M. le président. La discussion générale est close.

Nous passons à la discussion du texte de la commission.

projet de loi portant transposition de l'avenant n° 3 du 25 février 2026 au protocole d'accord du 10 novembre 2023 relatif à l'assurance chômage

Discussion générale
Dossier législatif : projet de loi portant transposition de l'avenant n° 3 du 25 février 2026 au protocole d'accord du 10 novembre 2023 relatif à l'assurance chômage
Article unique (suite) (début)

Article unique

La deuxième phrase de l'article L. 5422-2 du code du travail est complétée par les mots : « ou de ce que les intéressés relèvent du 2° du I de l'article L. 5422-1 ».

M. le président. L'amendement n° 3, présenté par Mmes Apourceau-Poly, Brulin, Silvani et les membres du groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste - Kanaky, est ainsi libellé :

Supprimer cet article.

La parole est à M. Ian Brossat.

M. Ian Brossat. Il est défendu, monsieur le président.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Laurent Burgoa, rapporteur. La commission émet évidemment un avis défavorable sur cet amendement tendant à supprimer l'article unique. Cela reviendrait à rejeter l'ensemble du projet de loi, alors même qu'elle en souhaite l'adoption.

J'ai écouté attentivement l'intervention de Mme la ministre Rossignol.

Mme Laurence Rossignol. Je ne suis pas ministre ici !

M. Laurent Burgoa, rapporteur. On reste ministre à vie... (Mme Laurence Rossignol proteste.) Je vous appellerai désormais Madame la sénatrice ou chère collègue.

Tout le monde sait ici que je ne suis pas le premier supporter du Gouvernement. Pour autant, je ne peux pas laisser certaines affirmations sans réponse. Dire que le Gouvernement a mis le couteau sous la gorge des partenaires sociaux est totalement inexact.

Mme Laurence Rossignol. Le revolver sur la tempe !

M. Laurent Burgoa, rapporteur. Alors que le précédent gouvernement souhaitait réaliser 3 milliards d'euros d'économies, la lettre de cadrage du gouvernement actuel portait sur 400 millions d'euros. Ce sont les partenaires sociaux eux-mêmes qui ont porté ce montant à 900 millions d'euros ! Ils l'ont donc décidé sans contrainte gouvernementale. (Mme Marie-Claire Carrère-Gée applaudit. – Mme Laurence Rossignol sourit de manière ironique.)

Dès lors, si l'on se réclame du dialogue social et du rôle des partenaires sociaux, il faut prendre acte de leurs décisions. Je ne peux laisser dire que le Gouvernement a imposé cet accord aux partenaires sociaux. Ceux-ci l'ont eux-mêmes souhaité, raison pour laquelle il convient aujourd'hui de le valider.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Jean-Pierre Farandou, ministre. J'apporterai quelques éléments d'éclairage sur les sujets évoqués lors de la discussion générale.

Je m'étonne de voir des groupes issus de la gauche s'opposer aussi frontalement au dialogue social. (Exclamations sur les travées du groupe SER.)

Mme Émilienne Poumirol. C'est un raccourci !

M. Jean-Pierre Farandou, ministre. Il y a là une forme de contradiction, car tout dialogue social repose sur un équilibre.

Comme moi, vous l'avez pratiqué : le compromis ne correspond jamais au point de départ. Il résulte d'une convergence, en l'espèce, d'un équilibre trouvé non par le Gouvernement, mais par les partenaires sociaux eux-mêmes.

Je souhaite rétablir l'histoire dans sa vérité.

Lorsque je suis arrivé au Gouvernement, au mois d'octobre dernier, une lettre de cadrage existait déjà. Transmise à l'époque du Premier ministre Bayrou et laissée en l'état par M. Lecornu, elle fixait 3 milliards à 4 milliards d'euros d'économies. Il s'agissait là bien d'une véritable lettre de cadrage, au sens juridique du terme.

Comme l'a rappelé M. le rapporteur, elle était loin de faire l'unanimité, notamment du côté des syndicats. Le patronat, Medef en tête, y était plutôt favorable ; les organisations syndicales y étaient, quant à elles, plutôt opposées. Elles invoquaient notamment la succession des réformes et le fait que la dernière était intervenue peu de temps avant.

