M. le président. Mes chers collègues, nous allons interrompre nos travaux pour quelques instants.

La séance est suspendue.

(La séance, suspendue quelques instants, est reprise sous la présidence de M. Xavier Iacovelli.)

PRÉSIDENCE DE M. Xavier Iacovelli

vice-président

M. le président. La séance est reprise.

Article 4 (début)
Dossier législatif : proposition de loi visant à garantir la neutralité financière du don d'organes et d'autres éléments et produits du corps humain par les vivants
 

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Mises au point au sujet de votes

M. le président. La parole est à Mme Marie-Claude Lermytte, pour une mise au point au sujet d’un vote.

Mme Marie-Claude Lermytte. Lors du scrutin public n° 293 de ce jour, relatif à l’ensemble du projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 et portant diverses dispositions intéressant la défense, mon collègue Chasseing souhaitait voter pour.

M. le président. La parole est à Mme Frédérique Puissat, pour une mise au point au sujet d’un vote.

Mme Frédérique Puissat. Lors du même scrutin public, mon collègue Thierry Meignen souhaitait voter pour.

M. le président. Acte est donné de ces mises au point, mes chères collègues. Elles figureront dans l’analyse politique du scrutin concerné.

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Dossier législatif : proposition de loi visant à doter la France d'une stratégie nationale de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires
Article 1er (début)

Accélérer la prévention cardio-neuro-vasculaire

Discussion en procédure accélérée d’une proposition de loi dans le texte de la commission

M. le président. L’ordre du jour appelle la discussion, à la demande du groupe Les Républicains, de la proposition de loi, adoptée par l’Assemblée nationale après engagement de la procédure accélérée, visant à accélérer la prévention cardio-neuro-vasculaire et à anticiper un risque sanitaire et social majeur (proposition n° 529, texte de la commission n° 698, rapport n° 697).

Discussion générale

M. le président. Dans la discussion générale, la parole est à Mme la ministre.

Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de lautonomie et des personnes handicapées. Monsieur le rapporteur, je tiens avant toute chose à vous remercier de défendre cette proposition de loi de M. Yannick Neuder.

Vous le savez, les maladies cardiovasculaires sont la deuxième cause de mortalité en France après les cancers. Elles sont aussi l’une des premières causes de morbidité, d’hospitalisations et de handicap acquis à l’âge adulte. Plus de 15 millions de personnes sont ainsi prises en charge pour maladie ou risque cardiovasculaire. Chez les femmes, c’est la deuxième cause de mortalité prématurée.

Dans le futur, avec la transition épidémiologique et le vieillissement de la population, ces enjeux seront encore plus importants. C’est pourquoi le Gouvernement accueille favorablement cette proposition de loi, qui contribue à donner une visibilité à ce champ de la santé cardiovasculaire et à sa prévention.

Dans la prévention des maladies cardio-neuro-vasculaires, l’approche du Gouvernement se veut globale, en agissant sur les déterminants de santé, à l’échelon tant interministériel que territorial. Nous mobilisons principalement quatre leviers d’action.

Le premier consiste à agir sur la nutrition. Le programme national nutrition santé (PNNS) permet de renforcer les actions qui portent notamment sur la qualité de l’alimentation, la réduction de la consommation de sel, ainsi que de sucre, et la prévention dès le plus jeune âge.

Le second levier réside dans le renforcement de la lutte contre l’obésité. Nous avons notamment besoin de parcours plus coordonnés en la matière ; c’est l’ambition du parcours coordonné renforcé sur l’obésité complexe, que nous avons créé.

Le troisième levier consiste à faire de l’activité physique un axe central de la prévention. C’est notamment le sens de l’activité physique adaptée, que nous souhaitons mieux intégrer dans les parcours, dans le cadre de la stratégie nationale sport-santé 2025-2030, adoptée le 4 septembre dernier par le Gouvernement.

Enfin, le quatrième levier consiste à renforcer la prévention secondaire. Le dispositif Mon bilan prévention est une porte d’entrée importante pour systématiser le repérage des facteurs de risque.

