il y a un effet
d'entraînement et plus personne ne peut arrêter cette machine qui
fait qu'aujourd'hui on ne peut plus passer sous silence ces questions. Cela
renvoie la presse à sa façon de fonctionner, sa
déontologie, sa façon d'informer, la qualité et la
hiérarchie des informations diffusées et peut-être à
la question : " l'information est-elle
manipulée ? ".
Comment informer ? L'essentiel du rôle de la presse est de donner
à ses lecteurs, auditeurs, téléspectateurs les moyens de
se faire leur propre opinion. J'avoue avoir une méfiance de principe
face au journalisme à thèse, au journalisme d'imprécation,
face à la prime à l'inquiétude, même si je ne
m'estime pas plus " vacciné " qu'un autre journaliste contre
ce type de travers, mais, me semble-t-il, même si c'est moins facile
à faire accepter par toute Direction de la rédaction, il faut
aussi parler des trains qui arrivent à l'heure, et pas uniquement de
ceux qui ont déraillé. Le problème est que l'on sent bien
qu'il y a quasiment une contradiction dans un contexte où la concurrence
est rude ; et encore, dans la presse écrite, la situation n'est pas
tout à fait celle de l'audiovisuel.
S'agissant de la qualité de l'information, là encore, il existe
des principes de base. Le premier est de s'adresser à des sources
fiables, par exemple des publications. Une déclaration de
médecin, fut-il professeur, sur une notion qui n'a pas été
publiée dans une revue scientifique disposant d'un comité de
lecture, qui ne répond pas aux critères de qualité
méthodologique, malgré l'estime que l'on peut avoir pour cette
personne, n'est pas à mettre sur le même rang qu'une information
qui a fait l'objet de tout un processus de validation. Au-delà, tout
journaliste apprend qu'une information doit être vérifiée,
recoupée avec d'autres sources. Sur des sujets qui prêtent
à des controverses -et c'est le cas en matière de
sécurité sanitaire- il est important d'avoir les deux " sons
de cloche ". L'exemple des OGM est typique. Des thèses s'affrontent
radicalement. Sur un sujet riche, qui a à la fois des dimensions
scientifiques, économiques, politiques et sociales, on ne peut se
contenter d'avoir sa propre thèse et de la véhiculer dans les
colonnes d'un journal.
En matière de hiérarchie de l'information, il faut avoir en
tête un critère, une interrogation : qu'est-ce que cela
change ? Evoquer chaque cas de listériose ponctuel, en dehors d'un
cadre épidémique, n'a aucun sens. En même temps, les dix
premiers cas de nouveaux variants de la maladie de Creutzfeldt-Jakob,
c'était très peu, mais, qualitativement, c'était un
phénomène qu'il était important de répercuter parce
que quelque chose se produisait et l'on voyait le bout de la pointe de
l'iceberg.
Pour conclure, la question de la manipulation est un éternel
problème. On pense toujours être le chien qui remue la queue et,
en fait, on est parfois la queue qui imagine remuer le chien. Il existe une
sorte de dialectique entre les sources d'information et le canal que
représente un média. Nous avons tous été, à
un moment ou à un autre, sollicités par un responsable politique,
d'une institution ou autre ayant des éléments importants ou
décisifs à nous faire part sur telle ou telle question et, au
bout du compte, nous pouvons nous interroger sur le caractère nouveau
des faits annoncés. Ainsi, dans le milieu qui suit les questions de la
vache folle (experts, citoyens, journalistes...), il y a eu des discussions sur
la signification de cette mystérieuse troisième voie de
contamination évoquée par le ministre de l'Agriculture.
Personnellement, je pense qu'il y a encore beaucoup à dire sur les deux
premières voies, sur les conditions dans lesquelles les farines animales
continuent d'être utilisées en France, sur la possibilité
de contamination croisée, sur les pratiques du monde agricole, des
industriels agro-alimentaires, avant peut-être d'aller chercher une
troisième voie dont certains experts, et non des plus mauvais
a
priori
, ont tendance à penser qu'elle reste une explication
marginale de l'ampleur de l'épidémie.
Donc, bien sûr, ces risques de manipulation existent, mais, pas plus
qu'il ne viendrait à l'esprit de rejeter la démocratie
parlementaire au motif qu'elle connaît parfois quelques
dévoiements, lourdeurs ou difficultés, je pense qu'il faut
réaffirmer le rôle de la presse comme un acteur de ce débat
démocratique, en particulier sur la sécurité sanitaire.
