Quel est l'avis de la commission ?

M. Franck Menonville, rapporteur. Ces deux amendements identiques, qui tendent à rendre pleinement opérationnel le mécanisme facilitant l'exercice du droit de préemption partielle des Safer, me semblent largement satisfaits. Pour autant, je partage la volonté de préciser au maximum les modalités de la notification distincte en cas d'existence de biens non contigus.

Avis favorable.

Mme la présidente. Quel est l'avis du Gouvernement ?

Mme Annie Genevard, ministre. Même avis.

Mme la présidente. Je mets aux voix les amendements identiques nos 39 rectifié et 406.

(Les amendements sont adoptés.)

Mme la présidente. Je suis saisie de neuf amendements faisant l'objet d'une discussion commune.

L'amendement n° 339, présenté par le Gouvernement, est ainsi libellé :

Alinéas 4 à 7

Supprimer ces alinéas.

La parole est à Mme la ministre.

Mme Annie Genevard, ministre. Cet amendement vise à supprimer les alinéas 4 à 7 de l'article 12, qui ont introduit une exonération de l'obligation de prévoir des déclarations d'intention d'aliéner distinctes pour les biens préemptables et non préemptables comportant des bâtiments ou jardins remarquables.

Les Safer ont pour mission de service public de protéger les terres agricoles et de favoriser l'installation d'agriculteurs, et non pas d'intervenir sur des biens tels que des monuments historiques ou des jardins remarquables. Dans le cas d'un château, la parcelle sur laquelle il se situe ou bien celle qui l'entoure est généralement très étendue. Cette terre agricole restera, de toute façon, attachée au château vendu.

Pour le dire autrement, la Safer n'a jamais eu pour mission d'intervenir sur des ventes de jardins remarquables ou de monuments historiques : une telle opération serait rejetée par les commissaires du Gouvernement. De plus, l'alinéa 6 fait référence à tout site inscrit au titre du code de l'environnement, ce qui est extrêmement large, et la notion de « site patrimonial remarquable » n'est pas claire…

Il est légitime de renforcer l'action des Safer sur les biens agricoles. De ce point de vue, la séparation en deux déclarations d'intention d'aliéner distinctes, afin d'isoler les biens strictement agricoles, est bienvenue. Je vous propose d'en rester là, et c'est pourquoi je vous soumets cet amendement.

Dans le passé, certains cas de figure ont défrayé la chronique : des personnes très fortunées ont acquis, en même temps qu'une propriété ou un jardin remarquables, les terres agricoles qui étaient en exploitation tout autour, de façon à geler l'activité sur ces terres pour les transformer en biens d'agrément.

Il faut donc distinguer, d'une part, les châteaux et jardins remarquables, et, d'autre part, les terres agricoles situées autour, lesquelles peuvent demeurer exploitées, comme cela s'est fait de tout temps. Le propriétaire d'un domaine peut soit laisser ses terres agricoles en exploitation, soit mettre fin à l'activité agricole sur les terrains qu'il a acquis. Je demande non pas que cette dernière possibilité soit proscrite, mais simplement que la Safer en soit informée ; après quoi, celle-ci décidera de ce qu'elle doit faire.

Mme la présidente. Les huit amendements suivants sont identiques.

L'amendement n° 37 rectifié bis est présenté par Mmes Primas et N. Goulet, M. Laugier, Mme Imbert, MM. Klinger et Burgoa, Mmes V. Boyer et Romagny, M. Lefèvre, Mme Di Folco, M. Savin, Mme Josende et MM. H. Leroy, Belin et Anglars.

L'amendement n° 88 rectifié quater est présenté par MM. Brisson, Karoutchi et Khalifé, Mme Canayer et M. Milon.

L'amendement n° 138 est présenté par MM. Buis, Buval et Patriat, Mmes Cazebonne et Duranton, M. Fouassin, Mme Havet, MM. Iacovelli, Kulimoetoke, Lemoyne, Lévrier et Mohamed Soilihi, Mme Nadille, M. Patient, Mme Phinera-Horth, MM. Rambaud et Rohfritsch, Mme Schillinger, M. Théophile et les membres du groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants.

