DEUXIÈME
PARTIE
LES COMPTES DE L'ÉTAT EN 2025
I. LE SOLDE BUDGÉTAIRE
L'année 2025 a connu la plus forte réduction du déficit budgétaire en une seule année depuis 2011, année de sortie de la crise financière20(*).
Cette réduction est d'abord due à la progression des recettes, mais aussi à une modération budgétaire, malgré l'accroissement de dépenses contraintes comme la charge de la dette.
A. UNE DIMINUTION HISTORIQUE DE 31,7 MILLIARDS D'EUROS DU DÉFICIT DE L'ÉTAT, QUI RÉSULTE TOUTEFOIS EXCESSIVEMENT D'UNE HAUSSE DU PRODUIT DES IMPÔTS
Le déficit budgétaire s'établit à 124,2 milliards d'euros en 2025, soit une réduction de 31,7 milliards d'euros par rapport au déficit de 2024 (155,9 milliards d'euros), due pour l'essentiel à l'augmentation des recettes fiscales nettes (+ 30,7 milliards d'euros), notamment l'évolution spontanée (+ 10,3 milliards d'euros), la création de taxes en loi de finances initiale pour 2025 (+ 8,4 milliards d'euros) et la sortie du bouclier tarifaire (+ 5,0 milliards d'euros sur les recettes nettes d'accises sur les énergies).
Évolution du solde budgétaire entre 2024 et 2025
(en milliards d'euros)
IR : impôt net sur le revenu. IS : impôt sur les sociétés net. Surtaxe IS grandes entreprises : contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises.
Source : commission des finances, à partir du projet de loi relatif aux résultats de la gestion et portant approbation des comptes
Les dépenses nettes du budget général sont en diminution de 1,3 milliard d'euros, ce qui correspond à une augmentation de 5,2 milliards d'euros hors programme 369 « Amortissement de la dette de l'État liée à la Covid-19 ». Ce programme, supprimé en 2025, consommait en effet des crédits jusqu'en 2024 pour « amortir » la dette issue de la période de la crise sanitaire de 2020.
Les dépenses mesurées sur le périmètre des dépenses de l'État (PDE), qui indiquent, mieux que le périmètre du budget général21(*), les dépenses sur lesquelles le Gouvernement dispose de marges de pilotage, s'établissent à un niveau de 488,2 milliards d'euros, soit une hausse de 3,5 milliards d'euros par rapport à 2024, ou + 0,73 %. Cette hausse demeure modérée puisqu'elle est inférieure à l'inflation (+ 1,0 %).
À moyen terme, l'année 2025 montre une amélioration très marquée des comptes, le déficit budgétaire semblant enfin sortir de la « bosse » de déficit que, depuis l'année 2020, les Gouvernements successifs ne parvenaient pas à résorber.
Évolution à moyen terme du solde
budgétaire de l'État,
corrigé de
l'inflation
(en milliards d'euros de 2025)
Source : commission des finances, à partir des documents budgétaires.
Le niveau du déficit demeure toutefois élevé puisqu'un tel niveau, même en euros constants, n'a pas été atteint au cours des années 2010 hors années de crise.
En outre, le déficit budgétaire de l'État pourrait s'aggraver à nouveau en 2026 selon la prévision en loi de finances initiale (solde de - 134,6 milliards d'euros), d'autant que celle-ci s'est fondée sur des hypothèses macroéconomiques qui ont été déjà révisées à la baisse, donnant lieu à la publication le 11 juin 2026 d'un décret d'ouvertures et d'un décret d'annulation de crédits22(*).
Or, la gestion budgétaire, depuis 2017, a été marquée par un élargissement considérable de l'écart entre les recettes et les dépenses23(*). Alors que ce rapport était de 1,28 en 2017, il était passé à 1,72 en 2020, avant de connaître une lente décrue. En 2025, l'État a dépensé 1,38 euro pour chaque euro de recettes, contre 1,51 euro en 2024.
Évolution comparée des recettes et
des dépenses
du budget général entre 2017 et
2025
(en milliards d'euros)
Dépenses et recettes du budget général, nettes de remboursements et dégrèvements d'État, y compris fonds de concours. Dépenses minorées des dépenses du programme 369 et recettes minorées des prélèvements sur recettes.
Source : calculs commission des finances, à partir des documents budgétaires
Malgré une légère augmentation des dépenses nettes en 2025, hors programme 369, la très forte hausse des recettes a permis de réduire significativement l'écart entre dépenses et recettes, sans toutefois revenir au niveau de 2017.
Il convient toutefois de rappeler que l'objectif devrait être, non pas de se maintenir à un tel écart entre les recettes et les dépenses, mais de les rapprocher et de les faire coïncider afin de rétablir enfin l'équilibre budgétaire perdu depuis 1974.
Or, l'amélioration nette des comptes en 2025 repose de manière importante sur la progression des recettes, épuisant les marges de progression disponibles. Seule une action résolue sur les dépenses pourra à l'avenir conduire à un rétablissement approfondi et durable des comptes.
L'année 2025 est donc celle d'un début de rétablissement des comptes de l'État, qui demeure fragile et devra être confirmé sur la durée.
* 20 Le déficit budgétaire a été de 90,7 milliards d'euros en 2011, marquant une forme de normalisation après deux années de déficit exceptionnel (138,0 milliards d'euros en 2009 et 148,8 milliards d'euros en 2010).
* 21 Le périmètre des dépenses de l'État, défini à l' article 10 de la loi n° 2023-1195 du 18 décembre 2023 de programmation des finances publiques pour les années 2023 à 2027, exclut notamment les dépenses liées à la dette ou au patrimoine de l'État ainsi que celles de la plupart des comptes de concours financiers, mais inclut les prélèvements sur recettes et les impositions affectées faisant l'objet d'une mesure de plafonnement.
* 22 Décret n° 2026-489 du 11 juin 2026 portant ouverture et annulation de crédits à titre d'avance et décret n° 2026-490 du 11 juin 2026 portant annulation de crédits. Ces décrets sont présentés dans le rapport d'information n° 702 (2025-2026), du rapporteur général Jean-François Husson, présenté au nom de la commission des finances du Sénat, déposé le 3 juin 2026.
* 23 Dans cette comparaison, les dépenses nettes sont retraitées pour retirer celles du programme 369 relatif à l'amortissement de la dette issue du Covid, car cette dépense purement comptable, étant utilisée pour rembourser des titres de dette, n'a pas d'effet sur le déficit de l'État en comptabilité nationale ni, plus globalement, sur la situation financière de l'État.


