VI. LE POINT DE VUE DES MINISTRES

M. LE PRÉSIDENT - Nous accueillons M. Jean Glavany, ministre de l'agriculture et de la pêche, Mme Dominique Gillot, secrétaire d'Etat à la santé et aux handicapés et Mme Marylise Lebranchu, secrétaire d'Etat chargée des PME, du commerce, de l'artisanat et de la consommation.

A l'issue de votre propos introductif, des questions vous seront posées par les rapporteurs Charles Descours et Claude Huriet, ainsi que par les commissaires ou autres sénateurs qui nous auront rejoints d'ici là.

A. AUDITION DE M. JEAN GLAVANY, MINISTRE DE L'AGRICULTURE ET DE LA PÊCHE

M. Jean GLAVANY - Monsieur le Président, je me réjouis d'être parmi vous. J'étais à l'instant avec le Commissaire David Byrne, qui va nous rejoindre.

Je me réjouis que le Sénat ait souhaité faire un état des lieux de la sécurité sanitaire et dresser quelques perspectives près de deux ans après l'adoption de la loi relative au renforcement de la veille sanitaire et du contrôle de la sécurité sanitaire des produits destinés à l'homme, présentée à l'initiative de votre commission. Je me fais souvent cette réflexion, et je vous la livre : la création de l'AFSSA, notamment, est d'origine parlementaire, et rarement l'on aura pu souligner un tel succès d'une initiative parlementaire et d'une nouvelle structure administrative dans un paysage en perpétuelle évolution.

J'articulerai mon propos en trois points, étant bien entendu précisé que, pour ma part, je n'évoquerai que la sécurité sanitaire des aliments. Je tiens strictement à respecter cette compétence, mais, même sur ce sujet des aliments, il existe un travail interministériel avec les ministères de la santé et de la consommation, ici représentés par mes collègues et amies Dominique Gillot et Marylise Lebranchu.

En premier lieu, je souhaite rappeler les modifications récentes du dispositif français dans le domaine de la sécurité sanitaire des aliments.

En second lieu, j'évoquerai en quelques mots les évolutions engagées aussi bien au plan communautaire qu'au plan international.

En guise de conclusion, j'aborderai les questions politiques qui se posent à nous et qui justifient le débat public, qui est un débat social.

Tout d'abord, notre dispositif de sécurité sanitaire des aliments a été profondément modifié au cours de ces dernières années

La création de l'AFSSA a permis le développement d'un pôle d'expertise. Elle a consacré la séparation de l'évaluation et de la gestion des risques.

Je sais que le Directeur Général de l'AFSSA vous l'a présentée ce matin. Il est parmi nous cet après-midi. Je le salue chaleureusement.

Je le disais à l'instant, rarement une initiative parlementaire aura été aussi couronnée de succès, rarement une nouvelle structure administrative se sera imposée dans le paysage administratif français avec autant d'autorité et de respectabilité en si peu de temps. Je voudrais simplement témoigner de l'utilité de la réforme et de la création de cette AFSSA. Depuis sa création, le Gouvernement et l'Administration ont pu bénéficier de cette expertise et des avis scientifiques. Certains ont été fortement médiatisés, mais la société et la transparence le veulent (la crise de la dioxine, celle de l'ESB, celles de la listeria, l'affaire Coca Cola) ; d'autres moins. L'AFSSA a su faire la démonstration qu'elle avait sa place au sein du dispositif national et c'est un très bon point.

J'ajoute -car cela fait souvent l'objet de débats- que l'AFSSA fait aussi la preuve que la séparation entre l'évaluation et la gestion du risque n'est pas purement théorique. Dans les relations au quotidien qui existent entre le Gouvernement, les services de l'Etat et l'AFSSA, la séparation de la gestion du risque par le politique et de l'évaluation du risque par le scientifique est visible, pratique, concrète, sans que, pour autant, elle n'aboutisse à un dialogue de sourds, mais, au contraire, à un dialogue harmonieux et permanent. De ce point de vue, la situation a très bien évolué.

Le Comité National de la Sécurité Sanitaire, qui est un lieu d'échange et de coordination des travaux des différentes agences sanitaires, doit permettre de replacer les risques alimentaires (sanitaires ou nutritionnels) au sein des autres préoccupations de santé publique. Avec ma collègue et amie Marylise Lebranchu, nous assistons régulièrement aux travaux de ce comité, placé sous la présidence de Dominique Gillot, et je crois que c'est une très bonne chose.

Depuis l'adoption de la loi sur le renforcement de la veille sanitaire, de nombreuses dispositions dans le domaine de la sécurité alimentaire ont été retenues.

La loi d'orientation agricole de juillet 1999 a permis de renforcer le dispositif de surveillance et de contrôle des différents maillons de la chaîne alimentaire.

Ainsi, un dispositif de biovigilance est mis en place, qui permet aux agents de la protection des végétaux d'observer les effets des organismes génétiquement modifiés sur le milieu végétal et animal (parasites, insectes...) environnant et de prendre les mesures de police qui s'imposent. C'est un débat d'une très brûlante actualité, sur lequel j'imagine qu'il y aura des questions.

Le contrôle de l'utilisation des pesticides, des conditions sanitaires d'élevage a été renforcé. Il en est de même pour celui de l'utilisation des additifs et médicaments en élevage et de l'alimentation animale.

Pour une meilleure maîtrise de la qualité sanitaire des aliments, un dispositif d'épidémio-surveillance de la contamination des aliments est mis en place. Il s'appuie sur un regroupement des données issues des contrôles officiels et des auto-contrôles. Par ailleurs, la traçabilité peut être imposée dans les filières où cela apparaît nécessaire.

Tous ces points sont extrêmement positifs.

Enfin, le dispositif existant en matière de contrôle aux frontières et sur le territoire national des aliments d'origine animale produits dans d'autres Etats membres de la Communauté européenne ou importés de pays tiers est élargi aux produits destinés à l'alimentation animale.

Le ministère de l'agriculture et de la pêche a organisé une plus grande indépendance de ses services de réglementation et de contrôle.

En premier lieu, la réorganisation de l'Administration centrale sépare désormais la fonction d'animation économique de la filière -j'allais dire la tutelle sur les industries agro-alimentaires- qui est maintenant de la responsabilité de la Direction des politiques économiques et internationales, et les aspects sanitaires, de sorte que la Direction générale de l'alimentation réformée est désormais consacrée exclusivement à la santé et à la protection des animaux et végétaux et à la sécurité et à la qualité des aliments. Cette réforme, peut-être discrète, a modifié en profondeur la vocation de la Direction générale de l'alimentation et en fait à part entière une Direction de la sécurité alimentaire.

En second lieu, les Services vétérinaires départementaux et les Services régionaux de la protection des végétaux des Directions régionales de l'agriculture et de la forêt (DRAF) poursuivent activement leur mise en conformité avec la norme NF EN 45004 fixant les " critères généraux pour le fonctionnement des différents types d'organismes procédant à l'inspection ", qui sera menée à son terme en 2001.

Enfin, les résultats des contrôles sont désormais rendus publics au fur et à mesure de leur synthèse. Une lettre d'information mensuelle, intitulée " Notre Alimentation ", fait le point sur l'actualité réglementaire et les résultats des contrôles du ministère de l'agriculture et de la pêche. Elle est actuellement imprimée à 10.000 exemplaires et adressée aux ambassades françaises à l'étranger et aux ambassades étrangères en France, aux familles professionnelles agro-alimentaires, aux associations de consommateurs, aux écoles de la filière agricole et alimentaire, aux autres administrations, à la presse ainsi qu'aux parlementaires.

Une réflexion sur ce point : dans le passé, souvent, le ministère de l'agriculture et de la pêche a été, je ne dirai pas accusé -encore que, parfois, cela prenait des formes d'accusation- en tout cas taxé d'opacité. Je souhaite vivement -et je crois que nous essayons d'en donner des exemples- que nous soyons un ministère de la transparence et que l'ensemble de nos travaux soient menés au grand jour, dans la plus grande transparence.

Nous faisons beaucoup d'efforts en termes de communication. Je disais à David Byrne à l'instant, dans nos conversations sur l'évolution des réglementations et des contrôles européens, que j'avais pris notamment la décision qu'à chaque fois qu'il y aurait un contrôle européen sur la situation française -parfois, certains sont désagréables, ce qui pose presque le problème éthique des rapports entre la Commission et les Etats membres, un problème politique profond- et que ces rapports seraient mis sur Internet, je mettrais aussitôt sur Internet toutes les réponses de l'Administration française, y compris celles désagréables pour l'Union. Après tout, il n'y a pas de raison de nous laisser faire sans répondre, surtout quand des accusations sont infondées.