Dans ce contexte, la présente proposition de loi sera utile pour renforcer notre feuille de route sur la santé cardiovasculaire. Elle fait actuellement l’objet d’une concertation, mais je souhaite qu’elle puisse être publiée et mise en œuvre dès l’automne prochain.

Son article 1er, amendé en commission, procède du même esprit ; c’est pourquoi le Gouvernement y est pleinement favorable. Il sera également favorable à l’introduction de la prévention des maladies cardio-neuro-vasculaires parmi les thèmes des rendez-vous de Mon bilan prévention proposés aux âges clés des patients.

En ce qui concerne l’article 2 du texte, le Gouvernement soutient pleinement le renforcement de la prévention des risques cardio-neuro-vasculaires en entreprise, mais il faut maintenir le caractère transversal des actions menées par les services de prévention et de santé au travail.

Il ne paraît donc pas souhaitable d’uniformiser et de prioriser dans la loi des thématiques spécifiques. Ces dernières doivent pouvoir être priorisées selon le contexte des entreprises et l’état de santé de leurs salariés. Par ailleurs, il convient de mieux articuler la visite de mi-carrière avec Mon bilan prévention, afin de renforcer les liens entre santé au travail et santé publique.

Mesdames, messieurs les sénateurs, les maladies cardio-neuro-vasculaires sont un enjeu du présent et de l’avenir. Mieux prévenir, anticiper le repérage et mieux accompagner : voilà ce qui guide notre action. Cette proposition de loi s’inscrit dans cette dynamique, et le Gouvernement s’en félicite. (Applaudissements au banc des commissions.)

M. le président. La parole est à M. le rapporteur. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Khalifé Khalifé, rapporteur de la commission des affaires sociales. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, le 16 décembre 2025, la Commission européenne adoptait son plan Pour un cœur en bonne santé, avec l’ambition de soutenir l’initiative des États membres en matière de prévention et de prise en charge des maladies cardio-neuro-vasculaires.

Ces maladies sont en effet la première cause de mortalité dans l’Union européenne et la deuxième en France, juste après les cancers. Or, malgré le lourd fardeau qu’elles représentent, elles ne font l’objet d’aucun plan de santé ni d’aucune feuille de route gouvernementale.

Le bilan est pourtant lourd : plus d’un million d’hospitalisations et 140 000 décès chaque année, une incidence du syndrome coronarien aigu en hausse chez les femmes et des situations de dépendance précoce, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) étant la première cause de handicap physique acquis de l’adulte. Sans politique de prévention spécifique déployée en urgence, nous pouvons nous attendre à bien pire…

À cet égard, la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam) indique que le nombre d’insuffisants cardiaques – 1,5 million de personnes aujourd’hui – devrait croître de 25 % tous les quatre ans au cours des prochaines années.

Enfin, les maladies cardio-neuro-vasculaires sont déjà la première cause d’affections de longue durée (ALD) reconnues, et leurs effets iront croissant sous l’effet du vieillissement démographique et de l’exposition persistante à certains facteurs de risque.

Il est évident que nous n’avons pas pris la mesure des évolutions en cours. Les chiffres sont évocateurs, nous les connaissons, mais nous les avons trop longtemps négligés. Ces tendances nous imposent de prendre nos responsabilités et d’engager un véritable virage de la prévention.

Deux raisons au moins l’exigent : d’une part, préserver la santé de nos concitoyens ; d’autre part, contribuer à la soutenabilité de notre système de santé. En effet, 45 milliards d’euros de dépenses d’assurance maladie sont aujourd’hui consacrés à la prise en charge de ces pathologies. Sans action déterminée sur les facteurs de risques ni politique de dépistage plus volontaire, nous ne maîtriserons pas l’envolée de ces dépenses ; nous les subirons de plein fouet.

Le combat de la prévention doit être mené, précisément parce qu’une grande partie des maladies cardio-neuro-vasculaires est accessible à la prévention.

À cet égard, le constat de nos insuffisances est véritablement alarmant : près de la moitié des personnes souffrant d’hypertension artérielle et d’hypercholestérolémie ne sont pas dépistées. Les retards de prise en charge qui en découlent entraînent inévitablement des complications et renchérissent le poids de la morbimortalité de ces pathologies.