Dans ces conditions, il paraissait très difficile aux partenaires sociaux, en particulier aux syndicats, d'accepter le principe de cette lettre de cadrage. D'ailleurs, ils avaient déjà indiqué qu'ils ne s'engageraient pas dans cette voie. Nous allions au-devant d'un blocage, ce que je n'ai pas souhaité. J'ai donc voulu revenir sur cette orientation et convaincre le Premier ministre de « lever » cette lettre de cadrage.

Il n'existe donc plus de lettre de cadrage. Pour autant, une invitation a été adressée aux partenaires sociaux afin qu'ils engagent une négociation ciblée. La lettre de cadrage à 4 milliards d'euros sur l'assurance chômage touchait au cœur même du réacteur : elle ne concernait pas uniquement les ruptures conventionnelles, mais elle portait sur les droits principaux des demandeurs d'emploi. Nous avons donc recentré la négociation sur les ruptures conventionnelles, sujet sur lequel nombre d'entre vous ont, chacun à sa manière, reconnu l'existence de certains excès.

Madame la sénatrice Rossignol, les chiffres exacts sont les suivants : 40 % de démissions et 24 % de licenciements ; le reste, ce sont les véritables ruptures conventionnelles. Telle est, à peu près, la répartition observée.

Dans ces conditions, chacun convient qu'il est parfois fait un usage excessif du dispositif par les uns ou les autres, plutôt d'ailleurs par les cadres et les cadres supérieurs. Il ne revient pas à l'assurance chômage de financer de telles pratiques.

Vous avez rappelé le caractère assurantiel de ce régime. Lorsqu'un accident de la vie survient et qu'une personne perd son emploi, l'assurance chômage intervient pour lui apporter un soutien matériel et lui laisser le temps de retrouver un emploi. Telle est bien sa finalité : lui permettre de retrouver un emploi et non la laisser s'installer durablement dans le chômage. C'est d'ailleurs le souhait de l'intégralité des demandeurs d'emploi.

Le Gouvernement considérait que 400 millions d'euros d'économies suffisaient. Si le montant atteint finalement près d'un milliard d'euros, cela résulte non d'une exigence gouvernementale, mais de la négociation conduite par les partenaires sociaux.

L'équilibre trouvé a conduit plusieurs organisations syndicales à signer cet accord. Il faut tout de même s'interroger sur les raisons qui l'ont permis. Trois organisations syndicales, et non des moindres, ont approuvé le texte ; leur représentativité atteint le seuil requis. (Mme Émilienne Poumirol acquiesce.) Sur ce point, aucun doute n'existe, faute de quoi l'accord ne serait pas valide.

Cette signature s'explique par l'existence de contreparties. D'abord, chacun a considéré que la situation aurait pu être plus défavorable encore. Il vaut parfois mieux conclure un accord raisonnable que s'exposer à des risques supérieurs.

Ensuite, cet accord contient un dispositif spécifique en direction des seniors. Vous l'avez souligné : c'est le point de vigilance essentiel, et je partage pleinement cette analyse. Comme vous tous, je souhaite évidemment que davantage de seniors demeurent en activité. Si un senior choisit une rupture conventionnelle, ce n'est pas en le laissant deux ou trois ans sans activité que nous favoriserons son retour à l'emploi. À cet âge, il importe au contraire de revenir le plus rapidement possible dans l'emploi.

France Travail offre d'ailleurs plusieurs exemples d'accompagnements réussis. En six mois ou un an, certaines personnes ont pu être formées à un nouveau métier correspondant à des secteurs qui recrutent. À 50 ou 55 ans, elles repartent ainsi pour cinq, huit ou dix années d'activité avec un véritable projet professionnel. Voilà l'objectif fixé et la contrepartie obtenue par les organisations syndicales : mieux accompagner les seniors.

Le point de vigilance concerne en effet les seniors ; plusieurs d'entre vous l'ont rappelé. Je rappelle à cet égard qu'un accord national interprofessionnel a été conclu – je venais tout juste d'être nommé, je n'y suis donc pour rien, mais j'ai eu la chance de le présenter devant le Parlement au mois d'octobre dernier. De la même manière que nous venons de créer un dispositif pour l'emploi des jeunes, nous allons en créer un pour l'emploi des seniors.

Il faut renforcer les capacités des entreprises à recruter et maintenir les seniors dans l'emploi, mais également placer les seniors eux-mêmes dans une dynamique professionnelle leur donnant l'envie de poursuivre leur activité. Nous travaillerons donc sur ce sujet.