Je crois surtout que, dans la société de transparence et de médiatisation dans laquelle nous vivons, ceux qui veulent encore croire que l'on peut retenir des informations ont perdu d'avance. Je voudrais ici plaider aussi scrupuleusement que possible et avec le plus grand enthousiasme pour la transparence et vous dire qu'en tout cas je fais tous mes efforts pour que le ministère de l'agriculture et de la pêche s'organise dans ce sens.

Les moyens consacrés par le ministère de l'Agriculture et de la Pêche au contrôle de l'alimentation ont fortement progressé.

Ainsi, entre 1996 et 2000, les crédits de fonctionnement technique et d'intervention, incluant les subventions à l'AFSSA (au CNEVA jusqu'en 1998), ont progressé de 31 %.

Malheureusement, l'augmentation des moyens humains n'a pas pu suivre le même rythme puisque celui-ci n'a progressé que de 9 %, ce qui reste, à mon sens, insuffisant.

La coopération entre services des différents ministères est résolument engagée pour une meilleure identification des responsabilités et une optimisation des actions.

Au niveau central, un protocole de coopération entre la Direction générale de l'alimentation, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes et la Direction générale de la santé a été signé en septembre 1999.

Ce protocole vise à optimiser les actions de l'Etat dans le domaine de la sécurité des aliments, à optimiser l'interministérialité, pour moi indispensable, par la mise en place de procédures qui permettront aux directions générales d'ajuster leurs domaines d'intervention, de coordonner leurs actions et de partager l'information, notamment grâce à la communication des résultats et les synthèses d'enquêtes.

Ce protocole, qui prévoit notamment la rédaction de notes de service communes ou la programmation d'enquêtes conjointes, doit être prolongé d'un jour à l'autre, d'une heure à l'autre -peut-être même est-ce déjà fait au moment où je vous parle- d'un protocole de communication interministériel, qui renforcera encore plus notre efficacité.

Au niveau départemental, les services de l'Etat ont été invités, depuis quelques années, à l'initiative et sous l'autorité des préfets, à développer une coopération interministérielle locale, notamment sous la forme de pôles de compétences. Nous demandons aux préfets de créer auprès d'eux un pôle de compétences inter-services Sécurité des aliments, mettant en commun les compétences et la pratique des directeurs départementaux de nos trois administrations pour les habituer à travailler ensemble et pour, surtout, les mettre en situation de réagir de manière efficace et cohérente en cas de crise.

A ce stade, une trentaine de départements ont déjà expérimenté dans le domaine de la sécurité alimentaire la formule de ces pôles de compétences, qui coordonnent l'action des Directions des services vétérinaires, des Directions départementales de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes et des Directions départementales de l'action sanitaire et sociale.

Je souhaite vivement -j'y encourage tous les préfets- que cette trentaine de départements fassent des " petits ".

Les conclusions partielles et provisoires tirées en différentes occasions ont confirmé l'intérêt de cette démarche pour contribuer à la modernisation des services de l'Etat et atteindre les objectifs visés.

J'évoquerai en second lieu les évolutions engagées aux niveaux communautaire et international.

Les travaux internationaux prennent de plus en plus d'ampleur dans ce domaine. Ils ne sont évidemment pas sans conséquences sur notre propre réglementation.

La Commission européenne a publié, le 12 février dernier, un Livre blanc sur la sécurité alimentaire, dans lequel elle expose les évolutions réglementaires qu'elle entend proposer au Conseil des ministres et au Parlement européen.

La proposition la plus importante, et en tout cas la plus symbolique, est sans conteste la création d'une Autorité alimentaire européenne, proposition que le Gouvernement français ne peut que soutenir puisque, d'une certaine manière, il en est à l'origine. Bernard Kouchner, avant de se rendre au Kosovo, alors ministre de la santé, avait fait, au nom du Gouvernement, cette proposition.

La présidence portugaise a engagé un débat autour de ces propositions. L'Autorité alimentaire européenne devrait se voir confier l'évaluation des risques alimentaires.

Le Livre blanc de la Commission contient de nombreuses autres propositions extrêmement attendues par le Gouvernement français : je pense notamment au renforcement de la coopération administrative en matière de développement et de mise en oeuvre de systèmes de contrôle, mais aussi au renforcement du dispositif législatif communautaire en matière d'alimentation animale ou d'hygiène des aliments.

Je m'arrête un instant sur ce point des contrôles. Il pose un problème politique fondamental y compris de philosophie de l'Union. Nous ne pouvons pas accepter une seconde, pour l'avenir de l'Europe, que la Commission, peu ou prou, se transforme en une sorte d'accusateur des Etats membres. Ce n'est pas acceptable et ce n'est pas bon pour l'Europe. Ce n'est pas ainsi qu'elle progressera. Quand, dans certains services de la Commission, trop souvent on voit et on constate -parce que des fonctionnaires français y travaillent- que l'obsession de la Commission est d'accuser et de mettre en cause et en difficulté des Etats membres, je pense que l'on fait erreur quant à la bonne marche de l'Europe.

La nouvelle Commission a des excuses. Elle n'est pas exactement comme l'ancienne et essaie de tirer des leçons de certains errements du passé. Elle est également sous le feu croisé du Parlement, et un certain nombre de mises en cause qui se poursuivent ne sont pas toujours faciles à vivre pour elle. Il n'empêche que je pense que nous devons réviser complètement ce système de contrôles, surtout quand les conséquences sont si lourdes, quand publiquement on accuse des Etats membres et quand nous savons dans quelles conditions ont été réalisés ces contrôles, c'est-à-dire des conditions qui ne sont pas toujours d'une rigueur absolue.

Ce problème est philosophique quant à l'avenir de l'Union et il faut trouver les voies d'une coopération plus harmonieuse.

Au total, quelque 80 propositions ont été annoncées par la Commission. Elles devraient être mises sur la table de manière échelonnée, la Commission voulant disposer d'un corpus législatif complet d'ici à trois ans pour assurer le niveau le plus élevé possible de protection de la santé des consommateurs en Europe.

Au niveau international, nous sommes encore loin de la création d'une Autorité alimentaire mondiale. Le débat est néanmoins engagé au sein de l'OCDE à la demande du G8, sur initiative française.

L'OCDE a réalisé un panorama des systèmes de sécurité alimentaire dans les différents pays de l'OCDE.

La France, comme l'Union européenne, est en faveur d'un prolongement de ce travail dans deux directions : nous proposons, d'une part, la création d'un groupe permanent chargé de l'information mutuelle et de la coordination des politiques de sécurité alimentaire et, d'autre part, de veiller à l'organisation de l'expertise scientifique.

Un mot, en conclusion, sur les perspectives.

Les évolutions du dispositif national de sécurité alimentaire ont sans conteste permis une amélioration de la sécurité alimentaire.

Par exemple, le nombre de listérioses a été divisé par trois en dix ans, mais, quand une listeria est trouvée dans un aliment, l'amalgame aidant, on parle de listériose, voire d'épidémie, et l'ensemble des produits est mis en cause. Des efforts considérables sont effectués par l'ensemble des professionnels des filières. Et pourtant, jamais les consommateurs n'ont autant douté de leur alimentation.

L'amélioration du dispositif de surveillance et d'alerte nous met face à la question de la culture du risque, et, surtout, face à la question de l'absence de culture du risque dans notre pays et pour nos concitoyens. Ils souhaitent la transparence, mais, souvent, les informations ne sont pas faciles à comprendre et à rationaliser.

L'acceptabilité des risques, c'est-à-dire la question " quel risque est-on prêt à prendre pour pouvoir continuer à manger des fromages au lait cru ou des charcuteries ? " -je pense à l'interdiction des boyaux : ne faut-il pas défendre les andouilles, les andouillettes, les boudins, les saucissons ?- et celle du coût de la sécurité (quel prix est-on prêt à payer pour réduire encore un peu plus les risques alimentaires ?) conditionnent l'évolution de notre modèle alimentaire.

Il s'agit là d'interrogations profondément politiques. Leurs réponses doivent s'appuyer sur un débat de société. C'est pourquoi le Premier ministre, Lionel Jospin, a annoncé le lancement des Etats généraux de l'alimentation qui vont, aux niveaux local, régional, puis national, créer des lieux de dialogue et de propositions sur ce sujet avant la fin de l'année.

Dominique Gillot, Marylise Lebranchu et moi-même avons récemment invité le Conseil national de l'alimentation, qui regroupe tous les partenaires de la filière alimentaire, des agriculteurs aux consommateurs, à développer la concertation entre les différents acteurs. Nous avons souhaité directement l'impliquer dans la préparation des Etats généraux, ce qui, je crois, est en train de se faire spontanément puisque l'ensemble de ces partenaires ont décidé de faire une préparation commune de ces Etats généraux, ce qui augure bien de la qualité du débat dans les mois qui viennent.