M. LE PRÉSIDENT - Merci. Après les grands quotidiens du matin et
de l'après-midi, celui de tous les quarts d'heure...
C. AUDITION DE MME MARINA MIELCZAREK, RADIO FRANCE INTERNATIONALE ET FRANCE CULTURE
Mme
Marina MIELCZAREK - C'est justement une grande différence par rapport
à mes collègues : en radio comme en
télévision, on demande des réponses dans la minute, voire
dans le quart d'heure. Je dois rendre hommage aux services de presse de l'AFSSA
qui sont inondés, dès qu'il y a une dépêche AFP ou
REUTER, par les appels téléphoniques sollicitant le
spécialiste. Je n'ai pas de solution, mais je vais exposer les
problèmes, les difficultés que nous rencontrons entre
collègues.
Quand un article paraît dans Le Parisien, Le Figaro ou Le Monde, le
spécialiste cité peut être repris par le journaliste radio
qui n'est pas forcément un spécialiste de santé ou de
l'ESB. Une radio fonctionne un peu différemment de la presse
écrite, avec des services " Reportages de
société " chargés un peu de tout. Sur les sujets
clonage, ESB, OGM, santé, nutrition, statut de l'embryon, il y a un
manque de savoir de la part de chaque journaliste, par manque de formation ou
d'études. Nous venons tous de milieux différents. Vous devez
savoir que c'est très important, d'où la nécessité
d'avoir accès à des sites Internet avec des informations
très précises, peut-être des repères chronologiques
nous évitant de perdre du temps à rechercher de la documentation.
Un autre problème : chaque journaliste doit avoir son carnet
d'adresses. Quand un service " Reportages de société "
ou un journaliste de garde le week-end a un problème sur l'ESB, il
contacte la personne citée. Il faut toutefois faire attention à
ne pas se limiter à un seul avis, celui des spécialistes dont le
nom revient toujours.
Il en est de même s'agissant des OGM. J'étais récemment
à Lille à un congrès organisé par les producteurs
de maïs. J'écoute, mais mon rôle n'est pas, après, de
relayer leurs propos, leur avis sur le fait qu'il n'y a pas de danger, que
toutes les précautions ont été prises, etc. Mon rôle
est d'écouter et de savoir. Je me souviens de la réaction de
Marie-Christine Blandin, présente dans la salle, qui s'est
élevée contre cette réunion dirigée par
l'industrie. Il faut faire très attention. Nous sommes dans une position
où nous écoutons et, après, nous devons donner un avis qui
n'est même pas tranché par les spécialistes. Même si
nous disons au micro que nous ne savons pas, l'auditeur se méfie.
Certaines réponses doivent être apportées tout de suite. Je
me souviens de l'affaire du Coca Cola et du fameux phénol qui aurait
traversé : chimiquement parlant, ce n'était pas possible.
Alors, que dire ? Coca Cola devait apporter une réponse aux radios
dans la minute. Fallait-il inventer n'importe quoi, dire que c'était le
phénol des palettes pour faire taire les journalistes ?...
Nous sommes confrontés à ces problèmes parce que nous
travaillons dans le quart d'heure, dans la minute. Il faut le savoir. Je n'ai
pas de réponse. Je ne sais pas comment il faut travailler avec les
services de presse, comment organiser l'information.
J'ai également assisté à Edimbourg à une
conférence sur les OGM. On parlait de l'Europe, ce matin, et de la
création d'une Agence européenne. Je travaille pour Radio France
Internationale. Nous avons une ouverture sur l'Afrique, l'Inde, l'Asie. Je me
suis rendu compte que l'on focalisait beaucoup sur notre petite Europe. Au sein
même de notre Rédaction, nous avons avec mes collègues des
débats passionnés. Ces derniers m'ont même dit que
j'étais un suppôt de la science parce que je disais que les OGM
n'étaient pas dangereux !
Je demande un peu plus de noms de spécialistes par question. Quand il
faut téléphoner dans la minute, qui appeler : le
ministère de la Santé, celui de l'Agriculture, celui de
l'Environnement ? Tout est imbriqué. Je pense qu'il faut organiser
des débats sur ces questions et peut-être travailler ensemble.