S'agissant du principe d'égalité, que plusieurs intervenants ont évoqué, le Conseil d'État a validé le dispositif. Je ne suis ni membre de cette instance ni juriste, mais, lorsque l'une des plus hautes autorités juridiques de notre pays valide un dispositif, c'est bien que celui-ci repose sur des bases légales solides.

Je rappelle d'ailleurs qu'il existait déjà des différences de traitement, puisque les outre-mer bénéficiaient de dispositifs spécifiques et que certains mécanismes variaient selon l'âge. Certes, nous introduisons un nouveau dispositif, mais j'insiste sur le fait que la rupture conventionnelle ne constitue pas un licenciement. Le statut du salarié concerné diffère. Dès lors, il ne paraît pas normal de prévoir des traitements distincts selon les situations. C'est, en substance, ce qu'a retenu le Conseil d'État.

Enfin, l'argument de bon sens est aussi dans les attendus : les comportements observés montrent que les bénéficiaires de ruptures conventionnelles présentent, en moyenne – même si je sais qu'il faut rester prudent avec les moyennes –, un niveau de qualification plus élevé. Ils occupent plus souvent des fonctions d'encadrement – cadres et cadres supérieurs –, perçoivent des rémunérations plus importantes et demeurent plus longtemps au chômage.

Nous voyons donc bien qu'il existe là un sujet sur lequel une réflexion raisonnable peut permettre d'améliorer le dispositif proposé.

Pour l'ensemble de ces raisons, le Gouvernement émet sans surprise un avis défavorable sur cet amendement de suppression de l'article unique.

Rappel au règlement

M. le président. La parole est à M. Patrick Kanner, pour un rappel au règlement.

M. Patrick Kanner. Monsieur le président, ce rappel au règlement se fonde sur l'article 32.

Monsieur le ministre, vous avez pris le temps – et je vous en remercie – de répondre aux différents arguments avancés par les intervenants, notamment par Mme Rossignol. Celle-ci a évoqué, dans sa conclusion, la question de l'égalité salariale entre les femmes et les hommes, laquelle, si elle devenait effective, représenterait – je viens de le vérifier – plus de 30 milliards d'euros de recettes fiscales supplémentaires. Rendez-vous compte : 30 milliards d'euros ! Un tel montant fait rêver au regard des ressources qui manquent aujourd'hui dans les caisses de l'État.

Par ailleurs, sur la transposition de cette directive européenne, qui ne figure pas à l'ordre du jour des travaux du Parlement, pourriez-vous nous éclairer afin de nous permettre de mieux comprendre la situation dans laquelle nous nous trouvons ?

M. le président. Acte vous est donné de votre rappel au règlement, mon cher collègue.

Article unique
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Article unique (suite) (fin)

Article unique (suite)

M. le président. La parole est à Mme Raymonde Poncet Monge, pour explication de vote.

Mme Raymonde Poncet Monge. Monsieur le ministre, votre agenda est particulièrement chargé, je le sais. Je vous conseille néanmoins d'aller au cinéma voir le film Corporate, qui montre comment certaines personnes en viennent à démissionner ou à demander une rupture conventionnelle.

Mme Laurence Rossignol. On peut même le voir de chez soi !

Mme Raymonde Poncet Monge. Vous indiquez que 40 % des ruptures sont engagées par les salariés et 24 % par les employeurs. Voulez-vous véritablement nous faire croire que l'employeur accepte de signer pour faire plaisir au salarié, alors même qu'il existe un rapport de subordination, et ce d'autant que nous connaissons actuellement de fortes tensions sur les effectifs ?

Mme Marie-Claire Carrère-Gée. C'est l'étude qui le dit !

Mme Raymonde Poncet Monge. Je rappelle d'ailleurs que trois secteurs sont, à eux seuls, à l'origine de 56 % de ces ruptures. Il aurait été plus utile, à mes yeux, de définir un véritable cadre législatif – je l'ai déjà indiqué – permettant aux directions régionales de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (Dreets) de lutter contre les détournements du dispositif dans ces secteurs et d'intervenir efficacement.