M. LE PRÉSIDENT - Merci, Monsieur le Ministre, de cet exposé très complet.

B. AUDITION DE MME DOMINIQUE GILLOT, SECRÉTAIRE D'ÉTAT À LA SANTÉ ET AUX HANDICAPÉS

M. LE PRÉSIDENT - Je demanderai à Mme Gillot de bien vouloir, en particulier, nous indiquer quels sont ses rapports avec les agences -nous avons entendu leurs Directeurs généraux ce matin- notamment dans la gestion des crises, et les relations avec les médias, qui ont quelquefois un rôle tout à fait important dans le relais de vos propos, positions et appels.

Mme Dominique GILLOT - Monsieur le Président, je réaffirme, à la suite de Jean Glavany, avec qui nous travaillons très régulièrement sur ces questions, que la sécurité sanitaire fait partie des priorités annoncées par le Premier ministre lors de l'installation de son gouvernement en juin 1997. Il faut toujours avoir cela présent à l'esprit.

Cette exigence de sécurité sanitaire nous oblige à développer une culture commune de sécurité sanitaire qui répond en écho à l'interrogation de Jean Glavany sur la culture du risque, que l'on devrait aussi développer ou que seraient capables d'assumer nos concitoyens. Nous devons être vraiment conscients que les Français sont maintenant mieux informés, mieux formés par rapport aux risques qu'ils acceptent de subir ou de vivre, en fonction des exigences de sécurité sanitaire qui sont les nôtres et de l'évolution des découvertes scientifiques et des moyens dont nous disposons pour maîtriser ces risques. C'est à la fois une grande avancée, mais aussi une contrainte très forte de la responsabilité politique.

Cette volonté politique majeure s'est concrétisée, grâce à l'initiative de votre Haute Assemblée et avec l'appui unanime du Parlement -il est assez rare qu'une loi soit votée à l'unanimité par les deux Assemblées- par la loi du 1 er juillet 1998 relative au renforcement de la veille sanitaire et du contrôle de la sécurité sanitaire des produits destinés à l'homme.

Sa mise en application n'a pas tardé, puisque le dispositif s'est mis en place avec des moyens conséquents dès le budget 1999. L'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, dont Jean Glavany a salué la présence du Directeur dans la salle, a été opérationnelle dès ses premières semaines d'existence, en mars 1999, avec une organisation tout d'abord provisoire, tant en ce qui concerne l'organisation interne que le fonctionnement des comités d'experts, réunis très régulièrement par cette Agence.

Et pourtant, en un an, un travail considérable a déjà été accompli. L'actualité de ces derniers mois ne l'a d'ailleurs en rien ménagé, qu'il s'agisse de la dioxine, de l'ESB ou encore de la listériose, ou même des conséquences de la marée noire. Les avis de l'Agence sont très souvent sollicités et ont concerné aussi bien :

- l'évaluation des risques sanitaires consécutifs à des situations de contamination avérées ou potentielles,

- que des textes réglementaires permettant de faire face à ces risques,

- ou encore la préparation de discussions communautaires,

- ou la transposition en droit français de décisions communautaires.

Nous voyons bien, chaque fois que nous sommes amenés, aujourd'hui, à prendre des décisions en matière de sécurité sanitaire, que l'avis de l'AFSSA est sollicité et que c'est un élément de référence et d'appui de la décision politique.

En 2000 et en 2001, l'AFSSA doit mettre en place son organisation définitive. Elle doit se charpenter sur le plan administratif et technique pour coordonner l'action des différentes structures qui la composent et renforcer sa capacité d'évaluation et de coordination de l'expertise extérieure qu'elle mobilise et est capable de mobiliser à la demande et en fonction de l'actualité. Elle doit également renforcer son indépendance à l'égard des acteurs économiques (entreprises, organisations professionnelles). C'est une responsabilité que nous partageons vis-à-vis d'elle.

Pour cela, et dans le cadre de la montée en charge de l'Agence, l'engagement financier de l'Etat doit être réaffirmé année après année, et notamment en 2001.

L'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSSAPS), ancienne Agence du Médicament, dont le Directeur est aussi présent dans la salle et que je salue, quant à elle, s'est vu confier par la loi du 1 er juillet 1998 de nouvelles missions : le contrôle des dispositifs médicaux, la vigilance des produits sanguins et dérivés du sang, les produits cosmétiques.

L'année 1999 a vu l'Agence intégrer de nouvelles équipes, dont certaines en provenance de la Direction des hôpitaux, de l'Agence française du sang ou de la DGS, tout en maintenant l'activité générale et en développant des actions spécifiques dans le domaine du médicament. A la fin de l'année 1999, l'ensemble des recrutements prévus avaient été réalisés, ce qui représente une performance tout à fait intéressante et à la mesure de la mission de cette Agence, sur qui reposent aussi de nombreuses et lourdes responsabilités.

Pour l'année 2000, cinq catégories d'objectifs ont été fixées à l'Agence :

- la poursuite des actions dans le domaine du médicament, qui constitue son activité principale (autorisations de mises sur le marché, autorisations temporaires d'utilisation et pharmacovigilance) ;

- le développement de la prise en charge des nouveaux produits et des nouvelles missions : sécurité des dispositifs médicaux, des produits sanguins et dérivés du sang, des produits cosmétiques ;

- le développement des actions transversales en vue d'harmoniser les évaluations entre les différents produits ;

- la consolidation de la présence et de l'implication communautaires de l'Agence, qui est une référence au niveau européen, voire international ;

- l'adaptation de l'administration et des procédures de gestion de l'établissement à ses nouvelles missions.

Pour 2001, l'Agence devra assurer la montée en charge de ses nouvelles activités et en particulier atteindre, pour la sécurité sanitaire des dispositifs médicaux, le niveau de développement des meilleures structures européennes en termes aussi bien de vigilance que de surveillance du marché. Il nous faut, sur ce sujet, être moteur, comme nous l'avons été pour les réactifs de laboratoire. C'est notre objectif. Je suis convaincue que l'Agence se donnera les moyens de l'atteindre.

2001 sera également la première année où les critères et les méthodes d'évaluation prenant en compte le service médical rendu seront utilisés de façon systématique pour la prise en charge par l'assurance maladie des dispositifs médicaux inscrits au TIPS, lui-même en instance de révision afin de mieux répondre aux besoins des usagers.

En ce qui concerne l'Institut de Veille Sanitaire -là aussi, je salue la présence de son Directeur dans la salle ; on voit bien que ces Hauts fonctionnaires sont particulièrement attachés à la réflexion nationale sur les missions qui leur ont été confiées- la montée en charge depuis 1997 a été très importante : l'effectif est passé de 50 personnes à 140 cette année ; le budget a suivi la même progression et a plus que doublé dans la même période.

L'activité de l'Institut de Veille Sanitaire depuis sa mise en place, en mars 1999, a été marquée par le souci de faire face aux menaces et urgences de santé publique. A ce titre, on peut rappeler le rôle important de l'IVS dans le cadre des deux épidémies les plus récentes de listériose, mais aussi de l'épidémie de méningite qui a sévi parmi les pèlerins et leur entourage de retour de la Mecque.

Mme Nelly OLLIN - Nous avons trois cas actuellement dans ma ville.

Mme Dominique GILLOT - Ils sont soignés, j'espère ?

Mme Nelly OLLIN - Quelle question, Madame Gillot !

Mme Dominique GILLOT - Ces épidémies de listériose ont été l'occasion de démontrer la qualité de l'expertise en épidémiologie de l'Institut et sa capacité d'intervention dans ce domaine, en coordination avec les administrations des ministères concernés et notamment la sous-direction Veille sanitaire de la Direction générale de la santé, le Centre national de référence et d'autres experts dont ceux de l'AFSSA.

Elles ont également permis de faire progresser notre culture commune en termes de gestion et de communication face au risque sanitaire, notamment quand il s'agit de prendre en compte, dans la décision, des données d'origine épidémiologique. A ce titre, après concertation fructueuse, un protocole de communication commun entre nos trois ministères -Jean Glavany l'a évoqué dans son intervention- sera publié et diffusé dans les prochains jours aux préfets en fonction de l'arbitrage opéré sur cette question.

Au plan environnemental, l'Institut ne reste pas non plus inactif puisque nous l'avons vu mettre en place :

- une surveillance des effets sanitaires de l'éclipse solaire d'août 1999. C'est la première fois que, pour une séquence de cette nature, nous avons des éléments d'observation des conséquences sur la population. C'est un fait qui marquera l'histoire de l'épidémiologie ;

- une surveillance des effets sur la santé de la population après les inondations dans l'Aude : au-delà des effets directs des inondations, comment la population réagit à un traumatisme de cette nature ? Cela fait l'objet d'une surveillance épidémiologique ;

- et, dernièrement, une surveillance des effets à court terme et l'appréciation des effets à long terme pour les bénévoles ayant dépollué les plages après le naufrage de l'ERIKA.