Ce matin, sénateur Huriet, vous vous félicitiez de la
création des deux agences : médicaments et alimentation. Je
me demandais comment nous allions faire quand il y aurait la deuxième
génération des OGM qui seront des alicaments...
Il faut vraiment agir. Il y a là un grand chantier d'organisation de
l'information et il conviendrait d'établir une liste de
spécialistes auxquels s'adresser en cas d'urgence.
Je me souviens aussi de conférences d'information que vous aviez
instaurées sur le statut de l'embryon ou le clonage, questions que je
traite aussi, qui sont extrêmement complexes. Un reporter qui travaille
sur différents sujets ne peut tout connaître. Il faudrait
peut-être faire des petits pensums -encore une fois, je cherche avec
vous- ou organiser des réunions d'information régulières
au ministère ou ici, au Sénat, des rendez-vous pour mettre au
courant les journalistes. Voilà une proposition.
M. LE PRÉSIDENT - Merci. En tout cas, votre dernière suggestion
va fortement retenir notre attention. Nous allons voir comment cela pourrait
être organisé.
Mme Marina MIELCZAREK - C'est vraiment une demande réelle de notre part
d'avoir des informations régulières, car ces sujets
évoluent tellement vite...
M. Claude HURIET - Je voudrais dire combien nous avons été
intéressés, passionnés par vos interventions en direct,
dont je pense que les élus doivent tirer profit et peut-être
instaurer un échange. En effet, nous appartenons à deux mondes
qui se rencontrent souvent, mais ne se connaissent pas bien. M. Jacques
Drucker assiste, dans le public, à nos travaux de cet après-midi.
Si le Président en est d'accord, peut-être pourra-t-il apporter
des éléments de réponse en complément.
Mme Michèle Bietry, avant de développer des interrogations
et des regrets, plus que des critiques, concernant l'accès à
l'information, a parlé de l'alourdissement du système. J'aimerais
qu'elle précise rapidement ce point, qui n'est pas le principal de vos
interventions. En tant qu'inspirateurs et coauteurs de la proposition de loi,
avec la commission des Affaires sociales, nous serions tous très
déçus si nous avions abouti, alors que tous nos efforts allaient
en sens inverse, à un alourdissement du dispositif. En effet,
l'idée était d'avoir des structures plus lisibles. Ce travail est
entrepris, mais n'a pas encore abouti. Vous avez dit qu'en matière
d'accès à l'information, l'AFSSA était bien et l'AFSSAPS
et l'IVS moins bien.
Mme Michèle BIETRY - L'AFSSA est bien pour la vache folle.
M. Claude HURIET - Il est mieux de préciser que, finalement, votre
appréciation ou réserve concerne les trois structures, car cela
aurait pu mettre l'une en difficulté par rapport aux deux autres.
Vous nous avez dit que ces organismes, y compris l'IVS, n'avaient pas eu les
moyens pour développer leurs structures d'information.
Mme Michèle BIETRY - Il s'agit d'organismes consultatifs et non pas
décisionnels. Donc, leur grande force est de faire circuler le savoir.
Certes, ce ne sont pas des agences de communication, mais l'information doit
devenir accessible. Ces organismes sont dotés de moyens assez
archaïques : un site Internet insuffisant, un service de presse avec
des personnes dont la qualité n'est pas remise en cause, mais non
armées pour faire face à une déferlante de journalistes
sollicitant des réponses dans le quart d'heure, toujours au dernier
moment. Or, la force d'un organisme consultatif est, justement, de savoir
organiser la circulation de l'information.
M. Claude HURIET - Peut-être les deux directeurs généraux,
même si nous ne sommes pas dans un après-midi débat,
pourraient-ils apporter des éclaircissements sur la qualité de
leurs moyens, leur stratégie de communication et les évolutions
que vous pouvez attendre et auxquelles, peut-être, ils seront capables de
répondre.
M. LE PRÉSIDENT - M. Jacques Drucker, directeur
général de l'Institut de Veille Sanitaire, et M. Martin
Hirsch, directeur général de l'Agence Française de
Sécurité Sanitaire des Aliments, m'ont fait savoir qu'ils
acceptaient de revenir devant notre commission pour dialoguer avec nos
intervenants journalistes. Je les en remercie.