En rapprochant la durée effective d'indemnisation à la population générale des demandeurs d'emploi et non pas à celle des salariés licenciés pour motif économique, vous faites une comparaison biaisée, ce qui vous permet de prétendre qu'un salarié qui demande à partir à 57 ans, alors que l'âge légal de départ à la retraite est passé à 64 ans, lanterne et prend son temps. Oui, c'est évident : à cet âge, on ne rencontre pas de difficultés d'emploi. D'ailleurs, on le sait, à 60 ans, on trouve mieux qu'à 57 ans et demi…

Je conclus sur votre plan Seniors, que vous promettez une nouvelle fois. Lors de la réforme des retraites, le gouvernement d'alors nous a déjà annoncé déjà l'élaboration d'un tel plan. Aujourd'hui encore, vous nous demandez de signer une régression avant même d'avoir conçu ce plan.

Je vous invite à élaborer d'abord ce dispositif ; nous reviendrons ensuite sur des sujets tels que le plan Seniors ou d'un plan sur l'âge de départ à la retraite.

M. le président. La parole est à M. Ian Brossat, pour explication de vote.

M. Ian Brossat. Sans rouvrir le débat, je tiens à revenir sur cette ode au dialogue social que nous entendons depuis le début de cette discussion.

Il y a tout de même là une forme d'hypocrisie ! Je veux bien entendre la droite sénatoriale faire l'éloge du dialogue social, mais il ne faut tout de même pas en faire trop.

Chers collègues de la majorité, le texte relatif au 1er mai que vous avez adopté résultait-il d'un dialogue social ? La réforme des retraites, que vous avez soutenue en cadence et avec enthousiasme, procédait-elle d'un dialogue social ? Absolument pas. Bien au contraire, vous avez mis le feu chez certains partenaires sociaux, tout particulièrement chez les syndicats de travailleurs.

La réalité est simple : vous approuvez les conclusions du dialogue social lorsqu'elles vont dans le sens que vous souhaitez, c'est-à-dire, globalement, dans celui des employeurs.

M. Ian Brossat. C'est la réalité. Assumez-la, dites-la clairement, plutôt que de vous réfugier dans une hypocrisie qui n'apparaît ni très honnête ni très sincère. Tout le monde le voit, cela ne fait pas illusion.

À un moment donné, il faut dire les choses, faute de quoi on reste enfermé dans un jeu de faux-semblants peu compatible avec la sincérité du débat public.

Cette réalité, quelle est-elle ?

Elle est que, quoi qu'il arrive, vous souhaitez réduire les droits des chômeurs. Lorsque le chômage baisse, vous réduisez les droits des chômeurs ; lorsqu'il augmente, vous les réduisez également. Pile, les chômeurs perdent ; face, ils perdent encore. Voilà, au fond, la logique à l'œuvre aujourd'hui, une logique que le Gouvernement suit malheureusement avec le soutien extrêmement enthousiaste et particulièrement déterminé de la droite sénatoriale.

M. le président. La parole est à Mme Laurence Rossignol, pour explication de vote.

Mme Laurence Rossignol. Monsieur le ministre, le film Corporate, qu'a évoqué ma collègue Mme Poncet Monge, est accessible sur la plateforme de France Télévisions, ce qui me donne l'occasion de saluer le service public de l'audiovisuel, ainsi que sa capacité à produire et à diffuser des œuvres de cette qualité.

Cela étant, les membres du groupe SER ayant choisi de s'abstenir sur le texte, ils ne voteront pas cet amendement de suppression. Cela manquerait de cohérence.

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Pierre Farandou, ministre. À titre de complément d'information, je confirme que ce texte porte uniquement sur l'ajustement applicable aux demandeurs d'emploi. Toutefois, les entreprises ont également été mises à contribution dans le cadre de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, puisque nous avons relevé de 30 % à 40 % la contribution forfaitaire patronale correspondante. Il existe donc une forme d'équilibre entre l'effort demandé aux employeurs dans le cadre budgétaire et l'ajustement proposé aujourd'hui.

J'en viens à la transparence salariale, puisque le sujet est venu dans le débat. Oui, il existe des écarts de rémunération entre les femmes et les hommes. Ces écarts reposent sur trois facteurs distincts, qui appellent tous une action, car cette situation n'est pas acceptable.

Premièrement, les femmes recourent davantage que les hommes au temps partiel, qu'il soit choisi ou subi. Il s'agit là d'un constat objectif, sur lequel il convient toutefois de s'interroger. Il existe donc un effet structurel lié à la répartition entre temps plein et temps partiel.

Deuxièmement, cela tient à la nature des emplois occupés. Là encore, il convient d'analyser les causes : s'agit-il notamment de métiers fortement genrés ? Le sujet mérite un travail approfondi. En moyenne, les femmes exercent des professions moins rémunérées que celles qu'occupent les hommes ; cet élément produit également un effet structurel.

