II. UN MODÈLE BUDGÉTAIREMENT INSOUTENABLE À TERME
A. UN EFFORT TRÈS SIGNIFICATIF EN TERMES DE PERSONNEL EN FAVEUR DES ÉLÈVES EN SITUATION DE HANDICAP
1. Les AESH, deuxième métier de l'éducation nationale
La multiplication par 3,6 du nombre d'élèves bénéficiant d'un accompagnement humain entre 2013 et 2024 a entrainé une multiplication par 3,3 du nombre d'AESH entre 2017 et 2025, soit une hausse de 97 091 personnels.
Évolution du nombre d'AESH entre 2017 et 2025
Note : il s'agit des effectifs physiques d'AESH, calculés en juin chaque année.
Source : commission des finances d'après les chiffres du ministère de l'éducation nationale
Les AESH apportant un accompagnement individualisé à un seul élève représentent 59,3 % des personnels embauchés, et les AESH « mutualisés » accompagnant plusieurs élèves, 31, 7 % des personnels. Les AESH « co », affectés à une ULIS, représentent 9 % du total des AESH. On compte ainsi 0,7 AESH pour 100 élèves.
Il existe toutefois des disparités territoriales : ainsi, le Pas-de-Calais, l'Aisne, le Finistère, la Mayenne, le Lot, le Gers, la Haute-Garonne, l'Ariège, le Rhône et les Hautes-Alpes comptent plus de 1,05 AESH pour 100 élèves.
De façon surprenante, la proportion d'AESH par élève n'est pas totalement corrélée à la part des élèves en situation de handicap. Ainsi, par exemple, le Rhône et le Finistère comptent respectivement 4,93 % et 4,63 % d'élèves en situation de handicap, soit une proportion supérieure à la moyenne nationale, mais inférieure à celle du Gers, de 7,33 %, par exemple. Cette disparité est sans doute en partie liée au manque d'homogénéité entre les prescriptions des MDPH (voir supra).
Nombre d'AESH pour 100 élèves par département en 2025
(en pourcentage
Source : commission des finances d'après les chiffres du ministère de l'éducation nationale
Les AESH sont devenus le deuxième métier de l'éducation nationale. Ils représentent en effet 11,5 % des effectifs de personnels du ministère de l'éducation nationale, soit 139 993 personnes en juin 2025.
Répartition des personnels de l'éducation nationale en 2024-2025
(en pourcentage)
Note : les ITRF désignent les personnels ingénieurs, techniciens, de recherche et de formation.
Source : commission des finances d'après les chiffres du ministère de l'éducation nationale
La hausse des personnels du ministère de l'éducation nationale leur est pratiquement exclusivement imputable. Ainsi, entre 2016 et 2024, le ministère a augmenté ses effectifs de 105 455 personnes, dont 97 091 AESH.
Évolution des personnels de l'éducation nationale entre 2017 et 2025
Note : les ITRF désignent les personnels ingénieurs, techniciens, de recherche et de formation.
Source : commission des finances d'après les chiffres du ministère de l'éducation nationale
Ainsi, le plafond d'emploi des AESH n'a cessé d'augmenter à chaque loi de finances. Le schéma d'emploi était de 1 351 créations de postes nettes déjà en 2017, de 3 000 créations en 2024, 2 000 en 2025 et 1 200 en loi de finances initiale pour 2026.
Évolution du schéma d'emplois des AESH prévu et réalisé entre 2017 et 2026
Source : commission des finances d'après les chiffres du ministère de l'éducation nationale
À noter, que les recrutements d'AESH s'effectuent tout au long d'une année scolaire, en raison non seulement des difficultés de recrutements à la rentrée scolaire, mais aussi des notifications d'accompagnement humain par les MPDH tout au long de l'année. Il serait donc plus pertinent de prendre en compte la saturation du schéma d'emploi au 30 juin qu'au 31 décembre lors de la conception du projet de loi de finances, en vue de mieux mesurer les besoins réels du ministère en termes d'AESH au cours d'une année scolaire.
Le maintien de la même dynamique haussière du nombre d'AESH n'est pas soutenable à terme pour le ministère de l'éducation nationale, dans le contexte contraint pour les finances publiques. Ce sont autant de moyens financiers que le ministère ne sera pas en mesure de dégager pour d'autres priorités.
2. Une hausse du nombre d'enseignants spécialisés
Parallèlement à l'augmentation du nombre d'AESH, les effectifs d'enseignants dédiés aux postes de l'adaptation scolaire et du handicap ont augmenté de 14,6 % entre 2017 et 2025, représentant 5 726 équivalents temps pleins (ETP) de plus. Il s'agit d'une hausse de moindre ampleur que celle des AESH, mais tout de même remarquable.