Malgré ce sombre tableau, je souhaite saluer l’engagement du Gouvernement dans un plan national ambitieux de lutte contre le tabac, qui vise l’horizon de 2032 pour avoir une première génération sans tabac. Cet objectif est certainement atteignable, à condition de poursuivre la mobilisation.

Néanmoins, pour relever le défi épidémiologique auquel nous faisons face, il nous faut avoir une ambition plus large et nous doter d’un plan consacré à la lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires.

C’est dans ce contexte que Yannick Neuder a déposé, en décembre dernier, une proposition de loi visant à accélérer la prévention cardio-neuro-vasculaire et à anticiper un risque sanitaire et social majeur. Le 8 avril 2026, l’Assemblée nationale a adopté ce texte à l’unanimité.

La commission des affaires sociales du Sénat, pleinement mobilisée en faveur de la prévention, a soutenu l’économie générale de ce texte et en a accru la portée. Nous avons en effet souhaité y inscrire le principe d’une stratégie nationale de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires, par analogie avec la stratégie décennale de lutte contre les cancers ; je remercie Mme la ministre d’y adhérer pleinement.

Cette reconnaissance érigera la santé cardio-neuro-vasculaire en priorité de santé publique et lui conférera, je l’espère, une visibilité comparable à celle dont bénéficie la lutte contre le cancer, acquise grâce à un soutien politique largement justifié et constant depuis la mise en œuvre du premier plan Cancer, en 2003.

Un tel plan Cœur, que j’appelle de mes vœux et pour lequel les sociétés savantes se mobilisent depuis plusieurs années, devra être bâti en concertation avec l’ensemble des parties prenantes, notamment les représentants des usagers ; c’est ce à quoi vous vous êtes appliquée, madame la ministre.

Le texte de la commission prévoit que ce plan s’étendra à la prévention, au dépistage et à l’organisation des parcours de soins. Pour des raisons de recevabilité financière, nous n’y avons pas inclus les enjeux de recherche, mais, à titre personnel, il me semble essentiel que la recherche appuie la mise en œuvre de ce plan Cœur.

Notre commission a par ailleurs soutenu les dispositions visant à faire des rendez-vous de prévention aux âges clés de la vie autant d’occasions pour sensibiliser aux facteurs de risques cardio-neuro-vasculaires et pour dépister ces maladies, en renvoyant toutefois les modalités de ce dépistage à la Haute Autorité de santé (HAS).

De même, nous proposons que cette instance se prononce sur le principe et les modalités d’un dépistage universel de l’hypercholestérolémie familiale chez l’enfant. Madame la ministre, vous pourrez sans doute, pour nous rassurer, nous confirmer que la HAS a engagé des travaux visant à aboutir rapidement à des recommandations sur ce sujet, que nous estimons prioritaire.

Pour faire écho aux discussions de notre commission, je rappelle que le recours à l’expertise indépendante de cette institution est la règle pour la mise en œuvre d’un dépistage organisé en population générale. Son rôle consiste à évaluer la balance non seulement bénéfice-risque, mais aussi bénéfice-coût, un aspect qui ne saurait être négligé dans le contexte actuel de dégradation de la situation financière de la branche maladie.

Par ailleurs, dans le prolongement des précédents textes législatifs et réglementaires, cette proposition de loi tend à œuvrer à la consolidation des compétences des professionnels de santé en matière de prévention. Nous y souscrivons pleinement.

Nous avons supprimé les dispositions ayant spécifiquement pour objet la rémunération de la prise de tension artérielle par les pharmaciens et les masseurs-kinésithérapeutes, au motif que ces actes sont déjà couverts par le droit en vigueur. Mais il est essentiel de soutenir la valorisation financière des activités de prévention, condition d’une implication accrue des professionnels.

Enfin, le texte vise à sensibiliser aux facteurs de risques cardio-neuro-vasculaires dans les espaces de vie quotidiens que sont l’école et l’entreprise. Diffuser une culture de la prévention et promouvoir la santé cardio-neuro-vasculaire suppose d’agir au plus près des usagers.

Là encore, nous avons soutenu ces mesures, mais nous avons jugé nécessaire de proportionner le dispositif qui serait déployé dans les entreprises et mis en œuvre par les services de santé au travail, dont nous avons entendu les préoccupations.

