B. UN DÉFICIT PUBLIC DE 5 % EN AFFICHAGE DANS LA COPIE DU GOUVERNEMENT ET UNE STRATÉGIE ÉCONOMIQUE ATTEINTE DE MYOPIE
Pour un même solde public donné, un ajustement budgétaire par les dépenses ou par les recettes emporte des conséquences radicalement différentes sur la croissance et donc sur la capacité du pays à réduire dans la durée ses ratios de déficit et d'endettement. En ce sens, le déficit de 5 % affiché par le Gouvernement, en plus de reposer sur des recettes et des économies ne faisant l'objet d'aucune justification sérieuse (cf. infra), poursuit une consolidation des comptes publics par l'impôt vouée à l'échec.
Il est certain que le choix de reconduire une surtaxe d'impôt sur les grandes entreprises à hauteur de 7,3 Md€ (article 4) et le renoncement à la baisse de 1,1 Md€ de contribution sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) à laquelle l'exécutif s'était pourtant engagé (article 11) est, pour ce dernier, pratique : à la différence des ménages, les entreprises, et notamment les plus grandes, ont comme seul recours de « voter avec leurs pieds » en délocalisant leur activité, portant préjudice à l'ensemble du tissu productif.
Selon de nombreux économistes tels qu'Alesina (2019), le multiplicateur d'une hausse de 1 euro d'impôt sur les sociétés se situe autour de 2, de sorte que cette recette à courte vue coûterait en réalité le double en croissance économique à moyen terme (horizon 2-3 ans). Or, le redressement sur lequel la France doit s'engager s'échelonne sur plusieurs années. La stratégie de l'exécutif consiste donc à s'offrir un répit de courte durée, en fragilisant grandement les perspectives de croissance des prochaines années.
8,4 Md€
Nouveaux impôts sur les entreprises décidés par le Gouvernement par rapport au texte adopté au Sénat en première lecture... ce qui pourrait conduire à une baisse du PIB du double à horizon 2028.
La commission des finances a souligné cet automne que « le Gouvernement fai[sai]t reposer sa prévision de croissance pour 2026 sur un fort regain de l'investissement des entreprises », à 2,6 %, « en dépit de toute indication crédible en ce sens », la prévision centrale du consensus des économistes étant désormais... de 1,1 %. Or, la CVAE « affecte directement les capacités d'investissement des entreprises », plus encore que l'IS, « avec un effet négatif sur la productivité » (Conseil d'analyse économique, 2019).
En outre, l'incohérence temporelle dont font preuve les Gouvernements successifs - baisse de l'IS, puis surtaxe exceptionnelle pour un an, puis deux ans, à 4 milliards, puis 6 milliards, puis 7,3 milliards ; suppression de la CVAE programmée, puis repoussée, ensuite accélérée, enfin annulée - n'est évidemment pas de nature à créer le « choc de confiance » que l'actuel Gouvernement prétend faire naître du simple vote d'un budget. Du fait de ce stop-and-go gouvernemental, les investissements, jusqu'ici simplement reportés, risque d'être purement et simplement annulés.
Cela se répercutera rapidement sur le taux de chômage, à nouveau en hausse depuis 2024 - 7,5 % -, puis sur les défaillances d'entreprises, à leur plus haut niveau historique - 69 000 en 2025 -, d'autant que « la France occupe une position singulière avec un rendement du capital productif particulièrement faible, préoccupant pour le tissu productif français » (OFCE, 2025).