Troisièmement, à travail équivalent, les rémunérations des femmes demeurent inférieures d'environ 5 % à celles des hommes. Il s'agit là d'un écart non expliqué.

Il faut prendre en compte ces trois paramètres lorsque l'on évalue les écarts de cotisations et, plus largement, les inégalités salariales entre les femmes et les hommes.

Il existe désormais une directive européenne sur ce sujet. D'ailleurs, celle-ci a été adoptée alors que la France exerçait la présidence du Conseil de l'Union européenne. Elle nous engage donc particulièrement.

Par ailleurs, l'objectif visé me paraît incontestable. Mieux équilibrer les rémunérations entre les femmes et les hommes constitue une exigence évidente, a fortiori pour un ministre chargé du travail. La transposition s'impose donc.

Cette transposition passe une nouvelle fois – j'en suis désolé – par le dialogue social, qui demeure malgré tout la bonne méthode. Nous avons écouté les organisations syndicales, dont les positions paraissent homogènes, ainsi que les organisations patronales, dont les positions le sont tout autant, mais dans un sens très différent.

M. Jean-Pierre Farandou, ministre. Sur ce sujet, aucune convergence n'a émergé. Le dialogue social conduit parfois à constater l'impossibilité d'un accord entre partenaires sociaux.

Le Gouvernement a donc élaboré un projet de loi. Une version de travail a déjà été largement présentée. Je la considère équilibrée, même si deux ou trois points restent encore susceptibles d'ajustements, tant que le texte n'est pas définitivement arrêté.

L'objectif consiste à le présenter en conseil des ministres au mois de juin. Certes, nous ne respecterons pas l'échéance prévue. J'ai entendu les remarques formulées sur l'encombrement du calendrier législatif, lequel s'explique par un ensemble de facteurs et par le grand nombre de textes actuellement en discussion.

Mme Laurence Rossignol. Comme par hasard…

M. Jean-Pierre Farandou, ministre. Mon intention demeure néanmoins très claire : procéder à une transposition fidèle à l'esprit de la directive.

Cette directive concerne la transparence salariale entre les femmes et les hommes, mais elle va au-delà. Chaque salarié pourra demander comment sa rémunération se situe par rapport à la moyenne de sa catégorie professionnelle. Cela suppose un important travail de définition des catégories concernées.

Les travaux se poursuivent. Nous organisons actuellement de nombreuses réunions avec les directeurs des ressources humaines des entreprises appelées à mettre en œuvre ce nouveau dispositif, afin de mesurer précisément les adaptations nécessaires dans les entreprises.

Ce texte suit donc son cours normal. J'espère pouvoir le présenter en conseil des ministres au mois de juin, afin qu'il puisse être examiné et voté à l'automne.

M. le président. La parole est à Mme Marie-Claire Carrère-Gée, pour explication de vote.

Mme Marie-Claire Carrère-Gée. Monsieur Brossat, non, nous ne sommes pas favorables à une diminution de l'allocation chômage. (M. Ian Brossat s'exclame.) Si vous m'avez écoutée attentivement, vous savez que j'ai précisément indiqué qu'il conviendrait, à l'avenir, de défendre l'assurance chômage et son caractère assurantiel.

Je comprends que vous puissiez ressentir un certain malaise face à ce qui constitue un événement historique. Pour la première fois, en effet, une partie de la gauche ne votera pas un projet de loi visant à donner une base légale à un accord conclu par les partenaires sociaux. À ma connaissance, une telle situation ne s'est jamais produite. Je comprends que vous soyez mal à l'aise, ce qui vous amène à opposer des arguments empreints d'une certaine mauvaise foi – c'est probablement sous cet angle qu'il convient d'interpréter les choses…

Pour notre part, nous voterons naturellement contre cet amendement de suppression.

Mesdames Poncet Monge et Rossignol, vous avez évoqué une œuvre de fiction et critiqué les études actuellement disponibles. Le film auquel vous faites référence est accessible sur le site du service public audiovisuel ; nous pourrons tous le regarder. Quant aux études de la direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), largement citées au cours de nos débats, elles sont également disponibles sur le site officiel du ministère du travail. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 3.

J'ai été saisi d'une demande de scrutin public émanant du groupe Les Républicains.

Je rappelle que l'avis de la commission est défavorable, de même que celui du Gouvernement.