Les professionnels de la santé au travail doivent davantage contribuer à la prévention auprès des salariés ; c’est pourquoi nous avons étendu la portée de leur action en ce sens, en maintenant le lien avec le cadre professionnel.

En revanche, la réalisation d’un dépistage systématique des pathologies cardio-neuro-vasculaires ne nous semble pas relever de leurs missions. Une telle mesure pourrait d’ailleurs se révéler redondante avec le principe d’un dépistage organisé lors de rendez-vous périodiques de prévention, prévus notamment entre 45 et 50 ans, soit l’âge correspondant à la visite de mi-carrière. Selon l’évaluation des risques réalisée à l’occasion de cette dernière, le salarié se verrait alors orienté vers un professionnel de santé habilité.

En somme, notre commission s’est attachée à consolider l’équilibre général de la proposition de loi et à en renforcer la portée.

Grâce à l’engagement de la procédure accélérée, nous pouvons aboutir à brève échéance à un texte dont les effets seront très concrets. Agir sur les modes de vie et dépister le plus tôt possible : voilà les priorités qui doivent nous guider. La loi ne peut suffire à concrétiser cette ambition, que le Gouvernement doit défendre et incarner, mais elle peut y contribuer.

C’est pourquoi la commission a adopté un amendement visant à modifier l’intitulé du texte, afin de formuler clairement son projet : « Doter la France d’une stratégie de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires ».

Pour conclure, mes chers collègues, je souhaite que le vote du Sénat s’illustre par son unanimité, à l’instar de celui de l’Assemblée nationale. Cela traduirait notre volonté commune de mener une politique de santé bien plus engagée en faveur de la prévention. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – Mme Anne-Sophie Romagny applaudit également.)

M. Philippe Mouiller, président de la commission des affaires sociales. Bravo !

M. le président. La parole est à Mme Émilienne Poumirol. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)

Mme Émilienne Poumirol. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, les initiatives consacrées à la prévention en santé examinées par la Haute Assemblée sont assez rares pour être soulignées. Pourtant, la Caisse nationale de l’assurance maladie le déclare, « rien ne sera possible sans une mobilisation massive en faveur de la prévention, qui doit être la grande cause de la décennie ».

Je me félicite donc que nous puissions discuter aujourd’hui d’un texte, fût-ce une proposition de loi et non un projet de loi ambitieux, sur le sujet, dont l’objet est les maladies cardio-neuro-vasculaires.

Cette proposition de loi, adoptée de manière consensuelle à l’Assemblée nationale, vise à répondre à un enjeu de santé publique majeur : le développement inquiétant de ces pathologies. Deuxième cause de mortalité en France, elles représentent un décès sur cinq. En 2022, elles ont entraîné 1,2 million d’hospitalisations et 140 000 décès.

Au-delà de ces chiffres, ces maladies constituent un marqueur important des inégalités sociales de santé. En effet, leur incidence est plus élevée parmi les populations socialement défavorisées : elle peut être supérieure de 30 % dans les communes défavorisées, voire de 60 % pour certaines pathologies.

D’après une estimation, ces affections coûteraient chaque année environ 22 milliards d’euros à l’assurance maladie, soit l’équivalent du déficit de la sécurité sociale ! Pourtant, elles sont en grande partie évitables. Outre l’hérédité, le sexe et l’âge, il est possible d’agir sur les facteurs de risque : l’hypertension artérielle, le tabagisme, l’alimentation, l’hypercholestérolémie, le diabète, la sédentarité, etc.

Toutefois, ces facteurs sont insuffisamment dépistés et contrôlés. Près de la moitié des personnes hypertendues et d’un cinquième des diabétiques ignorent leur pathologie. Une stratégie renforcée de prévention des facteurs de risque pourrait entraîner entre 800 millions d’euros et 1,2 milliard d’euros d’économies par an.

Ces maladies sont d’autant plus dangereuses qu’elles peuvent s’installer de façon asymptomatique. C’est particulièrement vrai pour les femmes, notamment en ce qui concerne l’infarctus du myocarde. Il est donc primordial d’agir sur les modes de vie, sur l’environnement et sur le repérage précoce des facteurs de risque.