L'amendement n° 200 rectifié quinquies est présenté par MM. V. Louault, Chevalier et Brault, Mmes L. Darcos, Bessin-Guérin et Sollogoub, MM. Rochette, Capus et Malhuret et Mme Paoli-Gagin.

L'amendement n° 407 est présenté par M. Salmon, Mme Guhl, MM. Jadot, Gontard, Benarroche et Dantec, Mme de Marco, MM. Dossus, Fernique et Mellouli et Mmes Ollivier, Poncet Monge, Senée, Souyris et M. Vogel.

L'amendement n° 541 est présenté par M. Tissot, Mme Espagnac, M. Montaugé, Mme Artigalas, MM. Bouad, Cardon, Mérillou, Michau, Pla, Redon-Sarrazy, Stanzione et Kanner, Mmes Blatrix Contat, Bélim, Bonnefoy, Canalès et Conconne, MM. Fagnen, Fichet, Gillé et Jacquin, Mmes Linkenheld et Le Houerou, M. Lurel, Mmes Monier et S. Robert, MM. Ros, Uzenat, Vayssouze-Faure, M. Weber et les membres du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain.

L'amendement n° 647 rectifié bis est présenté par Mmes Saint-Pé et Perrot.

L'amendement n° 749 est présenté par MM. Lahellec et Gay, Mme Margaté et les membres du groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste - Kanaky.

Ces huit amendements sont ainsi libellés :

Alinéa 6

Supprimer cet alinéa.

La parole est à Mme Sophie Primas, pour présenter l'amendement n° 37 rectifié bis.

Mme Sophie Primas. Cet amendement vise à supprimer l'exclusion introduite par la commission des affaires économiques pour les terrains situés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou d'un site classé ou inscrit au titre du code de l'environnement, s'agissant de l'obligation pour le notaire d'établir des déclarations distinctes lorsque des biens préemptables et non préemptables sont physiquement séparés.

Parmi d'autres difficultés, cette exonération introduit une rupture d'égalité entre des situations objectivement comparables, en instaurant une différence de traitement pour des biens de même nature au regard du droit foncier agricole.

Par ailleurs, la portée de cette dérogation est considérable : les terrains inclus dans des sites patrimoniaux remarquables ou des sites classés ou inscrits représentent des superficies significatives du territoire, fréquemment situées dans des espaces à forte attractivité.

Surtout, la dérogation envisagée est de nature à affaiblir concrètement l'exercice du droit de préemption.

J'ajoute que cette exception constitue un facteur supplémentaire de complexité pour les notaires, appelés à apprécier l'inclusion des terrains dans des périmètres protégés aux contours parfois techniques et évolutifs.

Pour l'ensemble de ces raisons, il est proposé de supprimer cette exclusion introduite par la commission des affaires économiques.

Mme la présidente. La parole est à M. Max Brisson, pour présenter l'amendement n° 88 rectifié quater.

M. Max Brisson. Cet amendement a été très bien défendu par Sophie Primas.

Alors que l'amendement n° 339 du Gouvernement faisant l'objet d'une discussion commune vise à supprimer les alinéas 4 à 7, le présent amendement tend à supprimer le seul alinéa 6, pour mieux cibler les dérogations, introduites par la commission des affaires économiques du Sénat, à l'obligation d'établir des déclarations distinctes.

Mme la présidente. La parole est à M. Thani Mohamed Soilihi, pour présenter l'amendement n° 138.

Mme la présidente. La parole est à M. Vincent Louault, pour présenter l'amendement n° 200 rectifié quinquies.

Mme la présidente. La parole est à M. Daniel Salmon, pour présenter l'amendement n° 407.

M. Daniel Salmon. Cet amendement a été très bien défendu par Sophie Primas. Je tiens d'ailleurs à souligner qu'elle et moi avons par deux fois déposé des amendements identiques, ce qui montre ma capacité à déborder le cadre des partis... (Sourires.)