Il va être procédé au scrutin dans les conditions fixées par l'article 56 du règlement.

Le scrutin est ouvert.

(Le scrutin a lieu.)

M. le président. Personne ne demande plus à voter ?…

Le scrutin est clos.

Voici, compte tenu de l'ensemble des délégations de vote accordées par les sénateurs aux groupes politiques et notifiées à la présidence, le résultat du scrutin n° 297 :

Nombre de votants 342
Nombre de suffrages exprimés 261
Pour l'adoption 34
Contre 227

Le Sénat n'a pas adopté.

Je suis saisi de trois amendements faisant l'objet d'une discussion commune.

Les deux premiers sont identiques.

L'amendement n° 1 est présenté par Mme Lubin, M. Kanner, Mmes Canalès, Conconne et Féret, MM. Fichet et Jomier, Mmes Le Houerou, Poumirol, Rossignol et les membres du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain.

L'amendement n° 4 est présenté par Mmes Apourceau-Poly, Brulin, Silvani et les membres du groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste - Kanaky.

Ces deux amendements sont ainsi libellés :

Après le mot :

intéressés

insérer les mots :

âgés de moins de 55 ans

La parole est à Mme Émilienne Poumirol, pour présenter l'amendement n° 1.

Mme Émilienne Poumirol. La rédaction actuelle du texte réduit de manière drastique la durée maximale d'indemnisation en cas de rupture conventionnelle individuelle (RCI), notamment pour les allocataires seniors. Comment justifier une telle réduction, alors que les travailleurs seniors sont précisément ceux qui rencontrent les plus grandes difficultés pour se réinsérer professionnellement et que l'âge de la retraite a déjà été relevé de 62 à 64 ans ?

Le dispositif en discussion se révèle injuste et incohérent, en ce qu'il risque une fois de plus de pénaliser les plus exposés au risque de non-retour à l'emploi. Nous l'avons tous souligné : ce sont bien les personnes âgées de plus de 57 ans qui ont le plus de mal à retrouver un emploi.

Pour rappel, la durée de 20,5 mois d'indemnisation serait applicable à compter de 55 ans, ce qui représenterait une baisse de deux mois pour les personnes âgées de 55 à 57 ans et de 6,5 mois pour les personnes de plus de 57 ans. Cette baisse est inconcevable pour des personnes davantage exposées au risque de se retrouver sans emploi et sans retraite : cette situation concerne 20 % des personnes âgées de plus de 55 ans.

Pour toutes ces raisons, cet amendement déposé par ma collègue Monique Lubin vise à ne rendre ce dispositif applicable qu'aux personnes âgées de moins de 55 ans. Il s'agit d'une mesure de justice sociale, de cohérence et de dignité.

M. le président. La parole est à M. Ian Brossat, pour présenter l'amendement n° 4.

M. Ian Brossat. Cet amendement est un amendement de repli, mais c'est surtout un amendement de bon sens.

Il suffit de regarder la réalité en face : après 55 ans, le marché du travail ne fonctionne plus comme avant. Il trie et, trop souvent, il exclut. Aujourd'hui, près de 15 % des plus de 65 ans ne sont ni en emploi ni à la retraite.

Que leur proposez-vous sinon moins de droits encore ? En 2024, vous avez déjà réduit leur durée d'indemnisation de trente-six à vingt-sept mois. Avec ce texte, vous voulez aller encore plus loin.

Quant aux plus de 57 ans, ils perdraient même la protection spécifique dont ils bénéficiaient jusqu'à présent. Soyons clairs : à cet âge, perdre un emploi n'est pas un simple accident de parcours ; c'est souvent une rupture durable, une recherche d'emploi épuisante et souvent sans issue.

L'objet de cet amendement ne bouleverse pas le texte. Il s'agit simplement de fixer une limite : ne pas appliquer cette logique de réduction aveugle à ceux qui ont le plus de difficultés à retrouver un emploi.

M. le président. L'amendement n° 2, présenté par Mmes Poncet Monge et Souyris, MM. Benarroche et Dantec, Mme de Marco, MM. Dossus, Fernique et Gontard, Mme Guhl, MM. Jadot et Mellouli, Mme Ollivier, M. Salmon et Mmes Senée et M. Vogel, est ainsi libellé :

Après les mots :

intéressés

insérer les mots :

âgés de moins de 57 ans

La parole est à Mme Raymonde Poncet Monge.