Disons-le d’emblée : le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain votera en faveur de cette proposition de loi, que nous appréhendons comme une première étape vers une stratégie de prévention nationale.

L’article 1er tend à instaurer des consultations médicales et des examens de dépistage des maladies cardio-neuro-vasculaires dans le cadre d’un programme national de santé, ainsi qu’une sensibilisation à ce dépistage lors de rendez-vous périodiques de prévention. Nous saluons l’introduction d’une disposition prévoyant que l’État définit une stratégie nationale pluriannuelle de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires.

L’article 2, qui tendait à renforcer la prévention de ces maladies en milieu professionnel par l’intermédiaire, notamment, de la médecine du travail, a été amendé par la commission sur l’initiative de M. le rapporteur.

Mon groupe proposera le rétablissement du dépistage individuel obligatoire de ces pathologies par les services de prévention et de santé au travail. En effet, ce n’est pas parce que ces derniers connaissent des difficultés qu’il faut les décharger de cette mission. Comme le note la Caisse nationale de l’assurance maladie, l’entreprise constitue un relais intéressant pour la réduction du risque cardio-vasculaire précoce chez des assurés éloignés du système de santé.

L’article 2 bis tend à sécuriser juridiquement l’intervention en milieu scolaire d’associations agréées en matière de prévention sur les enjeux de santé.

Néanmoins, cette proposition de loi demeure bien insuffisante au regard de la prévalence et du coût des maladies cardio-neuro-vasculaires. Ce texte ne contient pas une politique globale de lutte contre le développement de ces affections. La prévention primaire en est totalement absente : certes, les facteurs de risque sont mentionnés, mais aucune mesure ne vise à lutter contre leur apparition et leur progression.

Je défendrai donc un amendement relatif à l’activité physique adaptée, afin que le Gouvernement transmette au Parlement une analyse coût-bénéfice du remboursement de cette pratique lorsqu’elle est prescrite par le médecin traitant.

En effet, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que la sédentarité constitue la cause principale de 27 % des cas de diabète. A contrario, l’activité physique peut diminuer les risques de récidive des différents cancers de 40 % à 60 %, en particulier ceux du côlon, du sein ou de la prostate. Si les femmes en pratiquaient une régulièrement, 25 % des cancers du sein, de l’endomètre et du côlon pourraient être évités.

Un autre sujet est trop peu abordé : l’alimentation. Je conçois que cette thématique soit quelque peu urticante dans notre assemblée, alors que la majorité sénatoriale soutient des textes tendant à la réintroduction de pesticides et que la France a, depuis 2022, délibérément fait le choix de ne pas respecter la réglementation européenne visant à plafonner le taux de cadmium dans les engrais…

Mme Frédérique Puissat. C’est gratuit !

Mme Émilienne Poumirol. C’est peut-être gratuit, chère collègue, mais je tenais à le souligner !

Pourtant, le cadmium est suspecté de favoriser le développement de certains cancers et de pathologies cardio-vasculaires. En l’espèce, madame la ministre, il ne suffira pas de sensibiliser les personnes à ces risques lors de rendez-vous de prévention ; il est de la responsabilité de l’État de mettre en œuvre des politiques de lutte contre les contaminations.

Si mon groupe adhère à l’ambition de ce texte, il nous faudra aller beaucoup plus loin pour préserver la santé de nos concitoyens et sauvegarder notre système de santé et de sécurité sociale.

Malgré la volonté politique affichée depuis plusieurs années en faveur d’un virage préventif, divers indicateurs et publications attestent de la faible efficacité des politiques en question menées en France. En outre, notre pays ne dispose pas d’une véritable politique de prévention primaire, permettant d’agir en amont de la maladie sur les déterminants de santé, aussi appelés exposome, ainsi que sur les facteurs de risque.

À l’échelle européenne, alors que, en 2022, les dépenses de soins préventifs par habitant s’élevaient à 457 euros en Allemagne et à 410 euros en Autriche, la France investissait seulement 186 euros.

Si notre système de sécurité sociale a été conçu, à l’origine, selon un modèle curatif qui accapare encore 97 % des dépenses de santé, il est à présent indispensable de procéder à un véritable changement de paradigme et de développer une approche décloisonnée, les professionnels de santé travaillant encore trop souvent aujourd’hui en silo.

