II. UN DISPOSITIF MIS SOUS TENSION PAR LA HAUSSE DE L'ACTIVITÉ ET LE VIEILLISSEMENT D'UNE PARTIE DE LA FLOTTE D'HÉLICOPTÈRES

Le dispositif du secours en montagne est aujourd'hui mis sous tension. La Cour souligne en effet que l'évolution du contexte dans lequel s'exerce le secours en montagne se traduit par une augmentation durable du volume d'interventions.

Cette dynamique est portée à la fois par la hausse de la fréquentation des zones de montagne, par la diversification des pratiques sportives, ainsi que par l'évolution des conditions environnementales. Elle se traduit par un recours significatif à des moyens spécialisés, en particulier aux moyens aériens, centraux dans la conduite des opérations de secours en montagne, dynamique qui participe à la hausse des coûts, dans un contexte de vieillissement de la flotte d'hélicoptères.

A. UNE AUGMENTATION MARQUÉE DE L'ACTIVITÉ DE SECOURS, PORTÉE PAR L'ÉVOLUTION DES PRATIQUES ET DES CONDITIONS ENVIRONNEMENTALES

Le dispositif de secours en montagne est confronté depuis plusieurs années à une augmentation sensible et durable de son niveau d'activité. La Cour des comptes relève ainsi que le nombre d'interventions réalisées annuellement par les unités spécialisées s'élève à près de 10 000, avec une tendance globale à la hausse, malgré des variations conjoncturelles liées aux conditions météorologiques ou à la fréquentation touristique.

Si la Cour souligne les limites tenant aux modalités de calcul du nombre d'interventions par les forces, elle relève ainsi que le nombre total d'interventions a progressé de 18 % entre 2018 et 2024, passant de 8 425 à 9 912. Selon les données du système national d'observation de la sécurité en montagne (SNOSM)16(*), 56 % des personnes secourues en 2024 étaient blessées, 34 % indemnes et 3 % décédées17(*). Si les activités sportives sont à l'origine de plus des deux tiers des interventions des unités de secours en montagne, le périmètre de leur action est toutefois en réalité plus large. Celles-ci sont également mobilisées en zone montagneuse pour d'autres types d'interventions, telles que les accidents de la circulation, les évacuations sanitaires depuis les refuges ou encore les accidents du travail.

Les circonstances donnant lieu à des interventions des secours en montagne

Les interventions de secours en montagne résultent de circonstances variées, dominées par les glissades et chutes, qui représentent 43 % des cas, suivies des erreurs d'itinéraire ou techniques (20 %) et des blocages (15 %). Les autres motifs tiennent principalement à une condition physique insuffisante (9 %) ou à des incidents liés au vol et au décollage (4 %), tandis que les chutes de pierres ou de séracs et les dévissages restent plus marginaux. Les accidents dus aux avalanches sont peu fréquents (2 %), mais particulièrement graves, avec une moyenne de 27 décès par an entre 2011 et 2021.

L'activité de secours présente enfin une forte saisonnalité, concentrée principalement sur l'été, près d'un tiers des interventions ayant lieu en juillet et août, et, dans une moindre mesure, sur l'hiver, avec environ 20 % des interventions en janvier et février.

Par ailleurs, les unités spécialisées elles-mêmes ont payé un lourd tribut au secours en montagne. Selon les chiffres de la Cour, depuis la création des PGHM en 1957, 69 secouristes ont perdu la vie en service, tandis que les CRS Montagne déplorent 44 décès depuis 1953, dont un survenu en avril 2025. Au-delà de ces pertes, la sinistralité demeure élevée, comme en témoignent les nombreux blessés recensés ces dernières années parmi les secouristes, illustrant le niveau d'engagement, d'exposition au danger et de professionnalisme requis pour assurer les missions de secours en montagne.

Source : commission des finances, d'après l'enquête de la Cour

Évolution du nombre cumulé d'interventions des trois forces
de secours en montagne entre 2018 et 2024

(en nombre et en pourcentage)

Source : commission des finances d'après les données de l'enquête de la Cour

Cette évolution s'explique en premier lieu par la hausse de la fréquentation des zones de montagne. Les massifs alpins et pyrénéens accueillent chaque année plusieurs millions de visiteurs, aussi bien en période hivernale qu'estivale. Selon une étude de 2023 citée par la Cour18(*), en 2019, plus d'un Français sur quatre avait pratiqué au moins une activité de montagne. Cette dynamique concerne l'ensemble des disciplines, avec notamment 7,2 millions de skieurs en 2020 (dont 0,5 million en ski de randonnée), 6,4 millions de randonneurs, dont entre 800 000 et 1,5 million pratiquants de trail, et environ 700 000 adeptes de l'escalade en plein air. La crise sanitaire a amplifié cette tendance, le SNOSM faisant état d'une fréquentation record des massifs de 2021 à 2024.

Parallèlement, la diversification des pratiques sportives constitue un facteur déterminant de l'augmentation de l'activité de secours. Aux disciplines traditionnelles telles que le ski alpin ou la randonnée se sont ajoutées des pratiques plus techniques ou plus exposées aux risques, comme le ski hors-piste, le ski de randonnée, l'alpinisme estival, le trail en altitude ou encore le VTT de descente. Ces pratiques, souvent exercées en dehors des espaces aménagés, sont plus susceptibles de nécessiter des interventions complexes, mobilisant des moyens spécialisés, voire héliportés.

Selon les données du SNOSM19(*), en 2024, la randonnée à pied représente la majorité (51 %) parmi toutes les interventions, loin devant le VTT (7 %), l'alpinisme (7 %), la randonnée à ski (6 %) et le parapente (4 %). Ces proportions sont relativement stables d'une année sur l'autre, bien que les accidents de VTT soient probablement sous-représentés.

Ventilation des interventions des secours en montagne par type de pratique

(en pourcentage)

Source : commission des finances d'après les données du SNOSM

Enfin, les facteurs environnementaux présentent un impact croissant, en particulier face au changement climatique, sur la nature des interventions. Dans les Alpes et les Pyrénées, où la température a augmenté d'environ 2°C au cours du XX? siècle selon une étude citée par la Cour20(*), le dérèglement climatique accroît à la fois les risques pour les pratiquants et la complexité des opérations de secours, en raison notamment de conditions aérologiques plus instables et de contraintes renforcées sur l'emploi des hélicoptères. La dégradation du permafrost, le retrait glaciaire et la multiplication des chutes de blocs ou de séracs rendent par exemple les itinéraires de ski de randonnée et d'alpinisme plus techniques et plus dangereux. Ces évolutions exposent également davantage les populations et les infrastructures, à l'image des laves torrentielles survenues en 2024 au hameau de La Bérarde en Isère, qui ont fortement mobilisé les secours, et contribuent à une moindre saisonnalité des pratiques sportives en montagne.

L'ensemble de ces facteurs concourt à une mise sous tension progressive du dispositif, tant en volume d'interventions qu'en intensité opérationnelle.


* 16 SNOSM, Accidentologie domaine montagne 2015 et 2024 - Bilan « Domaine Montagne » 2024.

* 17 D'autres personnes étaient disparues ou malades.

* 18 Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire, Les chiffres clés du sport 2023 - Les sports de montagne.

* 19 SNOSM, Accidentologie domaine montagne 2015 et 2024 - Bilans « Domaine Montagne » 2021, 2022 et 2023.

* 20 M. Dumont et al, The European Alps in a changing climate : physical trends and impacts, Comptes Rendus - Géoscience, Volume 357, 2025.

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