D. ACCROÎTRE LE RECOURS AUX OUTILS TECHNOLOGIQUES POUR AMÉLIORER L'EFFICACITÉ ET LA SÉCURITÉ DES SECOURS, EN L'ENCADRANT JURIDIQUEMENT ET OPÉRATIONNELLEMENT

Les évolutions technologiques offrent aujourd'hui des leviers déterminants pour améliorer l'efficacité, la rapidité et la sécurité des opérations de secours en montagne, tant pour les personnes secourues que pour les intervenants. Dans un contexte marqué par l'augmentation du volume des interventions, la diversification des pratiques et la contrainte croissante pesant sur les moyens aériens, les outils de communication, de localisation et d'aide à la recherche constituent des composantes essentielles du dispositif.

La Cour des comptes relève toutefois que les outils de communication entre services demeurent encore insuffisamment adaptés aux exigences opérationnelles du secours en montagne. Dans plusieurs départements, les centres opérationnels ne disposent pas de capacités techniques permettant des échanges fluides et simultanés entre l'ensemble des acteurs impliqués dans une opération (CODIS, SAMU, unités spécialisées, bases héliportées, requérant). Ces limites peuvent ralentir la prise de décision et complexifier la coordination. Si des solutions locales, telles que les plateformes communes SAMU-CODIS, ont permis des progrès sensibles, des avancées générales et supplémentaires apparaissent nécessaires.

En outre, les réseaux de communication utilisés en montagne demeurent hétérogènes et parfois obsolètes. La couverture insuffisante des réseaux nationaux dans certains massifs conduit les unités à recourir à des solutions alternatives, plus rustiques mais souvent plus résilientes, reposant sur des réseaux VHF ou associatifs. Si ces dispositifs ont fait la preuve de leur efficacité, leur maintenance est coûteuse et leur gouvernance demeure fragmentée. L'amélioration de la couverture des communications d'urgence, y compris pour l'accès effectif au numéro 112, constitue également à cet égard un enjeu de sécurité majeur.

L'emploi des drones constitue un autre axe de développement majeur. Les unités de secours en montagne disposent déjà pour certaines de micro-drones pour l'observation et la reconnaissance de zones difficiles d'accès, et envisagent le déploiement de drones plus lourds capables d'acheminer du matériel de survie ou d'appui aux équipes terrestres. Là encore, les gains attendus en termes de sécurité des intervenants et de limitation des engagements lourds sont significatifs.

Parallèlement, les unités spécialisées ont développé, comme le soulignent les travaux des rapporteurs spéciaux, souvent à leur initiative, des outils innovants de recherche et de localisation des victimes, dont l'efficacité opérationnelle est désormais bien documentée. La gendarmerie nationale a ainsi mis en place des dispositifs de localisation de téléphones portables, tels que l'outil DROP (dispositif de recherches opérationnel de personnes), qui permet de localiser une personne disparue en quelques dizaines de minutes, contre plusieurs heures, voire plusieurs jours, pour des recherches traditionnelles. De même, le système GendLoc permet de localiser rapidement une victime coopérante par l'envoi d'un lien SMS, désormais utilisé par l'ensemble des centres opérationnels de la gendarmerie.

Les avancées technologiques concernent également l'exploitation des images aériennes. Les unités spécialisées expérimentent ainsi des solutions d'intelligence artificielle, comme l'algorithme AIGLE développé par la gendarmerie, destiné à faciliter la détection de traces de vie à partir d'images captées par hélicoptère ou drone. La police nationale souligne également l'intérêt croissant de l'intelligence artificielle pour l'analyse d'images issues de drones, en facilitant l'identification de corps, de traces ou d'objets d'origine humaine dans des environnements complexes.

Toutefois, le déploiement à plus grande échelle de ces technologies se heurte à des freins juridiques et opérationnels. Certains dispositifs, pourtant strictement conçus pour la sauvegarde de la vie humaine, ne peuvent être pleinement utilisés en l'absence de bases juridiques suffisamment explicites. De même, l'exploitation d'outils fondés sur l'intelligence artificielle ou la localisation de terminaux suppose un encadrement clair, garantissant le respect des libertés tout en tenant compte du caractère spécifique des interventions de secours en montagne, qui s'inscrivent dans des situations de péril direct, imminent et avéré.

Recommandation n° 8 : Déployer des outils technologiques permettant d'améliorer l'efficience et la sécurité des opérations de secours en montagne (ministère de l'Intérieur).

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