Pour mettre en place un système fondé non pas uniquement sur le soin, mais sur la santé, il faut donc agir, non seulement sur les maladies, mais aussi et surtout, je le répète, sur l’exposome. (Applaudissements sur les travées des groupes SER, CRCE-K et GEST.)

M. le président. La parole est à Mme Silvana Silvani. (Applaudissements sur les travées des groupes CRCE-K, SER et GEST.)

Mme Silvana Silvani. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, nous sommes confrontés à un phénomène majeur et, malheureusement, trop souvent silencieux. Mon groupe a donc vu avec satisfaction l’inscription à notre ordre du jour de cette proposition de loi, issue des travaux de l’Assemblée nationale.

Les chiffres suffisent à illustrer l’ampleur des dégâts causés par les maladies cardio-neuro-vasculaires dans notre pays. Chaque année, ces pathologies entraînent plus de 1 million d’hospitalisations et 140 000 décès ; elles sont la deuxième cause de mortalité en France. Par conséquent, il convient de faire au plus vite des efforts en matière de prévention, afin de sauver des dizaines de milliers de vies.

Face à cette véritable épidémie, les facteurs de risque sont connus : hypertension, diabète, cholestérol, tabagisme et sédentarité.

Pourtant, comme il est souligné dans le rapport de la commission, la prévention et la détection sont insuffisantes. Près d’une personne hypertendue sur deux ignore sa situation et plus d’un diabétique sur cinq n’est pas diagnostiqué. En 2023, quelque 5,5 millions de personnes étaient atteintes de ces pathologies, soit près de 1 million de personnes supplémentaires par rapport à 2015.

Notons que ces maladies frappent bien plus les catégories populaires, ainsi que les populations ultramarines. À La Réunion, par exemple, l’incidence des AVC atteint 384 habitants sur 100 000 habitants, contre 231 à l’échelle nationale. Par ailleurs, les femmes sont plus touchées : en 2023, plus de 72 000 d’entre elles, contre environ 64 000 hommes, sont décédées à la suite d’une maladie cardio-vasculaire.

À l’échelle européenne, notre pays accuse un retard en matière de prévention. Selon Eurostat, en 2022, l’Allemagne consacrait 450 euros par habitant aux soins préventifs et l’Autriche 410 euros, quand la France dépensait seulement 186 euros.

La proposition de loi vise donc à systématiser cette prévention à des âges clés de la vie, à autoriser les pharmaciens à procéder à un diagnostic de l’hypertension ou encore à favoriser les interventions dans les établissements scolaires. Nous soutenons ces mesures.

Néanmoins, il convient d’inscrire ce texte dans le prolongement des politiques globales de santé menées ces dernières années. La primauté accordée aux logiques comptables, le refus d’agir fortement contre les déserts médicaux – nous le constaterons de nouveau dans cet hémicycle dans quelques jours – ou encore l’absence d’ambition en matière d’accès à une alimentation de qualité ne permettent pas de mettre en œuvre les actions de prévention nécessaires.

Quasi-disparition de la médecine scolaire, démographie médicale incapable de couvrir les besoins de l’ensemble du territoire, suppression des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) : voilà autant de facteurs qui risquent d’amoindrir la portée de ce texte.

Aussi, si nous approuvons les articles qui nous sont soumis, nous ne pouvons ni ne devons faire l’économie d’une réorientation de nos politiques de santé, fondée sur les besoins réels et non sur le seul souci de dépenser moins.

Mes chers collègues, mon groupe votera ce texte, car il s’agit de prévenir des morts évitables.

Toutefois, à l’approche de l’élection présidentielle et de son cortège de mesures de destruction sociale au nom de l’équilibre des comptes, je rappelle que les ouvriers présentent un risque deux fois plus élevé que les cadres de mourir entre 35 et 65 ans. J’invite celles et ceux qui voteront cette proposition de loi aujourd’hui, mais qui, dans quelques mois, expliqueront qu’il faut repousser encore l’âge de la retraite et que les Français ne travaillent pas assez, à garder cette réalité à l’esprit. (Applaudissements sur les travées des groupes CRCE-K et SER.)