Mme Sophie Primas. La nôtre, surtout ! (Mêmes mouvements.)

Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Claude Tissot, pour présenter l'amendement n° 541.

M. Jean-Claude Tissot. Cet amendement vise à mieux encadrer certaines exceptions qui imposent de faire deux déclarations séparées lorsqu'un agriculteur vend, en même temps, des terrains soumis au droit de préemption.

L'idée est la suivante : maintenir la double déclaration pour les terrains sur lesquels se trouve un monument historique protégé, comme un château classé, ou pour les terrains portant le label « Jardin remarquable », mais supprimer cette exception pour les sites patrimoniaux remarquables ou les sites protégés au titre du code de l'environnement. En effet, ces zones couvrent des surfaces très importantes, et souvent dans des secteurs recherchés où le prix du foncier est élevé. Or, dans ces endroits, il est particulièrement important de protéger les terres agricoles, de préserver des espaces naturels et forestiers, et d'éviter une spéculation excessive sur les terrains.

Mme la présidente. La parole est à Mme Denise Saint-Pé, pour présenter l'amendement n° 647 rectifié bis.

Mme Denise Saint-Pé. Cet amendement vise, d'une part, à maintenir les exclusions prévues pour les terrains supportant un monument historique classé ou inscrit, ainsi que pour les terrains portant le label « Jardin remarquable », d'autre part, à supprimer l'exclusion qui vise les terrains situés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou d'un site classé ou inscrit au titre du code de l'environnement, lesquels sont souvent localisés dans des secteurs à forte attractivité et soumis à une pression foncière élevée. Or ce sont précisément dans ces espaces que les enjeux de préservation des terres agricoles, naturelles et forestières, ainsi que de régulation du marché foncier, sont les plus marqués.

Mme la présidente. La parole est à M. Gérard Lahellec, pour présenter l'amendement n° 749.

M. Gérard Lahellec. L'article 12 dispose que les notaires instrumentaires des projets de vente doivent effectuer deux DIA séparées : pour les biens préemptables, d'une part, et pour les biens non préemptables, d'autre part, lorsque ces deux types de biens sont physiquement distants sur le terrain. Ainsi, le bien non préemptable ne risque de perdre aucune valeur puisqu'il reste entouré de sa surface non construite, et la Safer peut préempter directement les biens à usage ou à vocation agricole via le mécanisme classique de la préemption.

Le présent amendement concerne les dérogations prévues à ce principe. S'il vise à maintenir les exclusions prévues pour les terrains supportant un monument historique ou bénéficiant du label « Jardin remarquable », il tend à supprimer l'exclusion visant les terrains situés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou d'un site classé ou inscrit au titre du code de l'environnement.

Je tiens à souligner que nous sommes tous confrontés à des situations dans lesquelles un bien et les terres qui l'entourent sont acquis à des fins spéculatives, qui n'ont plus grand-chose à voir avec le développement agricole...

Mme la présidente. Quel est l'avis de la commission ?

M. Franck Menonville, rapporteur. Sur l'amendement du Gouvernement, qui vise à supprimer les trois exclusions, l'avis est défavorable.

En revanche, sur les amendements identiques, qui tendent à supprimer la seule exclusion relative aux sites patrimoniaux remarquables, l'avis est favorable, car cette solution constitue la bonne ligne de crête.

Mme la présidente. Quel est l'avis du Gouvernement sur les huit amendements identiques ?

Mme Annie Genevard, ministre. Le Gouvernement considère qu'il convient de ne pas opérer de distinction entre les terrains qui font partie d'un ensemble immobilier constitué d'une ou plusieurs unités foncières, les terrains situés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, et ceux qui portent le label « Jardin remarquable » : le même régime devrait s'appliquer à ces situations.

L'essentiel est de préserver la terre agricole. Il s'agit de donner à la Safer non pas le pouvoir de s'approprier les biens, mais de prendre connaissance des projets d'acquisition, afin de pouvoir statuer. Pour cela, il faut prévoir des évaluations et des déclarations d'intention d'aliéner distinctes, compte tenu de leurs vocations différenciées.