Mme Raymonde Poncet Monge. Cet amendement de repli du repli des amendements précédemment présentés vise à exclure les demandeurs d'emploi âgés de 57 ans et plus du champ de cette réforme.

Le constat est simple : ce projet de loi ne se contente pas de moduler à la baisse les droits selon le motif de rupture. Il crée pour les bénéficiaires d'une rupture conventionnelle, un régime d'âge dérogatoire au droit commun de l'assurance chômage pour les plus de 57 ans.

Le régime actuel reconnaît explicitement les difficultés singulières de retour à l'emploi des allocataires de 57 ans et plus, en leur accordant une durée d'indemnisation renforcée et spécifique.

Ce projet de loi retire cette reconnaissance aux chômeurs issus d'une rupture conventionnelle, comme si le motif juridique de la rupture suffisait à effacer les difficultés structurelles auxquelles sont confrontés les travailleurs seniors face à des employeurs réticents à les embaucher. L'âge ne protège plus, il devient même un critère d'une réduction massive de plus de six mois d'indemnisation. Cette mesure est donc disproportionnée.

Selon l'Insee, si 20 % des plus de 55 ans ne sont ni en emploi ni à la retraite, cette proportion atteint 28 % à 61 ans. Combinée à l'allongement de l'âge légal de départ à la retraite, cette mesure allongera les périodes sans emploi, sans retraite, sans indemnisation, précipitant les seniors les plus vulnérables dans une précarité durable.

M. le président. Quel est l'avis de la commission ?

M. Laurent Burgoa, rapporteur. Ces trois amendements visent à exclure du champ de la réforme les demandeurs d'emploi de plus de 55 ans ou de plus de 57 ans.

Une telle modification reviendrait explicitement sur un point ayant fait l'objet d'un accord entre les partenaires sociaux. En effet, l'accord du 25 février 2026 inclut bien les seniors dans son périmètre.

Par conséquent, la commission émet un avis défavorable sur ces amendements.

Je signale néanmoins que cet accord comporte une stipulation spécifique concernant ce public. Il prévoit en effet que les allocataires âgés de 55 ans et plus, arrivant en fin de droits, pourront demander une prolongation de leur indemnisation, sous réserve de l'appréciation des démarches effectives accomplies dans le cadre de leur projet professionnel.

M. le président. Quel est l'avis du Gouvernement ?

M. Jean-Pierre Farandou, ministre. Je ferai d'abord valoir un argument de conviction et de praticien.

France Travail s'occupe déjà des demandeurs d'emploi, y compris des seniors. Pour aider un senior à revenir dans l'emploi, il faut aller le plus vite possible ! Ce n'est pas en le laissant deux ou trois ans dans l'inactivité que l'on favorisera son retour dans l'emploi – au contraire. Ce qui se passe le premier semestre, la première année, est absolument décisif.

On peut avoir de beaux résultats. J'ai le souvenir d'avoir rencontré une personne qui, à 58 ans, après une année d'accompagnement très intensif, a littéralement changé de métier et retrouvé un emploi chez Aéroports de Paris (ADP).

C'est bien l'idée : s'organiser pour accompagner le demandeur d'emploi de manière très étroite, très personnalisée, très ajustée à un projet professionnel identifié, avec une quasi-certitude qu'il trouvera un travail à l'issue.

C'est l'enjeu principal, et, sur ce point, j'accueille bien volontiers votre bienveillance et votre exigence.

Ensuite, il faut prendre garde aux effets pervers – là aussi, je parle d'expérience. Je sais que ce n'est pas du tout votre objectif, mesdames, messieurs les sénateurs, mais je connais certaines entreprises qui ont tendance à utiliser l'assurance chômage comme préretraite. Celle-ci n'est pas faite pour cela !

Je le répète, l'assurance chômage a pour objet d'aider quelqu'un qui a perdu son emploi et qui souhaite revenir à l'emploi. Elle n'a pas vocation à se substituer à une entreprise qui cherche à se passer des services d'un senior et à le faire sur le compte de la solidarité nationale !

Ce qu'il faut, c'est qu'un accord soit passé à l'intérieur de l'entreprise et que celle-ci supporte elle-même, sur ses ressources, les coûts éventuels de cessation progressive d'activité en fin de carrière, notamment pour les métiers pénibles. C'est ce que j'ai fait à la SNCF.

Pour ces deux raisons, le Gouvernement émet un avis défavorable sur ces trois amendements.