M. Jacques DRUCKER - J'ai entendu l'éclairage des médias et leur
constat, compte tenu de leur mission, des difficultés d'accès aux
informations données par les agences. J'y souscris.
Effectivement, aujourd'hui, par exemple, l'Institut de Veille Sanitaire n'est
pas encore doté des moyens de diffusion des informations qu'il a
collectées et expertisées à la hauteur de sa mission. La
surveillance de l'état de santé de la population comporte
à part entière cette mission de mettre à la disposition
des personnes qui en ont besoin, pas seulement les décideurs, mais les
professionnels, l'opinion publique, les médias, les informations qu'il
recueille et traite. Ce problème des moyens est incontournable.
Il se pose aussi probablement un problème de meilleure connaissance des
médias, de leur culture, de leurs contraintes et exigences. Nous devons
donc faire nous-mêmes un effort de meilleure connaissance du milieu des
médias.
Vous disiez tout à l'heure, par exemple, que vous deviez pouvoir
réagir dans le quart d'heure ou la minute. Il est vrai aussi que ces
contraintes de réactivité ne sont parfois pas tout à fait
les mêmes, ou en tout cas compatibles, avec les exigences des missions
techniques et scientifiques qui sont les nôtres.
Sur le fond, notre souci de diffusion, de production et d'accessibilité
des informations est vraiment prioritaire. Une meilleure connaissance mutuelle
de nos actions est sans doute à développer, mais, très
clairement, les moyens doivent être renforcés. Avec un Institut de
Veille Sanitaire qui, jusque-là, ne disposait, sur les aspects de
communication publique, que d'un poste de Chargé des relations avec la
presse -il faut voir l'équivalent chez nos collègues anglais de
Londres, sans parler de nos collègues américains, car cela donne
le vertige- nous sommes encore dans une phase très artisanale dans ce
domaine, mais nous en sommes conscients. Je pense que, dans les mois et
années à venir, le développement de nos missions et de nos
moyens va nous permettre de corriger le tir.
L'Institut de Veille Sanitaire rencontre une difficulté
supplémentaire par rapport aux autres agences qui résulte de
l'étendue de ses missions et des champs dans lesquels il travaille. Cela
rend encore plus difficile l'organisation de l'information afin qu'elle soit
plus accessible, notamment en direction de citoyens et des médias.
M. Martin HIRSCH - Sur ce système très perfectible,
peut-être quelques mots sur certaines règles que nous avons
essayé de nous fixer. Les journalistes ont leurs contraintes ; nous
avons les nôtres.
La première règle est de respecter le fait que vous avez besoin
d'avoir l'ensemble des informations en temps utile, rapidement, etc. Sachez
qu'un avis scientifique n'est fini qu'au moment où il a
été signé. Alors, chaque mot compte et la place d'une
virgule peut être importante pour le sens général. Nous
savons -et la loi a posé cette exigence- que, de toute façon, il
sera rendu public sans délai, si ce n'est le temps que les ministres le
lisent et n'en apprennent pas la teneur par la presse. Donc, vous l'aurez
rapidement, mais sachez que nous ne pouvons aller plus vite qu'une certaine
musique liée à ce fonctionnement. Je dois dire que cela a
été bien compris par les journalistes et je voudrais les en
remercier.
Seconde règle : nous ne parlons que pour ce qui nous engage. Nous
ne sommes pas une agence ou des scientifiques qui vont commenter la prise de
position de tel ou tel, et encore moins celle de personnes investies de
responsabilités politiques ou dans d'autres institutions. Nous pouvons
rendre public le produit brut, l'expliquer, mais pas commenter les prises de
position. Nous ne sommes pas un des débatteurs du système. Je
crois que, là aussi, cela est compris. Nous disons parfois :
" Sur ce point, nous ne nous exprimerons pas ", non pas qu'il existe
une loi du silence, mais parce que ce n'est pas notre rôle. Nous sommes
un lieu, non pas de débat, mais de production d'informations.