L'activité de l'Institut de Veille Sanitaire s'est également concentrée sur la connaissance de l'état de santé des Français. Outre l'élément clé que constitue la surveillance de la déclaration obligatoire des maladies, d'autres surveillances systématiques ont été mises en place : cancers, pathologies liées à l'amiante, phénomènes de santé liés à la pollution atmosphérique. Afin de mobiliser les partenariats nécessaires pour le développement d'un réseau de veille efficace sur l'état de santé de la population, l'Institut de Veille Sanitaire a entamé une réflexion de fond dans le cadre de l'élaboration d'un contrat d'objectifs et de moyens pour la période 2001-2003, de façon à fixer des objectifs clairement établis et qui mobiliseront les moyens à cet effet.

En ce qui concerne les priorités de l'Institut, Martine Aubry et moi-même avons récemment missionné son Directeur Général, le Professeur Drucker, pour qu'il :

- poursuive son action dans le domaine des maladies infectieuses en l'étendant aux infections nosocomiales et à la lutte contre le développement des résistances aux antibiotiques, ce qui nous aidera aussi, au moment de la présidence française de l'Union européenne, puisque c'est un des sujets que nous partageons avec la Communauté ;

- développe la surveillance et l'investigation des risques sanitaires liés à l'environnement : l'activité de l'Agence Sanitaire de l'Environnement qu'il est projeté de créer pourra s'appuyer sur cette surveillance ;

- mette en place l'évaluation du risque nutritionnel en articulation avec le travail de l'AFSSA.

Enfin, l'Institut de Veille Sanitaire doit continuer à développer des actions en matière de surveillance des risques liés au travail et des maladies chroniques.

Par ailleurs, il lui faut toujours renforcer les partenariats avec les différents acteurs de la veille sanitaire : Directions départementales de l'action sanitaire et sociale, Observatoires régionaux de la santé, Registre de surveillance du cancer, INSERM (causes de mortalité), réseaux sentinelles (surveillance des troubles liés à la toxicomanie ou aux maladies infectieuses subites).

Enfin, nous souhaitons qu'il nous précise sa stratégie de développement dans le cadre européen.

Personnellement, j'ai souhaité engager une réflexion sur le rôle de l'Institut de Veille Sanitaire en matière d'information du public face au risque sanitaire. En effet, nous avons constaté, au cours des différentes séquences de crises sanitaires, que, comme vous le disiez, Monsieur le Président, quelquefois, les relais médiatiques ne sont, ni à la hauteur, ni complètement dans la vérité de la communication à apporter.

Le Haut Conseil de santé publique est aussi en charge actuellement, à la suite de mon initiative, d'une réflexion sur le lien à avoir avec les médias et les différents vecteurs de communication pour que, dans la transparence que nous recherchons, que nous devons à nos concitoyens pour développer cette démocratie sanitaire à laquelle nous sommes très attachés, nous ayons une pratique de communication qui fasse que nos concitoyens s'habituent à des informations qui peuvent les troubler ou les inquiéter actuellement, mais qui doivent faire partie de leur responsabilité et de l'élévation de leur niveau d'information.

Par ailleurs, vous m'interrogiez sur les relations que nous entretenons avec les différentes agences. Nous avons un travail extrêmement régulier et serré puisque, tous les quinze jours, l'ensemble des directeurs d'agences se réunissent autour de moi, avec la Direction générale de la santé, la Direction des hôpitaux, pour évoquer, ensemble, l'actualité et mutualiser nos informations et réflexions. C'est un moment fort de partage d'informations et de définition de méthodes pour aborder les différentes crises.

Vous le savez, l'articulation de l'ensemble de ce dispositif a également été prévue par la loi du 1 er juillet 1998. Le Comité national de sécurité sanitaire se réunit régulièrement, tous les quatre mois à peu près, depuis juin 1999. Son rôle est essentiel   il nous permet de développer cette culture commune de gestion du risque sanitaire à laquelle nous aspirons, de valoriser, de réinvestir l'expérience des crises passées. Il doit également coordonner les politiques scientifiques des agences et permettre de dégager une méthodologie de gestion des crises.

Son objet principal est de nous faire progresser " à froid ". Il est le lieu d'impulsion de politiques scientifiques cohérentes, le lieu d'une réflexion commune sur les risques émergents ou mal évalués, sur les enseignements à tirer de la gestion des risques sanitaires. Ainsi, l'étape de retour et de partage d'expérience que constitue l'étude rétrospective des crises récentes nous est très précieuse, et nous y tenons beaucoup.

De nombreux thèmes y ont déjà été abordés, qui nous ont fait progresser et mettre au point un certain nombre de protocoles de fonctionnement.

Des groupes de travail ont été mis en place au sein du comité. Ils sont présidés par des experts renommés et reconnus internationalement. Après un premier bilan fin 2000, ils nous feront des propositions sur :

- l'estimation quantitative des risques en situation d'incertitude ;

- les critères, méthodes et procédures utilisés dans le processus de décision pour assurer la sécurité sanitaire ;

- les modalités pour identifier les priorités de sécurité sanitaire, les risques émergents et même non avérés.

Vous le voyez, en relativement peu de temps, au regard des habitudes mais aussi des enjeux, la mise en place du dispositif de sécurité sanitaire nous a fait progresser ensemble vers une culture plus affirmée en termes d'appréciation et de gestion du risque sanitaire.

M. LE PRÉSIDENT - Merci, Madame la Ministre.

C. AUDITION DE MME MARYLISE LEBRANCHU, SECRÉTAIRE D'ÉTAT CHARGÉE DES PME, DU COMMERCE, DE L'ARTISANAT ET DE LA CONSOMMATION

Mme Maryse LEBRANCHU - Je vais essayer de ne pas reprendre ce qu'ont déjà dit mes deux collègues sur l'ensemble des outils que nous avons en commun. Leur satisfaction est partagée. Je vais me situer sur le champ qui est le mien, c'est-à-dire celui des consommateurs, bien qu'il s'agisse forcément du même champ puisque le sujet est identique. J'évoquerai un peu plus les produits, sachant que, sur la sécurité sanitaire des aliments, tout a été dit par Jean Glavany et Dominique Gillot.

J'ajoute simplement à ce sujet que je reste persuadée aujourd'hui qu'il faut, bien sûr, maîtriser de manière plus globale la communication, mais que nous n'échapperons jamais à des médiations par à-coups. J'en veux pour preuve, tout à l'heure, une question d'actualité sur la sécurité sanitaire des aliments sur les marchés de plein vent, extrêmement intéressante à la fois parce qu'elle correspond à une culture de notre pays et parce que le texte dont il s'agit a cinq d'existence et qu'au bout de cinq ans on découvre tout d'un coup qu'un texte existe et implique les mêmes normes de sécurité sanitaire des aliments aux produits vendus sur les marchés et aux produits vendus dans d'autres sites, comme s'il existait des sécurités sanitaires des aliments différentes selon les lieux de vente.

Il est intéressant de voir à quel point la médiatisation joue un rôle important et qu'il faut la maîtriser. C'est pourquoi d'ailleurs -Dominique Gillot évoquait la façon de maîtriser la situation- l'Institut national de la consommation, un des outils dont on connaît peu l'importance en dehors de ses publications, pourrait être et devra être encore plus qu'il ne l'est aujourd'hui un centre de ressources permettant à toutes les informations que viennent d'évoquer Dominique Gillot et Jean Glavany d'être à la disposition des associations de consommateurs pour qu'elles puissent les consulter et demander éventuellement des comptes rendus d'expertise s'ils n'existent pas, mais aussi à la disposition des médias, souvent demandeurs d'informations en amont de l'actualité pour essayer de charpenter l'information qui va être donnée.

C'est un vrai sujet. Nous avons pu constater, au détour d'un certain nombre de crises dites " alimentaires " récemment, que les consommateurs eux-mêmes avaient des attitudes ne correspondant pas à la maîtrise optimale du risque, notamment par rapport aux réfrigérateurs, à l'utilisation des dates limites de consommation, etc. Tout cela mérite un travail, au-delà de celui que nous réalisons, j'espère mieux aujourd'hui qu'hier, sur les outils de communication et d'information des consommateurs.

