2. Quelles ressources affectées ?

L'extension de l'offre de produits et services de La Poste amène inévitablement à poser la question des moyens financiers et humains qui seront consacrés au développement de la banque postale, bien que celle-ci soit amenée à avoir recours aux moyens mutualisés du réseau. La Poste a en outre prévu d'accentuer ses efforts sur le multicanal, facteur de réduction des coûts à moyen terme. L'accession au statut d'établissement de crédit nécessitera toutefois d'atténuer les exigences de polyvalence du personnel et d'accroître le niveau de spécialisation et de professionnalisation des conseillers financiers , et de les imprégner davantage d'une culture de la rentabilité qui fait encore quelque peu défaut. L'acquisition de nouvelles compétences pour diffuser les produits immobiliers au sein de la clientèle conduira à des dépenses de formation et d'équipement informatique. L'ensemble de ces coûts pourrait, dans un premier temps, peser sur la rentabilité du pôle financier, qui ne serait dès lors pas totalement conforme aux gains de parts de marché.

3. Quelle couverture des risques ?

Le récent débat sur la création de l'établissement de crédit de La Poste a fait naître des interrogations chez de nombreux observateurs quant au niveau envisagé des fonds propres , qui a parfois été jugé insuffisant. Cette question est particulièrement décisive pour les établissements de crédit, puisqu'ils sont soumis à des exigences de couverture minimale des risques. Le régime actuellement appliqué par la Banque des règlements internationaux est celui du « ratio Cooke » 22( * ) , et d'importantes modifications interviendront à compter de 2006 avec la mise en place du régime plus élaboré dit de « Bâle II », qui requiert une évaluation plus complète de l'ensemble des risques, et non plus du seul risque de crédit (cf. infra ). L'intégration de ces nouvelles contraintes dans les systèmes d'information et l'organisation des services financiers de La Poste (renforcement des structures de contrôle des risques, qui sont à l'heure actuelle peu développées) exige, dès à présent, une analyse approfondie et une évaluation précise des coûts occasionnés.

Le futur ratio de solvabilité « Mc Donnough »

Afin de palier les inconvénients du ratio Cooke jugé parfois fruste, le Comité de Bâle a proposé en 1999 une importante réforme du ratio de solvabilité des banques et assimilées, dont les objectifs sont ambitieux. Lors d'un séminaire organisé par le journal l'AGEFI en mai 2003 sur la réforme du ratio prudentiel des banques, M. Armand Pujal, secrétaire général adjoint de la Commission bancaire, a ainsi indiqué :

« L'objectif premier de la réforme de Bâle est l'instauration de règles prudentielles plus sensibles aux risques réels encourus par les banques. Cette meilleure adéquation des règles prudentielles aux risques réels est tout à fait essentielle au maintien d'une supervision bancaire efficace. Le second objectif, qui est une conséquence du premier, est de rapprocher les règles prudentielles des modes de gestion interne des risques développés par les banques , qui ont été nettement perfectionnées au cours des dernières années. En s'inspirant ainsi des pratiques existantes dans la gestion des risques, le Comité a cherché à préserver une certaine flexibilité tout en maintenant la nécessaire comparabilité des exigences prudentielles ».

L'approche du nouveau ratio prend en compte les techniques bancaires de réduction des risques, qu'il s'agisse de la collatéralisation (garanties réelles et personnelles), des garanties et dérivés de crédit, ou de la titrisation. Le nouvel accord repose sur une approche non seulement quantitative mais encore qualitative en s'appuyant sur les trois piliers suivants :

- une exigence minimale en fonds propres rénovée : la logique reste la même, c'est-à-dire un rapport entre des fonds propres et un encours de risque, mais l'appréciation de ces derniers est cependant modifiée, notamment par une plus grande reconnaissance des techniques de réduction des risques et par la définition d'une charge en fonds propres pour les risques opérationnels. Au total, toute banque devra avoir, au titre des exigences minimales en fonds propres, un ratio fonds propres / (risques de crédit + risque opérationnel + risques de marché), égal ou supérieur à 8 % ;

- un processus d'examen individuel par le contrôleur : les autorités de contrôle examineront de façon qualitative les procédures internes mises en place par les banques pour évaluer l'adéquation des fonds propres aux risques ;

- un développement du rôle de la discipline des marchés et de règles en matière d'information publiée : l'amélioration de la communication financière des banques passera par une information plus complète sur la composition des fonds propres, la ventilation par secteur économique et géographique des actifs, le système de notation interne et les allocations de fonds propres affectés aux différents risques.