Troisième règle : chacun partage le fait que, dans toutes
nos agences, nous consacrons plus de moyens pour soutenir les comités
scientifiques et très peu pour cette partie-là, parce que nous ne
serions pas excusables si nous n'avions pas mis tous les moyens dont nous
disposons, qui sont pour nous tous limités, à faire en sorte que
nous puissions rendre les avis et répondre rapidement. Nous avons tous
des services de communication très embryonnaires. Nous essayons quand
même de répondre vite, même si c'est pour, dans les deux
minutes, vous dire :
" Pour l'instant, rien n'est sorti. Ne vous
inquiétez pas pour le journal de demain "
et de vous donner une
liste de 4 ou 5 personnes.
Nous en arrivons à la dernière difficulté. Nos contraintes
sont de dire que notre avis, notre position ne se comprennent que si vous
acceptez de lire la première, la deuxième, la troisième ou
la quatrième phrase, celle où il est dit :
" Il peut
y avoir des risques, mais dans telles ou telles conditions et, par ailleurs, si
nous faisons ceci, en revanche, la population ne sera pas exposée
à ce risque "
: si vous ne prenez que la première
phrase, où il est dit qu'il n'y a pas de risque, c'est une transgression
du message, ou, si vous ne prenez que la dernière phrase, qui indique
que la population est soumise à un risque, c'est également une
transgression du message.
Nous avons eu des expériences dans lesquelles nous avons vu quels
étaient les avantages de ne pas avoir peur des mots. Par exemple,
lorsque nous avons rendu le premier avis sur ERIKA, nous avons, après
que les scientifiques eurent eux-mêmes hésité, mis le mot
" cancérigène ". Les scientifiques hésitaient,
non pas sur le fait de savoir si ce produit était
cancérigène, car il n'y avait pas de doute, mais sur le fait de
l'écrire ou pas. Avant de signer l'avis, je leur ai demandé si le
produit était cancérigène ou pas et ils m'ont
répondu par l'affirmative. Je leur ai donc dit :
" Alors,
nous le dirons ".
Je leur ai demandé si, compte tenu des doses,
par rapport aux seuils, il existait un risque. Leur réponse a
été négative. Donc, vous trouverez dans le même avis
le fait qu'il y a un produit cancérigène, mais que, compte tenu
des mesures prises, des seuils fixés, etc., il n'existe pas de risque
que l'exposition par voie alimentaire provoque un cancer. Cela n'a pas
semé de panique, qui aurait été injustifiée, et je
vous en remercie.
Mme Michèle BIETRY - Sur cette question, personnellement, je pense que
la stupidité a battu des records. Il y a même eu des accrochages
assez sanglants au journal quand j'ai dit à un journaliste :
" Mon cher ami, tu ne savais pas encore que le pétrole
était cancérigène ? "
et qu'il m'a
répondu :
" Non, on me l'avait
caché ! ".
Ce que je reprocherai aux administrations françaises, si je les compare
à la merveilleuse FDA qui sait aussi être assez hypocrite quand il
le faut, ce n'est pas de refuser le contact avec le journaliste, qu'elles ne
nous refusent pas toujours, c'est de ne pas répondre à notre
besoin d'être informés de façon globale. Quand je me
promène sur le site de la FDA, je me régale des avis des Advisory
panels, car cela me permet de poser d'autres questions. Quand je me rends
à un séminaire d'intoxication de GLAXO, je lis auparavant
" l'antidote ". Quand on va nous vendre Viagra 2, je ne
téléphonerai à personne, et surtout pas à un
spécialiste : je vais chercher les documents. En France, nous ne
les avons pas. Où sont les warning letters, que nous trouvons sur le
site de la FDA ?
De temps en temps, nous nous offrons un petit plaisir journalistique. Par
exemple, si j'apprends que tel industriel, toujours présenté
comme un saint, s'est fait " taper sur les doigts " à telle ou
telle occasion, je ne vais pas forcément faire un article, mais cela me
donne l'ambiance. C'est cela que nous attendons de vous, pas
nécessairement pour écrire aussitôt un article. Nous ne
l'avons pas ; or, je pense que c'est très important dans le climat
actuel. Cela permet aussi de répondre à ce besoin de culture que
nous avons, qui évite ces fameuses coupures de phrases. L'Administration
française a tendance à se taire : au moins, elle n'est pas
coupée, mais, malheureusement, la " cocotte minute " explose
à chaque fois.
Donc, vraiment, il s'agit de l'information de base. Par exemple, Monsieur
Drucker, nous nous sommes occupés du PCB, qui n'avait rien à
faire dans les produits agricoles belges. J'ai plongé dans notre
Intranet et j'ai retrouvé des articles. On devait rechercher le taux de
dioxine dans le lait maternel en 1997. En 1998, ce n'était pas fait.