Mais il faut aller jusqu'aux produits. Il échappe peut-être à beaucoup que la majorité des entreprises ont tout intérêt à ce que leurs produits soient de qualité, puisque le marché dépend du consommateur, heureusement, et que celui-ci peut -d'ailleurs, il le fait ; nous l'avons vu largement pour des produits y compris non incriminés par des crises récentes- avoir un comportement mettant à genou les entreprises en question. Donc, elles ont un intérêt commun avec nous à vendre des produits de qualité. Elles essaient de le faire de manière constante, ce qui n'exclut pas -et c'est important à rappeler puisque mes deux collègues ne l'ont pas fait- que, dans l'ensemble des appareils de production, nous pouvons avoir affaire à des personnes ayant des pratiques délictueuses, frauduleuses. Il faut rappeler qu'avec notre collègue de la Justice, s'agissant des délits et fraudes, nous serons toujours aussi durs et y compris violents dans le langage et dans la mise en accusation parce qu'il est évident que des pratiques de ce type entachent l'ensemble de la vie d'entreprises qui, elles, se comportent très bien. Il faut quelquefois le rappeler, y compris quand on parle de sécurité.

Il faut ajouter que les choses vont changer. Vous m'avez interrogée sur le rôle des agences. Je salue le fait que l'évaluation du risque soit séparée de la gestion. Il est important que l'évaluation du risque soit totalement indépendante et transparente, mais il est important aussi qu'à l'intérieur des agences, et en particulier de l'Agence de Sécurité Sanitaire des Aliments, l'on puisse se poser des questions sur les risques à venir. Nous sommes dans la gestion des risques connus et identifiés. L'Agence doit bien sûr nous aider dans les protocoles de surveillance des risques connus, mais doit aussi consacrer du temps et de l'énergie à l'anticipation des risques, y compris sur les comportements. L'anticipation des risques est sûrement ce qui a toujours le plus manqué et ce que l'Agence peut faire, y compris d'ailleurs dans sa collaboration avec la future Agence européenne. Je pense que les pays européens ont tout intérêt à se mettre d'accord sur, bien sûr, l'évaluation et la gestion des risques connus, mais aussi sur l'anticipation des risques pour éviter que l'on ne passe d'une évaluation juste des risques à une évaluation fantasmatique des risques. Je ne veux pas parler du téléphone portable, bien qu'il y aurait sûrement à dire sur ce type de produit, mais je reste persuadée aujourd'hui que, plus on parlera d'anticipation des risques, mieux on gérera le rapport du consommateur aux produits.

Sur ce point de la collaboration entre producteurs, distributeurs et autorités nationales et européennes, je voudrais, en second lieu, souligner l'évolution prochaine des obligations imposées aux opérateurs économiques et introduites par la modification de la Directive sur la sécurité générale des produits, qui constitue l'une des priorités de la présidence française. Une obligation de signalement sera mise à la charge des producteurs et des distributeurs, qui seront tenus d'informer les autorités lorsqu'ils constateront qu'un produit qu'ils mettent sur le marché est dangereux et, plus généralement, les opérateurs seront tenus de collaborer avec des services de contrôle, notamment pour gérer les crises.

Je pense que c'est une attitude intéressante qui est appelée par la directive européenne en préparation, qu'il faudra que nous transposions, parce que le fonctionnement du système de notification d'alerte communautaire sur les produits dangereux sera modifié : il sera plus efficace et, pour nous, plus facilement communicable aux tiers.

Je rejoins ce que disait Jean Glavany sur l'attitude qui pourrait être celle de la Commission. Lorsque nous aurons ce texte, l'ensemble des pays européens sera soumis aux mêmes règles d'alerte communautaire, avec les mêmes systèmes de gestion. Nous pourrons alors évaluer ce qui peut être un comportement trop lent de la part d'une autorité nationale. Je pense qu'à ce niveau, aujourd'hui, nous sommes plutôt parmi les meilleurs, et il est vrai qu'il est un peu délicat d'entendre des mises en accusation dues au fait que nous avons pris l'habitude de publier tous les dysfonctionnements que nous constatons, ce qui nous rend, bien sûr, plus vulnérables. Mais je préfère appartenir à un pays vulnérable parce qu'il publie tous ses propres dysfonctionnements plutôt qu'appartenir à un pays qui ne les publie pas pour ne pas devenir vulnérable. C'est un choix que nous avons fait après le vote unanime au Parlement du texte évoqué tout à l'heure. C'est une belle illustration.

Le réseau d'alerte et les mesures volontaires des opérateurs économiques vont aussi évoluer. Nos services de contrôle travaillent actuellement avec l'ensemble des entrepreneurs qui le souhaitent pour anticiper cette évolution. On a trop parlé peut-être de sécurité alimentaire, même si c'est fondamental et qu'il faut en parler tous les jours, et peut-être un peu oublié la sécurité liée aux produits. Il faut faire attention aussi, dans ce pays, à ce que ce qui a été considéré comme des crises majeures -et qui le sont- ne fasse pas oublier que des produits peuvent être mis en circulation qui blessent, éventuellement rendent malade et peuvent provoquer des allergies.

C'est pourquoi je voudrais ajouter à ce qui a été dit que la sécurité sanitaire passe par la sécurité générale des produits et pas seulement par la sécurité des aliments. C'est là où je voudrais que les choses soient clairement réaffirmées parce qu'en particulier la Commission de sécurité des consommateurs, présidée par Michèle Védrine, montre bien que ce travail aujourd'hui réalisé sur les produits reste plus confidentiel ; et pourtant, lorsqu'il s'agit de protéger les enfants qui vont faire du ski en classe de neige en leur donnant désormais des casques qui ne les blessent pas et les protègent réellement, lorsqu'il s'agit de protéger avec ces mêmes casques les enfants qui font du roller ou d'empêcher les enfants de se noyer par des bouches d'aspiration des piscines, nous sommes dans la sécurité sanitaire à court terme. On a peut-être un peu trop tendance à l'oublier. Je rappelle qu'un certain nombre de faits ont été notés par cette Commission de sécurité des produits et que nous avons pu découvrir que des teintures ou des produits de traitement des tissus étaient largement facteurs d'allergies, autant que l'absorption d'air pollué ou de nourriture traitée.

Tout cela est à mettre sur le même rang. Il ne faudrait pas que notre rapport très privilégié à l'alimentation nous fasse oublier l'ensemble des problèmes de santé que peuvent avoir nos concitoyens.

Sur ce sujet aussi, je rappelle qu'en France nous avons un outil important : le Conseil National de la Consommation, auquel d'ailleurs, et Jean Glavany, et Dominique Gillot ont bien voulu rendre visite pour poser un certain nombre de questions communes que nous partagions. C'est un lieu où se rencontrent de manière formelle les consommateurs et l'ensemble des professionnels. C'est une institution à laquelle le Gouvernement, via le ministre de l'économie et des finances et le secrétaire d'Etat à la Consommation, confie des mandats sur des sujets difficiles ou compliqués : je pense à une première recherche sur les OGM qui n'a pu déboucher, l'ensemble des connaissances scientifiques ne le permettant pas, mais aussi à ce qui a pu être fait sur la sécurité alimentaire ou un certain nombre de cas de sécurité des produits.

Nous sommes face à un pays organisé, à l'intérieur duquel il me plaît de rappeler qu'est important le fait que, sur la sécurité alimentaire comme sur la sécurité des produits, nous gardions en commun la même culture de protection et de gestion du risque, mais aussi de maîtrise du risque et d'évaluation partagée du risque, et que nous gardions aussi des cultures différentes. Il est important que les administrations conservent leur propre culture et que celle dont j'ai en partie la charge, avec Laurent Fabius, la DGCCRF, puisse avoir cette culture de surveillance en direction des consommateurs, parce que le croisement des cultures fait la richesse des échanges.

Ce qui a été dit tout à l'heure sur les pôles de compétences départementaux montre que l'ensemble de nos services ont progressé lorsque ces pôles existent. Donc, je rejoins aussi ce qui a été demandé par Jean Glavany et Dominique Gillot aux préfets. Il me semble que les pôles de compétences devraient être rapidement présents sur tous les départements, sans oublier que, sur les opérations de vacances, par exemple, d'autres administrations doivent nous rejoindre : je pense en particulier à l'Administration des douanes, qui a un rôle important à jouer parce que nous sommes sur un marché au-delà de l'Europe. Elle doit toujours avoir cette culture de protection du consommateur lorsque, faisant des contrôles, elle a à prévenir à la fois ceux en charge de la santé, de l'agriculture ou de l'industrie de ce qu'un produit défectueux circule dans notre pays.

Il faut sûrement, maintenant, apprendre à communiquer sur les risques parce qu'il me semble que la trop grande médiatisation d'un certain nombre de risques, même maîtrisés, laisse dans l'ombre d'autres risques qui, malheureusement, provoquent des morts en direct. Je reste persuadée que la communication doit être permanente. C'est pourquoi le travail qui, sans doute reste à faire, rappelé par mes deux collègues dans leur secteur, consiste à voir comment faire en sorte qu'avec les associations de consommateurs, l'on puisse rendre ces derniers vigilants en permanence, et pas seulement au moment d'une crise.