Ainsi, un paysan sera intéressé, forcément, non par l'achat d'un château en lui-même, mais plutôt par l'exploitation des terres agricoles qui y sont attachées. Il convient donc – j'y insiste – de conserver des DIA distinctes, car c'est fondamental pour préserver l'activité agricole.

Aussi est-il important de savoir qu'il existe une activité agricole dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou d'un site classé. Les amendements identiques visant à exclure ces sites du dispositif de l'article 12, j'émets un avis défavorable.

Mme la présidente. La parole est à M. Vincent Louault, pour explication de vote.

M. Vincent Louault. Je vous remercie, madame la ministre, de ces explications, mais la réalité est un peu plus complexe.

Vous avez dit, en défense de votre amendement, que, s'agissant d'un château, les commissaires du Gouvernement pouvaient s'opposer à l'exercice du droit de préemption. Cela crée nombre de problèmes. Pourquoi ?

Je rappelle qu'il y a deux commissaires du Gouvernement : le représentant de la direction régionale des finances publiques (DRFiP) et celui de la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (Draaf). Or qui porte la culotte ? C'est toujours la DRFiP !

J'ajoute que c'est non pas le ministère de l'agriculture qui donne des instructions aux Safer, mais la direction nationale d'interventions domaniales (DNID), dont la doctrine est stricte. Ainsi, elle considère que les centaines d'hectares de terres agricoles attachées à un château qui vaut plusieurs millions d'euros ne constituent pas un bien agricole. C'est une posture ; elle considère en effet qu'il s'agit d'histoires de riches et que l'État n'a pas à y mettre son nez...

De ce fait, la Safer ne peut pas imposer de cahier des charges aux personnes très riches qui achètent des propriétés comptant plusieurs centaines d'hectares de terres agricoles. Et tout cela grâce à la DRFiP, qui considère que la Safer n'a pas à se mêler de ces affaires !

Madame la ministre, je le dis publiquement, il convient de clarifier la position de la DNID, qui n'est pas simple à comprendre et qui, sur beaucoup de projets, met les agriculteurs en difficulté. Résultat : dans des territoires comme la Sologne, qui recouvre une partie de mon département, les grands propriétaires de chasses et de châteaux poussent l'agriculture dehors parce qu'ils ne veulent pas s'embêter à s'occuper de 200 ou 300 hectares de terres agricoles qui restent parmi des milliers d'hectares de forêts. Je trouve cela regrettable, et vous demande de m'éclairer sur l'intervention de la DNID dans ces procédures.

Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.

Mme Annie Genevard, ministre. Monsieur le sénateur Louault, peut-être évoquez-vous ici un cas particulier, mais dans la réalité les commissaires du Gouvernement travaillent bien ensemble : la DRFiP s'occupe d'évaluation patrimoniale, et la Draaf de l'évaluation des terres agricoles.

Avec cet article, il ne s'agit pas de stigmatiser tel ou tel, au motif de sa fortune. Ce n'est pas du tout le sujet ! Pour autant, certains cas ont défrayé la chronique. Ainsi, un cinéaste célèbre ayant acquis une propriété comportant des terres très fertiles et laissé tomber l'activité agricole sur ces terrains, la nature a repris ses droits, ce qui a créé de nombreux problèmes ; je répète ici ce que j'en ai lu dans la presse...

Pour notre part, nous avons la volonté de préserver l'activité agricole. Il est heureux qu'il y ait encore des acquéreurs de beaux domaines ayant une valeur architecturale, car ils entretiennent le patrimoine. Mais cela ne doit pas se faire au préjudice des terres agricoles. Il y a toujours eu des fermiers autour des châteaux ! (M. Vincent Louault s'exclame.)

M. Pierre Cuypers, rapporteur. Pourvu que ça dure !

Mme la présidente. Je mets aux voix l'amendement n° 339.

(L'amendement n'est pas adopté.)

Mme la présidente. Je mets aux voix les amendements identiques nos 37 rectifié bis, 88 rectifié quater, 138, 200 rectifié quinquies, 407, 541, 647 rectifié bis et 749.