Évolution du nombre d'enseignants
dédiés aux postes de l'adaptation scolaire
et du handicap et
de la part des enseignants spécialisés entre 2017
et 2025
(en pourcentage et en ETP)
Source : commission des finances d'après les chiffres du ministère de l'éducation nationale
Seuls 70,8 % des postes de l'adaptation scolaire et du handicap sont couverts par des enseignants spécialisés, donc titulaires du certificat d'aptitude professionnelle aux pratiques de l'école inclusive (CAPPEI), une proportion en baisse depuis 2017.
Les postes de l'adaptation scolaire et du handicap sont composés à 25,2 % d'enseignants dans les réseaux d'aide spécialisés aux élèves en difficulté (RASED), à 16,2 % d'enseignants en SEGPA, à 12,2 % d'enseignants en ULIS école et à 10,3 % d'enseignants en ULIS collège. En 2025, 4 684 ETP d'enseignants sont mis à disposition des établissements et services médico-sociaux, et 956 ETP à disposition des établissements hospitaliers, en vue de permettre aux enfants hospitaliers ou placés en établissement médico-social de poursuivre leur scolarité. Les unités d'enseignement externalisées (UEE) désignent les unités médico-sociales intégrées à un établissement scolaire, telles que les UEEA et UEMA déjà définies. Ces unités disposent d'enseignants référents.
Répartition des enseignants
dédiés aux postes de l'adaptation scolaire
et du handicap en
2024
(en pourcentage et en ETP)
Note : UEE signifie unité d'enseignement externalisée et EREA signifie établissement régional d'enseignement adapté.
Source : commission des finances d'après les chiffres du ministère de l'éducation nationale
Les établissements régionaux d'enseignement adapté (EREA) et les lycées d'enseignement adapté (LEA) sont des établissements scolaires accueillant des élèves en grande difficulté scolaire ou sociale ou rencontrant des difficultés liées à une situation de handicap, qui ont la spécificité de disposer d'un internat éducatif.
Les RASED sont composés d'enseignants spécialisés à dominante pédagogique (soutien des équipes et interventions pour les difficultés d'ordre pédagogique), à dominante relationnelle (soutien des équipes et interventions pour des difficultés d'ordre relationnelle et comportementale) et de psychologues de l'éducation nationale. Les personnels du RASED sont implantés administrativement dans des écoles, mais ils sont amenés à intervenir à l'échelle de la circonscription, sur un périmètre et selon des priorités définis par l'inspecteur de l'éducation nationale (IEN). Ils peuvent être saisis par les équipes pédagogiques, soit pour des conseils, soit même pour une intervention directe auprès d'un élève. Le RASED peut, également, être sollicité dans le cadre du PAS (voir supra).
Enfin, l'enseignant référent pour la scolarisation des élèves en situation de handicap (ERSEH) a pour mission d'assurer le suivi des élèves en situation de handicap, en lien avec les familles et avec l'équipe pluridisciplinaire de la MDPH, en particulier. Il est généralement employé à cette mission à temps plein et dispose à ce titre d'une indemnité de mission particulière.
La hausse du nombre de postes de l'adaptation scolaire et du handicap est liée essentiellement à l'augmentation du nombre d'enseignants en ULIS collège, où 1 575 postes ont été créés entre 2017 et 2025, et d'enseignants en unités d'enseignement externalisées, 1 124 postes ayant été crées en 8 ans.
Évolution des effectifs des postes de l'adaptation scolaire et du handicap
(en ETP)
Source : commission des finances d'après les chiffres du ministère de l'éducation nationale
3. Une augmentation du nombre de places dans des dispositifs consacrés à l'inclusion
La multiplication par 3 du nombre d'élèves en situation de handicap s'est également accompagnée d'une hausse du nombre de places dans les dispositifs dédiés à l'inclusion. Ainsi, le nombre d'ULIS a augmenté de 17,5 % dans le premier degré et de 66 % dans le second degré entre 2015 et 2024. L'augmentation n'a toutefois pas pu être de la même ampleur, expliquant la baisse de la proportion d'élèves en situation de handicap scolarisés dans ces dispositifs dédiés. Le nombre d'UEEA et d'UEMA a été multiplié par 6,5 entre 2015 et 2024.
Évolution du nombre de dispositifs
spécifiques dédiés à l'inclusion scolaire
en
milieu ordinaire
Source : commission des finances d'après les chiffres du ministère de l'éducation nationale
L'effort en termes de création de dispositifs ULIS a été particulièrement marqué dans l'Aisne, les Bouches-du-Rhône, le Rhône ou le Gers, où le nombre de dispositifs ULIS a augmenté de plus de 70 % entre 2015 et 2024. Il s'agit très largement de départements marqués par une forte proportion d'élèves en situation de handicap. Toutefois, certains départements comme les Alpes-Maritimes, la Gironde, le Loir-et-Cher, le Maine-et-Loire et la Seine-et-Marne, ont également augmenté le nombre de dispositifs ULIS de plus de 70 %, alors que la proportion d'élèves en situation de handicap y est inférieure à la moyenne nationale.
En tout état de cause, il s'agit d'un effort financier considérable consenti par le ministère de l'éducation nationale.