M. LE PRÉSIDENT - Merci, Madame la Ministre. Les rapporteurs ont sans doute quelques questions à poser, mais M. Jean Glavany est obligé de nous quitter...

M. Charles DESCOURS - Merci aux ministres de leurs communications et de leurs propos aimables sur la loi que nous avons fait voter.

Je voudrais poser rapidement trois questions.

Reste le problème de communication. J'ai entendu évoquer un protocole de communication. Mon propos n'est pas du tout de critiquer, mais force est de constater que, pour le moment, chère Madame Gillot, avec M. Glavany, vous ne vous rejoignez pas toujours. Là, j'ai cru comprendre -mais je le dis sans aucune agressivité- qu'entre Mme Voynet et M. Glavany, sur les 600 hectares de colza transgénique, il y avait eu un petit " couac ".

C'est important. L'opinion est extrêmement sensible à tous ces aspects. Si elle a l'impression que les responsables ministériels ont des avis différents, cela accroît son inquiétude. Au-delà de la critique, je crois qu'il faut essayer, avec l'avis des experts, d'avoir une position ministérielle aussi précise que possible, pour éviter d'ajouter l'inquiétude à l'inquiétude, et quelquefois créer de l'inquiétude là où elle n'est pas justifiée. Sur les OGM, je ne suis pas sûr qu'il existe un très grand risque. En tout cas, sur les 600 hectares, je serais plutôt de l'avis de M. Glavany que de Mme Voynet...

Une question peut-être à Mme Gillot : comment coordonnera-t-on l'action de la future Agence Sanitaire de l'Environnement avec celle des autres agences ? Claude Huriet sera le rapporteur au Sénat quand le Gouvernement inscrira cette question à l'ordre du jour. Des missions nous semblent redondantes avec les agences en place. Certes, le croisement des cultures fait la richesse. Mais si ces agences de sécurité sanitaire ont été créées, c'est que nous avions l'impression aussi que trop de structures travaillaient en parallèle, en tuyaux d'orgue, et que, justement, toutes compétentes dans leur domaine, il fallait les faire travailler ensemble. J'ai écouté ce qu'ont dit M. Glavany et Dominique Gillot à propos des préfectures. Je crois qu'il faut se garder de dire que tout est formidable. Nous ne voudrions pas que l'on continue à travailler en parallèle et un peu en s'ignorant. En créant les agences, nous avons voulu que tout le monde travaille ensemble au sein d'une même structure.

M. Claude HURIET - J'ai quatre questions à poser.

La première concerne le Comité National de la Sécurité Sanitaire auquel vous avez fait référence. J'ai été très inquiet lorsque j'ai lu, il y a quelques mois, que ce comité national avait créé des groupes de travail dont l'un avait pour mission de travailler sur l'évaluation des risques sanitaires faibles tels que l'exposition à la dioxine. Que devient ce Comité National de la Sécurité Sanitaire ? Dans la conception du législateur, il n'était pas du tout envisagé qu'il institue en son sein des groupes d'étude pouvant se substituer aux structures expertes des agences.

La deuxième question concerne l'article L. 794-1 de la loi, qui prévoit le transfert des laboratoires des services de l'Etat chargés du contrôle de la sécurité sanitaire des aliments et des laboratoires rattachés. C'est donc une volonté du législateur. Nous serions intéressés de savoir quand les décrets d'application seront publiés.

La troisième question concerne l'avenir de l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments. Celle-ci a des fonctions exclusivement d'évaluation. Or, l'Autorité alimentaire indépendante européenne, telle que le Premier ministre l'a évoquée l'autre jour, est considérée comme une structure d'évaluation et d'expertise au niveau européen. Peut-on concevoir la superposition d'une structure d'évaluation à l'échelon européen et le maintien d'une structure nationale ayant pour seule mission l'évaluation ? Il est peut-être un peu tôt pour apporter une réponse, mais sachez que cela fait partie de nos interrogations.

Enfin, les comités d'experts prévus pour travailler au sein de l'Agence sont, dit la loi, " désignés par le ministre sur proposition du Directeur Général de l'Agence ". Un des intervenants de ce matin : le Président de l'ANIA, a souhaité que la mise en place de ces comités d'évaluation soit accélérée, d'où la question que je pose, peut-être mal venue de la part du législateur : ne serait-il pas plus simple que ces comités d'experts soient directement nommés par le Directeur Général de l'Agence ?

Mme Marie-Madeleine DIEULANGARD - Une question me tient à coeur depuis que nous avons fait ce travail législatif sur les agences et l'Institut de Veille Sanitaire : ne croyez-vous pas qu'il aurait été plus lisible et sans doute plus efficace, en termes d'affichage, compte tenu du souci en matière de sécurité sanitaire, de considérer, soit qu'il devait y avoir une seule agence sanitaire prenant en compétence à la fois le champ alimentaire et celui des produits de santé, soit tout au moins que les deux agences soient placées sous la responsabilité du ministre ou du secrétaire d'Etat à la Santé ? Il me semble qu'en termes d'affichage du souci qui nous a guidés dans ce travail législatif, il aurait été intéressant que le ministre de la Santé prenne en charge et en tutelle au moins les deux agences, sinon n'en constitue qu'une seule.

Mme Dominique GILLOT - A propos de la communication, effectivement, il a pu apparaître une divergence d'appréciation sur quoi et comment communiquer, notamment sur la dernière épidémie de listériose, entre le ministre de l'Agriculture et moi-même.

Nous nous sommes trouvés dans une situation différente des autres situations de crise de listériose : nous avions une épidémie avérée, avec une vingtaine de cas et plusieurs constats de décès, et pas d'informations bactériologiques identifiant le produit. En revanche, nous avions un champ d'investigation précisant quel type de produit pouvait être responsable.

Au bout de quelques jours, nous avons eu un retour d'étude épidémiologique indiquant très précisément la nature de l'aliment responsable de cette épidémie. L'épidémiologie est une science basée sur la probabilité et la statistique, mais elle est fiable à 95 % et, dans le retour d'expérience, elle n'a jamais été démentie par une étude bactériologique.

Etant en possession de cette information désignant à coup sûr l'aliment responsable de l'épidémie de listériose, il me paraissait important de faire connaître cette information, utile à la santé de nos concitoyens, pour les avertir que la langue de porc en gelée était l'aliment ressortant de toutes les enquêtes alimentaires comme responsable de l'intoxication.

C'était une nouvelle façon de communiquer, en rupture avec les précédentes. En effet, jusqu'alors, il était entendu que c'étaient les résultats bactériologiques qui permettaient de désigner un produit générique, mais aussi un produit identifié avec sa marque. Cela a fait l'objet d'une discussion. Quand nous disons que nous travaillons et progressons régulièrement dans la concertation, cet épisode a été un moment fort de discussion entre nous. Il a fait l'objet d'un retour d'expérience et d'analyse en interministériel il y a quelques semaines qui a permis d'acter que, dans ces cas-là, les renseignements épidémiologiques obtenus, dès lors qu'ils étaient intéressants pour la santé publique, devaient être portés à la connaissance de nos concitoyens.

Donc, une première étape a pu apparaître comme un élément discordant, mais elle a été vécue comme un élément d'affirmation d'une meilleure maîtrise et d'une plus grande responsabilité vis-à-vis de la sécurité sanitaire. Cet élément et son analyse ont été intégrés dans l'élaboration du protocole de communication que nous évoquions tout à l'heure et qui va être transmis incessamment aux préfets.

La question que vous posez sur l'Agence Sanitaire de l'Environnement me semble trouver sa réponse tout naturellement dans la loi de 1998. C'est le Comité National de Sécurité Sanitaire qui est le lieu de coordination de toutes les agences de sécurité sanitaire. L'Agence de Santé Environnementale, quand elle sera créée, trouvera sa place au sein du Comité, où elle participera, au même titre que les autres, à la réflexion au niveau national.

Quant à votre inquiétude sur la création des trois groupes au sein du CNSS, je tiens à vous rassurer, Monsieur le sénateur : il ne s'agit pas de groupes de travail qui se substitueraient aux agences, mais de groupes créés à l'intérieur du Comité national, faisant appel à trois experts renommés.

Le premier groupe est chargé d'un travail sur les critères, méthodes et procédures utilisés dans les processus de décision pour assurer la sécurité sanitaire. Il est présidé par M. Setbon, chercheur au CNRS, sociologue réputé pour ses analyses comparatives dans le domaine de la transfusion sanguine.