(Les amendements sont adoptés.)

Mme la présidente. Je suis saisie de sept amendements identiques.

L'amendement n° 89 rectifié ter est présenté par MM. Brisson, Karoutchi, Belin, Savin et Khalifé, Mmes Canayer et Josende et M. Milon.

L'amendement n° 340 est présenté par le Gouvernement.

L'amendement n° 408 est présenté par M. Salmon, Mme Guhl, MM. Jadot, Gontard, Benarroche et Dantec, Mme de Marco, MM. Dossus, Fernique et Mellouli et Mmes Ollivier, Poncet Monge, Senée, Souyris et M. Vogel.

L'amendement n° 539 est présenté par M. Tissot, Mme Espagnac, M. Montaugé, Mme Artigalas, MM. Bouad, Cardon, Mérillou, Michau, Pla, Redon-Sarrazy, Stanzione et Kanner, Mmes Blatrix Contat, Bélim, Bonnefoy, Canalès et Conconne, MM. Fagnen, Fichet, Gillé et Jacquin, Mmes Linkenheld et Le Houerou, M. Lurel, Mmes Monier et S. Robert, MM. Ros, Uzenat, Vayssouze-Faure, M. Weber et les membres du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain.

L'amendement n° 648 rectifié est présenté par Mme Saint-Pé, M. Duffourg et Mmes Perrot et Sollogoub.

L'amendement n° 750 est présenté par MM. Lahellec et Gay, Mme Margaté et les membres du groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste - Kanaky.

L'amendement n° 1001 rectifié est présenté par MM. Buis et Théophile, Mme Nadille et M. Fouassin.

Ces sept amendements sont ainsi libellés :

Alinéa 9

Rétablir le a dans la rédaction suivante :

a) Le deuxième alinéa est ainsi modifié :

– à la deuxième phrase, le mot : « cinq » est remplacé par le mot : « dix » ;

– la dernière phrase est complétée par les mots : « , sauf si ce changement de destination a été effectué au cours des dix années qui ont précédé l'aliénation et en violation des règles d'urbanisme applicables » ;

La parole est à M. Max Brisson, pour présenter l'amendement n° 89 rectifié ter.

M. Max Brisson. Cet amendement vise à faire passer de cinq à dix le nombre d'années pendant lesquelles la Safer peut intervenir sur la préemption de bâtiments à vocation agricole. Il reprend une disposition introduite à l'Assemblée nationale par amendement du Gouvernement.

Par cohérence de forme, son deuxième alinéa précise que la révision de prix ne peut intervenir en cas de changement de destination des biens, à l'exception du cas où celui-ci est intervenu au cours des dix années en violation des règles d'urbanisme applicables.

Cette disposition a pour objet de préserver des ressources foncières et bâties nécessaires – logement, points de vente à la ferme, bâtiments d'exploitation –, afin de faciliter leur reprise par de nouveaux porteurs de projet. Dans un contexte où une part importante des exploitants actuels quittera la profession dans les dix prochaines années, la mobilisation des bâtiments existants constitue un levier majeur pour accompagner les installations, limiter la consommation d'espaces naturels et préserver l'activité agricole, en particulier dans les territoires soumis à une forte concurrence des usages.

Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre, pour présenter l'amendement n° 340.

Mme Annie Genevard, ministre. M. le sénateur Brisson l'a très bien défendu. Je souligne qu'il correspond à une demande exprimée dans de nombreux territoires.

Mme la présidente. La parole est à M. Daniel Salmon, pour présenter l'amendement n° 408.

M. Daniel Salmon. Étendre la durée pendant laquelle la Safer peut intervenir est essentiel au moment où nous allons connaître un renouvellement des générations dans le secteur agricole : il ne faut pas obérer la possibilité de récupérer des bâtiments agricoles.

Je rappelle que cette disposition était le fruit d'un compromis transpartisan intervenu à l'Assemblée nationale.

Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Claude Tissot, pour présenter l'amendement n° 539.