M. le président. La parole est à Mme Anne Souyris. (Applaudissements sur les travées des groupes GEST, SER et CRCE-K.)

Mme Anne Souyris. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, nous savons que le coût de la prévention est dérisoire au regard des risques sanitaires écartés. Il l’est plus encore face à la perte d’une vie.

Chaque infarctus évité, chaque AVC prévenu, chaque facteur de risque détecté à temps justifie à lui seul l’ambition qui sous-tend cette proposition de loi. En ce sens, je remercie M. Neuder de cette initiative : la prévention est nécessaire à la soutenabilité de notre système social et sanitaire.

Les constats, tout comme l’importance du texte que nous examinons aujourd’hui, sont irrécusables : 1,4 million d’hospitalisations et 140 000 décès sont survenus chez l’adulte en 2022. Aussi, les maladies cardio-neuro-vasculaires représentent actuellement la deuxième cause de mortalité en France et la première chez les femmes.

Améliorer la prévention lors de rendez-vous médicaux, dans le cadre professionnel ou en milieu scolaire : tel est l’objet de cette proposition de loi. Évidemment, c’est une démarche bienvenue.

Les liens entre la maladie rénale chronique et les pathologies cardio-neuro-vasculaires sont aujourd’hui bien connus. Lors de l’examen du texte en commission, j’ai donc déposé différents amendements visant à mieux prendre en compte la santé rénale. Je me félicite que ce signal ait été entendu et qu’un amendement similaire de M. le rapporteur ait été adopté.

Pour autant, il est aujourd’hui indispensable d’aller plus loin, ou plutôt, en vérité, de changer de paradigme. Sans investissements importants en matière de prévention cardio-neuro-vasculaire, nous n’obtiendrons pas de résultats tangibles contre les maladies, tant les inégalités socioéconomiques sont fortes : l’incidence des hospitalisations pour les pathologies en question est supérieure de 30 % dans les communes défavorisées.

Plus encore, seules 4 % des personnes n’ayant pas le baccalauréat sont en bonne santé cardio-vasculaire, contre 21 % pour les personnes ayant accédé à l’enseignement supérieur.

Outre les déséquilibres socioéconomiques dont les effets sur les maladies cardio-neuro-vasculaires sont bien identifiés, Santé publique France souligne le rôle des déterminants environnementaux. Dans un contexte de réchauffement climatique où les inégalités sociales, territoriales et professionnelles ne se résorbent pas, voire s’accentuent, il est primordial de prendre en compte l’ensemble des facteurs de risque derrière les maladies cardio-neuro-vasculaires. Je défendrai des amendements en ce sens.

Enfin, les inégalités de diagnostic, donc de prise en charge entre hommes et femmes persistent elles aussi ; je dirai même qu’elles se révèlent chaque jour davantage. Pensée par et étudiée sur des hommes, la médecine, de facto, oublie souvent les femmes et leurs spécificités, notamment en matière de diagnostic.

Ainsi, une récente étude a mis en évidence un retard moyen de trente minutes dans la prise en charge de la femme par rapport à l’homme en cas d’infarctus. Quand on connaît l’importance de chaque minute lors d’un tel accident cardiaque, un tel chiffre devrait faire scandale.

Une autre étude, helvétique, montre que la mortalité après un infarctus demeure plus élevée chez les femmes, surtout avant 65 ans : le risque de décès est supérieur de 38 % avant 50 ans.

Oui, mes chers collègues, les maladies cardio-vasculaires restent la première cause de mortalité chez les femmes, devant le cancer du sein. Nous devons prêter une attention particulière à cette problématique au travers de ce texte.

Enfin, bien qu’ils soient mentionnés comme facteurs de risque, l’alcool et le tabac me paraissent encore trop peu ciblés par nos politiques de prévention.

En conclusion, et en espérant que vous tiendrez compte de nos propositions d’amélioration, madame la ministre, monsieur le rapporteur, mes chers collègues, le groupe Écologiste – Solidarité et Territoires soutiendra ce texte qu’il juge nécessaire. (Applaudissements sur les travées des groupes GEST, SER et CRCE-K.)