Idem en 1999. Comme ce n'était pas mon sujet exact et que j'avais peu de
collaborateurs à ma disposition, j'ai laissé tomber. S'il y avait
eu un bon site Internet, je l'aurais consulté pour faire le point.
Là, je sais que, pour avoir réponse à cette question, je
dois vous déranger ou déranger le spécialiste
occupé à autre chose. Ce n'est pas normal pour savoir, sur un
processus engagé administrativement consistant à mesurer le taux
de dioxine dans le lait maternel, si l'enquête a été faite
ou non. Je vous pose donc la question aujourd'hui.
M. Jacques DRUCKER - Le rapport sera rendu public le 21 juin.
Mme Michèle BIETRY - Merci.
M. Jacques DRUCKER - Vous devez aussi comprendre que, sur certaines questions,
collecter de l'information et réaliser une enquête de
qualité peut demander du temps. L'exemple de la dioxine dans le lait
maternel a nécessité deux ans d'enquête. Je sais que l'on
peut aussi prendre 5 ou 10 personnes de façon non aléatoire
dans la population française, faire des dosages de dioxine et conclure
sur le degré d'imprégnation de la population française. Je
pense que ce n'est pas ce que l'on attend de l'Institut de Veille Sanitaire. En
l'occurrence, la difficulté est que certaines enquêtes de ce type
demandent du temps, d'autant plus lorsque, comme sur des sujets aussi pointus
que le dosage de ces dioxine et PCB, il n'existe en France qu'un seul
laboratoire ayant cette expertise et cette capacité, qui n'a pas pour
autant une mission prioritaire de santé publique, d'où des
délais.
Donc, de façon concrète, vous aurez une réponse le 21 juin.
Mme Michèle BIETRY - Merci.
M. Lucien NEUWIRTH - J'ai observé qu'en règle
générale nos administrations, sur Internet, n'étaient pas
à jour. Manifestement, ce n'est pas encore entré dans notre
culture.
Mme Michèle BIETRY - Nous félicitons le Sénat quand
même !
M. Paul BENKIMOUN - Michèle Biétry a eu l'air de
" crucifier " les agences de veille sanitaire qui ont un an
d'existence, mais l'on se rend compte que ce problème de communication
est assez général à l'Administration. On pourrait citer la
Direction générale de la Santé. C'est un problème
de même nature, y compris les périodes de vacance du poste, qui
fait que c'est parfois l'alternative : soit on dérange le Directeur
de l'administration, soit il faut se contenter de réponses vagues.
On a toujours dit qu'il y avait en France de bons
épidémiologistes, ce qui, je crois, est vrai, mais il semble que,
dans beaucoup de structures, on bute sur la difficulté d'exploiter des
données existantes. Vous l'avez vu vous-même à propos des
comités consultatifs : vous n'avez eu les données que pour
une année parce qu'il y avait eu un stagiaire à la Direction
Générale de la Santé pour les exploiter et pas les
années suivantes.
M. Claude HURIET - Dans le prolongement de votre réflexion et de cet
exemple, j'indique que la commission des Affaires sociales a
décidé, il y a quelques semaines, de me missionner, avec quelques
collègues, pour faire le point sur le fonctionnement des CCPPRB.
Pourquoi fais-je cette réponse ? Il est vrai que cela peut
apparaître comme disproportionné et qu'au fond les quelques
éléments et quelques points de repère que j'avais
demandés au moins à trois ou quatre reprises depuis deux ans
auraient pu être, naturellement, fournis par l'Administration. Là,
les agences ne sont pas en cause. C'est parce que l'Administration centrale n'a
pas été capable ou n'a pas voulu me livrer ces
éléments que les parlementaires, qui exercent leurs
prérogatives de contrôle et de suivi, ont mis en place une
mission. L'avantage est que cette mission pourra sans doute aller plus loin que
le simple recueil de données statistiques.
M. LE PRÉSIDENT - Nous avons abordé des points tout à fait
intéressants avec les journalistes. Je les en remercie. Je remercie
également MM. Martin Hirsch et Jacques Drucker de s'être
prêtés à un débat contradictoire impromptu.