M. Jean-Claude Tissot. Il a été très bien défendu.

Il s'agit de l'un des seuls leviers disponibles pour récupérer du bâti en vue de permettre l'installation de nouveaux agriculteurs et de lutter contre le détournement d'usage pour des raisons spéculatives, particulièrement dans les territoires soumis à une forte concurrence foncière.

Il convient donc de réintroduire cette disposition, qui avait fait l'objet à l'Assemblée nationale d'un accord assez large, sur l'initiative des députés socialistes, et notamment de Peio Dufau, auteur d'une proposition de loi sur ce sujet.

Mme la présidente. La parole est à Mme Denise Saint-Pé, pour présenter l'amendement n° 648 rectifié.

Mme Denise Saint-Pé. Cet amendement a été, en effet, bien défendu. Il est important de donner ce délai supplémentaire à la Safer afin de permettre à nos jeunes agriculteurs de s'installer.

Mme la présidente. La parole est à M. Gérard Lahellec, pour présenter l'amendement n° 750.

M. Gérard Lahellec. Cet amendement vise, lui aussi, à faire passer de cinq à dix ans le nombre d'années pendant lesquelles la Safer peut intervenir sur la préemption de bâtiments à vocation agricole.

Mme la présidente. L'amendement n° 1001 rectifié n'est pas soutenu.

Quel est l'avis de la commission ?

M. Franck Menonville, rapporteur. En commission, nous avions supprimé le doublement de la durée pendant laquelle la Safer est en mesure d'intervenir.

Il peut être compliqué d'apprécier le potentiel usage en agriculture de bâtiments n'ayant plus de vocation agricole depuis plus de cinq, et jusqu'à dix ans. Cela étant dit, nous constatons tous une grande disparité territoriale. Ainsi, selon les territoires, la pression immobilière est plus ou moins forte et il est plus ou moins difficile de s'installer.

À la suite des échanges que nous eus avec nos collègues et entre rapporteurs, la commission s'en remet à la sagesse du Sénat.

Mme la présidente. La parole est à Mme Sophie Primas, pour explication de vote.

Mme Sophie Primas. Je souhaite vous poser une question, madame la ministre, pour être certaine de bien comprendre.

Lorsqu'un bâtiment agricole, après une vente qui n'a pas fait l'objet d'une préemption, a été transformé en logement par son nouveau propriétaire, celui-ci, qui pourrait souhaiter le revendre, est-il soumis pendant dix ans au droit de préemption de la Safer ? Et en cas de préemption, ce bien serait-il transformé à nouveau en un bien à usage agricole ? Ces situations étant très compliquées, je me permets de vous interroger…

M. Jean-Claude Tissot. Sauf s'il y a eu changement d'usage !

Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.

Mme Annie Genevard, ministre. Lorsque j'étais maire, pour qu'un local puisse être transformé afin de changer de destination, il fallait faire une demande d'autorisation de changement de destination.

Mais si le bâtiment en question a été transformé illégalement en logement, cela change tout : auquel cas, la Safer peut intervenir pendant dix ans et le prix être révisé au niveau voulu par le vendeur.

Mme Sophie Primas. D'accord ! Donc si le changement de destination s'est fait illégalement !

Mme Annie Genevard, ministre. Ai-je été assez claire, madame la ministre Primas, sur cette question il est vrai très technique ?

Mme la présidente. La parole est à M. le rapporteur.

M. Franck Menonville, rapporteur. Nous le voyons dans nos territoires : des biens agricoles qui étaient autrefois à usage agricole sont vendus dans le cadre d'une déprise, agricole ou autre. On rencontre tous les cas de figure. Dans les territoires où s'exerce une forte pression foncière, des agriculteurs ont des difficultés pour se loger et s'installer ; dans d'autres, la situation est totalement inverse.