Le deuxième groupe mènera ses travaux sur l'estimation quantitative des risques en situation d'incertitude. Il est présidé par Philippe Hubert, chef de service d'évaluation et de gestion des risques à l'IPSN, spécialiste de l'évaluation quantitative des risques.

Le troisième groupe travaillera sur les priorités de sécurité sanitaire et prospectives. Il est confié à M. le Professeur Alfred Spira, professeur en santé publique.

M. Charles DESCOURS - Vos explications ne nous rassurent pas.

Mme Dominique GILLOT - Ces groupes sont constitués à l'intérieur du Comité pour faire des propositions, dans quelques mois, sur des méthodes de réflexion et des aides à la décision dans les domaines ou secteurs identifiés. Ils mobilisent des membres du Comité sans se substituer aux agences, qui restent compétentes dans leur secteur de responsabilité.

Vraiment, je ne vois pas en quoi ceci peut vous inquiéter. Il s'agit d'un travail de fond mené dans le cadre du CNSS et non d'un travail de décision ni de substitution des responsabilités des agences.

Mme Marylise LEBRANCHU - Par rapport à ce que vous avez dit sur les deux agences, qui pourraient d'ailleurs être trois agences, puisqu'il s'agit d'environnement également maintenant, je vais essayer de regrouper les questions pour être plus brève.

J'ai l'intime conviction que l'on travaille dans un pays par étape. On ne coule pas dans le marbre une fois pour toutes des outils. Compte tenu du caractère récent de cette volonté d'avoir une évaluation transparente du risque, il n'est pas mauvais de séparer les fonctions. Il est probable, possible, que, dans quelques années, nous soyons amenés à revoir la structure des agences. Je pense qu'il faut d'abord faire fonctionner ce que nous sommes capables de faire fonctionner.

La co-tutelle nous a semblé être une nécessité au départ dans la mesure où nous voulions continuer à affirmer un principe fort : celui de la séparation absolue de l'évaluation et de la gestion du risque. A-t-on le même outil pour évaluer et gérer le risque ? A mon avis, non. Les organismes de contrôle doivent appliquer le résultat de l'évaluation du risque, prendre les processus d'évaluation qui leur ont été donnés et, pendant qu'ils contrôlent, l'Agence évalue d'autres risques potentiels, etc. C'est un mouvement continu.

Les comités d'experts vous préoccupent. La loi sur l'Agence dit : " Pour l'accomplissement de ses missions, les laboratoires des services de l'Etat chargés du contrôle de la sécurité sanitaire des aliments et ceux qui leur sont rattachés sont mis à disposition de l'Agence en tant que de besoin ". Un premier mouvement a été décidé : le CNEVA n'est plus un laboratoire d'un service, mais est devenu un service de l'Agence, donc indépendant et agissant en transparence. Sa relation n'est que budgétaire. Pour les laboratoires, les résultats sont donnés à l'Agence pour ses évaluations constitutives. Elle a à sa disposition, quand elle veut formuler une question, tous les laboratoires de l'Etat.

Avoir une seule entité impliquerait une supra structure avec à l'intérieur tous les laboratoires, le tout en étant au service de l'évaluation du risque. Je reste persuadée qu'il faut garder des outils au service de la gestion du risque. L'Agence n'a pas comme vocation de contrôler. Elle perdrait son temps et son efficacité. En effet, le souci, que vous avez bien développé, était d'avoir un outil structurel institutionnel garanti transparent travaillant en permanence sur l'évaluation des risques potentiels. Laissons la gestion aux administrations de telle manière que l'Agence ne soit pas encombrée de missions de contrôle et ne fasse plus de travail d'évaluation aussi souvent qu'elle le pourrait.

Par ailleurs, il me semble que l'Agence n'aura jamais tous les laboratoires sur toutes les compétences dans l'avenir. Qu'elle ait le droit, en tant que de besoin, d'avoir à sa disposition ces laboratoires et que ceux-ci soient obligés de lui répondre sur toutes les évaluations qu'elle demande, y compris les laboratoires universitaires -des universités travaillent sur de la recherche fondamentale qui, à un moment donné, peuvent être utiles à l'Agence- est un fonctionnement qui me paraît devoir être poursuivi ; sinon, l'Agence manquera de moyens.

J'ai la réaction inverse à la vôtre. Plus il y a de mises à disposition possibles au coup par coup sur le sujet choisi par l'Agence elle-même ou sur une interrogation du Gouvernement envers l'Agence, plus nous avons de chances d'avoir une bonne réponse. Je trouve ce fonctionnement plutôt satisfaisant.

Vous avez évoqué la coordination entre l'Agence et la future autorité européenne, qui n'a pas encore de nom. Je reste intimement convaincue que l'objectif que l'Europe poursuit -je ne répondrai pas à la place du Commissaire, mais en tant que membre du Conseil de la consommation, par exemple- est d'avoir un système de mise en commun des évaluations qui permette un accord entre les pays sur ce qu'est un risque potentiel, un risque avéré, et permettra aux pays d'avoir des méthodes de contrôle et de gestion du risque rationalisées. Nous allons profiter les uns les autres du travail réalisé dans d'autres pays parce que des circonstances différentes des nôtres ont permis de mettre en évidence tel ou tel risque potentiel. Je pense au milieu industriel, par exemple : ce qui s'est passé pour l'amiante eût été sûrement plus rapide si une autorité d'évaluation du risque de ce type en Europe avait pu depuis longtemps dire qu'au nord de l'Italie, au sud de la Belgique, il existait déjà des observations médicales faisant état d'une relation forte entre l'amiante et un certain nombre de maladies.

C'est bien dans l'intérêt des consommateurs européens que cette autorité doit plutôt nous aider à être plus performants sur l'évaluation des risques potentiels, ou des risques avérés découverts dans tel ou tel pays, mais surtout potentiels. En effet, le marché est mondial, mais les cultures sont différentes. Une culture et des habitudes peuvent permettre de découvrir plus tôt un risque potentiel lié, soit à de l'alimentation, soit à l'utilisation de produits, soit à un comportement, et il est bon que l'ensemble des pays européens soit averti.

Dans mon esprit, il s'agit de rationaliser les moyens, en ayant bien sûr une autorité permettant d'exiger que cette information circule. Le mot " exigence " doit exister parfois. L'Autorité européenne doit pouvoir exiger d'être informée des risques découverts.

C'est peut-être cette question de l'autorité qui fera plus débat. En France, les agences sont indépendantes. Donc, elles n'ont aucune responsabilité sur les avis qu'elles rendent. Elles ne sont responsables que devant elles-mêmes. Celui qui sera responsable de ne pas avoir appliqué le fait que l'Agence ait dit lundi dernier que tel produit était dangereux, c'est le ministre en charge du dossier. Une responsabilité scientifique et d'évaluation est confiée à l'Agence. La mission de mettre en pratique est de la responsabilité de la décision politique.

Il faut faire une différence entre la responsabilité scientifique et la responsabilité politique. Ce n'est pas parce que la première s'assoit dans de meilleures conditions, en particulier autour des agences, que la seconde doit se diluer. Je serais inquiète si, au niveau européen, on ne déterminait pas la responsabilité scientifique, d'une part, et celle politique, d'autre part, mais je suis certaine que le Commissaire développera ce point beaucoup mieux que moi.

Si nous allons jusqu'à l'Agence de l'environnement, j'aurai un problème à régler : celui de la Commission de Sécurité des Consommateurs. Celle-ci est actuellement saisie de la question touchant à l'utilisation d'appareils qui changent l'environnement, y compris magnétiques pour les téléphones portables, les antennes, etc. Faut-il maintenir cette commission telle qu'elle est ? Le Parlement devra se saisir de l'ensemble de ces conséquences. Faire aujourd'hui une agence unique me semblerait aller trop vite.

Vous avez évoqué les OGM et le " couac " de communication. Le cas européen qui nous est soumis depuis quelques jours revêt deux aspects :

- notre appréciation politique du dossier. On n'a pas le droit en France, en Europe de planter du colza transgénique, d'où une infraction. Il faut alors aller jusqu'au bout de la démarche, c'est-à-dire faire une enquête -la DGCCRF a été chargée de la mener- et remettre un dossier sur le bureau du Procureur de la République. C'est la phase normale ;

- l'aspect confiance des consommateurs, inquiétude des populations : là, le Premier ministre décide de demander à l'ensemble de ceux qui savent avoir utilisé ces graines de détruire les récoltes et d'entamer une procédure de négociation avec les semenciers. C'est un deuxième sujet.

