B. DES CHOIX STRATÉGIQUES À EFFECTUER

Pour satisfaisante et nécessaire qu'elle soit, la création d'un établissement de crédit ne constitue qu'un préalable et n'est pas de nature, par elle-même, à garantir la pérennité de l'activité financière de La Poste. Plusieurs questions restent ainsi en suspens.

1. Quel développement commercial ?

Les services financiers de La Poste se situent depuis peu sur une tendance positive mais se révèlent encore faiblement rentables, et doivent faire face à l'attrition progressive de leur fonds de commerce. Les prêts sans épargne préalable permettront de constituer une gamme plus cohérente, susceptible de mieux fidéliser la clientèle (en particulier celle des jeunes) et d'ouvrir de nouvelles perspectives de croissance. Le marché est néanmoins extrêmement concurrentiel , les compétiteurs étant relativement nombreux 20( * ) et surtout expérimentés. Dans la mesure où La Poste n'a pas prévu de nouer de partenariats dans cette activité de crédit, la courbe d'apprentissage se déploiera sans doute sur plusieurs années (même si on peut estimer que La Poste valorisera assez rapidement un savoir-faire, compte tenu de son antériorité sur d'autres produits) et les gains de parts de marché seront très progressifs. En outre, les caractéristiques déjà évoquées de la clientèle actuelle et les « coûts de sortie » pour les clients des autres banques ne sont pas de nature à assurer une grande visibilité sur les perspectives de conquête et de captation de clients . Enfin, les quelques déconvenues que La Poste a récemment connues lors de la commercialisation de certains produits financiers inciteront sans doute cette dernière à faire preuve de prudence et à ne pas se montrer trop « agressive » sur le plan commercial.

Une récente étude de marché , conduite à la demande du gouvernement par le cabinet de conseil en stratégie AT Kearney et remise en août 2003, tend à relativiser l'impact de ce nouvel entrant, y compris sur le très long terme . Ses principales conclusions sont les suivantes :

- La Poste pourrait détenir d'ici dix ans entre 7,5 % et 9 % du marché du crédit immobilier en France, avec ou sans épargne préalable, soit un encours cible moyen de 36,5 milliards d'euros. La Poste verrait ainsi doubler sa part de marché actuelle (4,1 %), principalement au détriment du Crédit Agricole et des Caisses d'épargne et dans les régions où La Poste détient déjà une forte part de marché relative (Provence-Alpes-Côte-d'Azur, Rhône-Alpes et sud de la France) ;

- l'étude a également analysé l'impact d'une offre de La Poste sur le segment du crédit à la consommation , dont les données doivent être considérées avec précaution puisqu'une telle offre ne serait proposée, au mieux, qu'à partir de 2006. Sa part de marché potentielle en 2012 serait comprise entre 4,5 % et 6 %, soit un taux d'équipement proche de celui des autres établissements bancaires ;

- de même, sur le marché de l'assurance dommages aux particuliers , dont on a vu qu'il ne figurait pas parmi les axes de développement prioritaires du groupe, la part de marché de La Poste serait comprise entre 1,3 % et 1,6 % pour l'automobile, et entre 2,9 % et 3,5 % pour le multirisques habitation, ce qui situerait La Poste dans la moyenne des taux d'équipement obtenus par les bancassureurs ;

- l'étude analyse, enfin, les effets induits d'une gamme de produits et services plus complète, en particulier du fait d'une offre globale de crédit immobilier. Ces effets se traduiraient par des déplacements concurrentiels supplémentaires sur le marché de la banque de détail, à hauteur de 0,4 % à 0,7 % de ce marché en 2012.

Votre rapporteur considère que l'hypothèse d'une extension plus vaste de l'offre de La Poste, au-delà du seul crédit immobilier, est économiquement concevable mais ne pourrait vraisemblablement pas être envisagée sans partenariats , compte tenu des spécificités propres aux marchés du crédit à la consommation et de l'assurance dommages. Il est probable que de tels partenariats, qui pourraient se traduire par une entrée de sociétés extérieures au capital de la banque postale, susciteraient l'intérêt de nombre de sociétés financières, car elle leur permettrait d'avoir accès au très vaste réseau de La Poste (14.000 points de vente potentiels sur les 17.000 bureaux de poste). Cette dernière pourrait, quant à elle, acquérir un précieux savoir-faire à moindre coût, c'est-à-dire sans acquisition directe de parts de marché par croissance externe (rachat d'un concurrent) ou interne. On peut néanmoins se demander si l'entrée de La Poste sur le marché du crédit à la consommation ne se traduirait pas par de moindres espérances que la moyenne des concurrents en termes de rentabilité 21( * ) (que l'on sait élevée sur ce secteur), eu égard au profil type de la clientèle, à l'âpreté de la concurrence et à l'attachement qu'a jusqu'à présent manifesté La Poste pour des valeurs de lien social et de modération tarifaire.

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