Lorsqu'un bien qui n'a plus servi à l'activité agricole pendant cinq ou dix ans est en vente, la Safer peut-elle le préempter pour le réaffecter à une activité agricole ? Pour ma part, j'ai de nombreux doutes à cet égard, car dix ans, c'est très long…

Dans les zones de forte pression foncière – territoires de montagne à vocation agricole et touristique, ou maritimes, comme le Pays basque –,…

M. Max Brisson. Oui, dans les zones côtières !

M. Franck Menonville, rapporteur. … on observe, non pas des conflits d'usage, mais une concurrence entre l'habitat résidentiel et les activités agricoles. Il nous faut donc rétablir un équilibre.

Mme la présidente. La parole est à M. Max Brisson, pour explication de vote.

M. Max Brisson. Au-delà des questions techniques, tout à fait légitimes, auxquelles Mme la ministre a répondu, je veux souligner, dans le prolongement des propos qui viennent d'être tenus, que nombre de territoires sont soumis à une pression dont on n'imagine pas les conséquences sociales, voire politiques.

Dans ces territoires, ce travail transpartisan est attendu depuis longtemps. Il a été entrepris il y a quelques années par les députés Jean-Bernard Sempastous et Vincent Bru, et a été poursuivi – M. Tissot l'a rappelé – par les députés Iñaki Echaniz et Peio Dufau.

Je suis heureux que nous ayons ce débat au Sénat, et je me réjouis qu'il prenne une dimension transpartisane, consensuelle et technique. En effet – et d'autres amendements vont suivre –, tout ce qui peut renforcer les pouvoirs de la Safer en vue de protéger la terre agricole dans des territoires qui ont une tradition d'agriculture ancienne, mais sont soumis à une pression foncière considérable, est bienvenu !

Ce débat sera notamment suivi dans le territoire que Denise Saint-Pé et moi-même représentons : le Pays basque.

Mme la présidente. La parole est à M. Daniel Gremillet, pour explication de vote.

M. Daniel Gremillet. La question que vient de poser Sophie Primas est essentielle. Madame la ministre, il convient d'être plus clair sur ce point ; à défaut, ce serait très dangereux…

Il y a deux cas de figure. Dans nos villages, des bâtisses qui n'ont plus de vocation agricole se délabrent – nous y reviendrons peut-être dans le cadre du texte sur le logement. À cet égard, la décision, prise la semaine passée, de réduction de trente à dix ans du délai de transfert au domaine public des biens sans maître est très importante.

En l'occurrence, on parle d'un droit de préemption qui permettrait à la Safer de revenir en quelque sorte « en arrière », en redonnant à des bâtiments qui ont été transformés en logements leur destination agricole initiale.

Mme Annie Genevard, ministre. Non !

M. Daniel Gremillet. Je partage ce qui a été dit sur la pression foncière qui s'exerce dans les zones de montagne et touristiques pour que les bâtiments agricoles soient transformés en logements. Mais il faut indiquer clairement quelle est la durée d'exercice du droit de préemption !

Si j'ai bien compris ce qu'a dit Mme la ministre, lorsqu'une demande de changement de destination d'un bien est acceptée, autrement dit, lorsqu'il perd sa vocation agricole, on n'y revient plus et la question du délai ne se pose plus ! C'est ce point qu'il convient d'éclaircir, car cette précision est essentielle. (MMLouis Vogel et Vincent Louault renchérissent.)

Mme la présidente. La parole est à M. Yves Bleunven, pour explication de vote.

M. Yves Bleunven. En écoutant notre débat sur les actions possibles des Safer pour aider les activités agricoles me vient une idée, en lien avec l'article 5 : il serait intéressant que les Safer s'intéressent également aux réserves collinaires et aux étangs en déshérence, avant que ceux-ci ne soient utilisés à des fins récréatives ou de villégiature.

Dans mon département par exemple, la Safer a préempté un étang et l'a attribué à un agriculteur afin que celui-ci puisse irriguer ses champs. Cela a aussi permis de mettre l'étang en conformité avec la directive-cadre sur l'eau, avec laquelle, souvent, ces réserves ne sont pas en conformité.

L'intelligence collective devrait permettre de concilier activité économique et environnement.

Mme la présidente. La parole est à M. Vincent Louault, pour explication de vote.