V. L'ÉTAT ACTUEL DE LA LIGNE
La ligne Coni-Breil-Vintimille traverse des secteurs géologiques particulièrement instables ; les chutes de pierres constituent pour l'infrastructure une menace permanente. Aussi sa sécurité constitue-t-elle de longue date une problématique récurrente :
Le 27 janvier 2003 déjà, une collision frontale, dans le tunnel de Biogna (à proximité de la gare de Saint-Dalmas-de-Tende), entre un train régional italien roulant à 72 km/h et un TER français roulant à 22 km/h, avait marqué les esprits11(*). Dans le train italien, le conducteur et le chef de train ont trouvé la mort, et quatre passagers furent gravement blessés.
Plaque commémorative de l'accident.
En 2017-2018, des travaux de sécurisation ont dû être conduits en urgence, en vue de renouveler 7 km de rails et deux ponts-rails, de remplacer une grande partie du ballast et de conforter le tunnel du col de Tende, de moderniser la signalisation, d'installer des détecteurs de chute de rochers et de déployer des filets et des grillages de rétention sur les parois. Ces travaux ont nécessité l'interruption de l'exploitation de la ligne pendant 10 mois.
En octobre 2020, à nouveau, la ligne est endommagée par la tempête Alex et nécessite un vaste chantier : Les travaux, menés sur l'ensemble du tracé pendant quinze mois, ont permis de remettre en état les zones fragilisées, de renforcer les ouvrages d'art, de sécuriser les tunnels et de renouveler 14 kilomètres de voie ferrée. 12 zones sensibles ont également été stabilisées afin de limiter les risques liés aux aléas climatiques. Ce n'est qu'en décembre 2025 que la ligne a pu être remise en service.
A ce jour, d'importants travaux demeurent indispensables pour régénérer et moderniser la ligne :
- Tout d'abord, un programme d'opérations de travaux est projeté sur la section française de la ligne, de manière échelonnée entre 2028 et 2040, concernant un patrimoine de tunnels vieillissants et nécessitant une sécurisation urgente. Ainsi de premiers travaux de confortement pour cinq tunnels prioritaires sont déjà fléchés vers une enveloppe de crédits « Contrat de plan État-Région » (CPER) au titre de la qualité de « Ligne de desserte fine du territoire » (LDFT) de la section française. La plage exacte de fermeture de la ligne doit encore être validée au niveau de la région mais est prévue pour 2028.
Le montant de ces travaux est actuellement estimé entre 30 et 40 millions d'euros.
- Le reste du schéma directeur prévoit des étapes en 2030, 2033 et 2040 pour continuer le confortement d'autres tunnels, ouvrages d'art et en terre, ainsi que le renouvellement des composantes de voie pour permettre le relèvement de vitesse à 80km/h pour les voyageurs et à 70 km/h pour le fret, contre 40 km/h aujourd'hui.
Ces travaux sont estimés à environ 70 millions d'euros pour la tranche 2030-2033 et à environ 100 millions d'euros pour ceux qui interviendraient entre 2033 et 2040.
Les coûts de la régénération et de la modernisation de la ligne - qui n'entrent pas dans le périmètre de la présente convention - feront l'objet de conventions spécifiques, conclues entre les gestionnaires d'infrastructure français et italien, les États et les collectivités territoriales intéressées ; ils seront vraisemblablement répartis entre les deux Parties suivant le principe de la parité, principe coutumier, qui n'est inscrit dans aucun traité mais qui n'est pour autant pas appelé à être remis en question par les différentes parties prenantes de la Commission intergouvernementale franco-italienne pour l'amélioration des liaisons franco-italiennes dans les Alpes du Sud. Il est donc prévisible que le coût des travaux énoncés ci-dessus soit partagé à 50% pour la France et 50% pour l'Italie.
* 11 L'accident a été imputé à une fausse manoeuvre au niveau du poste d'aiguillage français.