On parle d'un " couac " de communication au départ. C'est vrai. Sur le fond, nous étions tous scandalisés par le sujet, mais, en droit, le ministre de l'Agriculture avait raison de dire qu'il fallait vérifier que les moyens que nous avions utilisés étaient bien en accord avec le droit. Nous sommes dans un Etat de droit. Ce que nous avons dit sur la sécurité sanitaire des aliments et ce qu'a réexpliqué Dominique Gillot est important aussi pour les OGM. Sur des dossiers de ce type, effectivement, ne pas céder à la pression médiatique est la règle d'or la plus difficile à respecter parce que nous sommes amenés à répondre de façon spontanée à des questions, alors même que nous n'avons pas eu le temps matériel d'avoir l'exégèse de la première phase d'enquête. La règle d'or que nous devons nous appliquer, c'est d'abord de lire, non pas le premier article sorti ou la première dépêche, mais le premier rapport d'enquête avant de nous exprimer au fond. C'est ce que vous nous avez reproché.

M. Christian PONCELET, Président du Sénat - Vous dites que le journaliste peut écrire ce qu'il veut. C'est grave, car il peut diffuser une information qui peut avoir des conséquences extrêmement importantes. Il va exposer un danger qui n'existe peut-être pas. Il va affoler les populations, ce qui peut entraîner une réaction forte, et nous ne pouvons pas juger parce que nous n'en avons pas les moyens.

Mme Marylise LEBRANCHU - Absolument. Monsieur le Président, avant votre arrivée, Dominique Gillot a expliqué qu'un de nos soucis dans le domaine de la communication était de donner à l'ensemble de la presse écrite, parlée et audiovisuelle un certain nombre de documents -c'est pourquoi les agences ont toutes leurs rapports en ligne- pour que les auteurs des articles aient le maximum d'informations à leur disposition.

Dans l'Etat de droit qui s'impose à nous, il y a aussi la liberté de la presse.

M. Christian PONCELET, Président du Sénat - Il n'y a pas de liberté sans responsabilité.

Mme Marylise LEBRANCHU - Monsieur le Président, je ne peux pas porter plainte contre un article...

M. Christian PONCELET, Président du Sénat - Je sais bien. Pourquoi vous dis-je cela ? Lorsque j'ai fait, ayant des responsabilités ministérielles, la fiscalité de la presse, j'avais souhaité à l'époque qu'il y ait un code de déontologie.

Mme Marylise LEBRANCHU - Il existe.

M. Christian PONCELET, Président du Sénat - Non, il n'existe pas. On ne peut pas s'y référer.

Mme Marylise LEBRANCHU - Il n'est pas opposable.

M. Christian PONCELET, Président du Sénat - Il n'est pas respecté, et certains journalistes de qualité et de talent s'en inquiètent. C'est un véritable problème. Vous touchez un point extrêmement sensible qui peut avoir des répercussions sur l'opinion très fortes, avec des conséquences insoupçonnées aujourd'hui, et l'on ne saura pas qui est responsable. Celui qui a diffusé la fausse information, n'ayant pas eu les moyens de contrôler, n'est pas répréhensible, au nom de la liberté.

Mme Marylise LEBRANCHU - Je laisse à la presse sa responsabilité. Elle a un code de déontologie.

M. Christian PONCELET, Président du Sénat - Non.

Mme Marylise LEBRANCHU - En revanche, si une société, un ministre ou une personne quelle qu'elle soit est citée, nous avons toujours la possibilité d'entamer une action. Je peux faire état d'une expérience, puisque cette audition est publique.

Concernant les boues de stations d'épuration, dossier hautement sensible au mois d'août dernier car, dans cette période où il y a peu d'événements, il devenait intéressant pour la majorité des journalistes, je me souviens avoir répondu à une interview, donc à des questions, et avoir constaté, après, que la teneur de l'article était faite et que les questions qui m'étaient posées illustraient seulement cet article. J'ai dit au journaliste : " Il est dangereux de ne prendre dans les réponses à une interview que celles pouvant illustrer une opinion ". Je ne dénie pas au journaliste le droit d'avoir une opinion. Ce que je lui demande, dans ce cas, c'est d'expliquer qu'il a une opinion et qu'à partir de celle-ci il a interrogé des personnes. Je ne serai pas pour autant entendue.

Je parlais de l'Institut National de la Consommation et du rôle qu'on veut lui donner, en accord d'ailleurs avec les associations de consommateurs. Il me semble important que l'on puisse avoir, pour les journalistes en particulier, pour travailler des sujets, une banque de données à jour en permanence, qui soit bien sûr, d'abord et avant tout, à la disposition des consommateurs et de leurs associations et aussi à la disposition de la presse. En effet, souvent, on se rend compte que, dans la précipitation, les informations que nous donnons sont tronquées parce que nos services ont la chance de connaître un sujet et que nous avons l'impression que tout le monde est au même niveau d'information, ce qui est faux. Nous ne sommes peut-être pas très bons, Monsieur le Président, je vous l'accorde, sur ce que l'on appelle les dossiers de presse. S'il y a un progrès à accomplir dans le domaine de la sécurité de manière générale, c'est sur le travail du dossier de presse, c'est-à-dire sur la masse d'informations distribuée et les conditions dans lesquelles elle l'est. Cela étant, je ne peux pas vous rejoindre : en tant que membre du Gouvernement, je ne peux pas saisir un journal parce qu'il dit...

M. Christian PONCELET, Président du Sénat - ...Je n'ai pas dit cela. J'ai fait un constat...

Mme Marylise LEBRANCHU - ...Je le partage en partie...

M. Christian PONCELET, Président du Sénat - ... puisque j'ai eu un grand débat sur ce sujet-là. Certains journalistes se sont rencontrés pour élaborer une structure de déontologie, mais elle n'est pas opposable ni applicable. Ils la respectent ou non.

Mme Marylise LEBRANCHU - Pas sur tous les sujets.

Nous ne pouvons pas avoir un débat sur la presse, mais, plus nous serons performants dans le domaine de l'évaluation et du contrôle de manière globale dans tout ce qui concerne la sécurité des personnes dans nos pays, moins nous aurons de soucis concernant la médiatisation des problèmes.

Il m'apparaît en tout cas qu'il faut réconcilier les citoyens avec les notions de transparence et de vérité. Celles-ci doivent être toujours, quelque part, à leur disposition, d'où l'intérêt d'avoir des outils de diffusion communs.

Mme Dominique GILLOT - Très rapidement, Monsieur le Président, sur cette question, je voudrais revenir à ce que je disais au début de mon intervention. Aujourd'hui, nous sommes face à une opinion publique mieux informée, mieux formée et qui veut exercer son libre arbitre, son esprit critique. Nous sortons d'une période où les pouvoirs publics ont péché par excès de prudence ou ont été accusés de dissimulation. La volonté de transparence que nous affichons, que nous mettons en pratique et qui est l'élément déterminant de l'élaboration de cette démocratie sanitaire à laquelle nous sommes engagés n'est pas encore vécue comme une vérité. Certains de nos concitoyens ou des représentants des médias exercent encore un esprit suspicieux par rapport à cette volonté de transparence.

Il faut prouver, avec le temps et avec l'analyse des différentes séquences et la mise en place de ce dispositif, qu'une ère nouvelle est ouverte : celle de la transparence, du partage de l'information. Les journalistes, comme nous, avancent, progressent. Depuis six mois, nous voyons des articles de fond qui se répondent les uns aux autres, permettant à l'opinion publique de progresser en termes de connaissance de fond et de responsabilité.

Je ne voudrais pas que l'on fasse un procès à la presse au motif que, de temps en temps, il y a des accélérations, des effets médiatiques, des effets d'annonce. Nous sommes tous co-responsables. C'est dans le temps et dans l'affirmation tranquille et sereine d'une nouvelle ère de la transparence que nous dépasserons ces difficultés.

M. Christian PONCELET, Président du Sénat - Transparence s'associe à authenticité, Madame. Vous interprétez mes propos ; je comprends pourquoi. Je cherche à ce qu'il y ait toujours une authenticité. Ce qu'a dit votre collègue est extrêmement important. Vous ne pouvez pas diffuser s'il n'y a pas authenticité. Il y a un minimum de responsabilité à assumer dans la diffusion d'une information qui peut avoir des conséquences si elle n'est pas authentique. C'est le problème de fond.

M. LE PRÉSIDENT - Merci, Mesdames les Ministres, Monsieur le Président.

Monsieur le Président, je voudrais saluer votre présence, puisque vous allez conclure tout à l'heure cette réunion, et saluer le M. le Commissaire européen David Byrne, chargé de la santé publique et de la protection des consommateurs, qui va évoquer en particulier les projets de la Commission dans ces domaines. Depuis 1998, en France, un certain nombre d'agences ont été mises en place. Nous avons dressé aujourd'hui l'état des lieux, fait le point sur leur action. Nous sommes très attentifs à ce que pourrait proposer l'Europe dans ces domaines.

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