Pour le calcul du ratio, la mesure du risque de crédit repose sur l'une des trois méthodes suivantes :

- une méthode standard fondée sur une classification des risques obtenue à partir de notations externes (Banque de France, agences de notation reconnues...) ;

- une méthode de base de la notation interne ( foundation approach ) : elle est fondée sur une classification des risques obtenue à partir des probabilités de défaillances identifiées par les banques pour chacun de leurs portefeuilles, les taux de perte et la portée de ces défaillances restant fixés par le Comité. C'est cette méthode qui devrait être retenue par la majorité des grandes banques ;

- une méthode avancée de la notation interne ( advanced approach ): tous les calculs découlent des séries statistiques de l'établissement.

Des études ont été menées pour examiner la possibilité de panacher les différentes méthodes. Les banques pourraient ainsi choisir des méthodes différentes en fonction des portefeuilles ou de la localisation géographique. La validation des systèmes de notation interne sera faite par les autorités de contrôle, comme cela est le cas aujourd'hui pour les modèles de risques de marché.

La Commission européenne a présenté fin 2002 un avant-projet de directive sur l'adéquation des fonds propres pour les banques et les entreprises d'investissement visant à traduire dans un texte réglementaire les recommandations du Comité de Bâle sur le nouveau ratio de solvabilité. Cette directive devrait entrer en vigueur pour l'exercice 2006.

Sources : Banque de France, Fédération bancaire française

La Poste a d'ores et déjà commencé de se préparer à ce nouveau régime prudentiel :

- s'agissant des activités de marché menées par Efiposte, le choix a été fait d'utiliser la méthode la plus exigeante en matière de contrôle interne parmi celles préconisées par le comité de Bâle. Un comité des risques de contrepartie a ainsi été mis en place. Il procède à la notation, après analyse détaillée des contreparties et des rapports des agences de notation internationalement reconnues, puis définit un niveau maximum d'engagement sur la contrepartie considérée. En outre, des calculs sont effectués selon des méthodes élaborées, afin de déterminer les pertes maximales admissibles (technique de la valeur à risque, qui connaît toutefois des limites). Un suivi permanent des événements survenant aux contreparties (situation financière, rapprochement de sociétés...) doit permettre la réactivité nécessaire à ce type d'activité ;

- dans le domaine du crédit à la clientèle, bien que les exigences en matière de notation interne du comité de Bâle concernent essentiellement le crédit aux entreprises, les services financiers de la Poste ont entrepris de mettre en oeuvre une méthodologie leur permettant, à travers une segmentation adaptée des clients, de disposer d'une notation interne qui pourra intégrer les évolutions de gamme ;

- concernant les risques opérationnels , dont le niveau de précision de la méthodologie d'évaluation peut contribuer à réduire le besoin de couverture en fonds propres, les services financiers ont également décidé de mettre progressivement en oeuvre une méthode exigeante, dont le premier chantier a trait aux risques opérationnels liés aux activités de marché.

Votre commission des finances n'est pas en mesure de déterminer si la dotation en fonds propres du futur établissement de crédit sera suffisante ou non. Elle relève que la gamme d'activités financières de La Poste n'est pas ou peu exposée à certains des risques qui mobiliseront le plus de fonds propres lors de l'application du ratio Mc Donnough , tels que le capital investissement, les émissions obligataires à haut rendement ou le crédit aux marchés émergents.

La mise en place du nouveau régime devrait également contribuer à réduire, par rapport au ratio de solvabilité actuel, la couverture en fonds propres sur les activités de banque de détail et de crédit aux particuliers. Néanmoins la gestion d'actifs, secteur qui constitue un important axe de développement des services financiers de La Poste, devrait sans doute requérir une meilleure couverture qu'aujourd'hui.

Il est donc permis d'espérer que la dotation en fonds propres soit adaptée au périmètre actuel des activités financières de La Poste. Il n'est en revanche pas assuré qu'elle soit proportionnée à une prochaine extension de la gamme . La nouvelle offre permettra sans doute, à terme, de « produire » de manière endogène des fonds propres par mise en réserve des résultats, mais une telle consolidation de l'assise en capital de la banque supposera préalablement la pérennisation de la rentabilité.

Au-delà des aspects prudentiels, la création d'un établissement de crédit permettra à La Poste de pratiquer une véritable gestion de bilan , a l'instar des autres banques, et de diversifier ses placements (qui ne peuvent être aujourd'hui investis qu'en produits de taux) dans le cadre d'une modélisation actif-passif structurée. Il en résultera pour la banque postale de possibles gains de marge et une meilleure gestion des encours sur le long terme.

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