M. Alexandre Basquin. La proposition de loi prévoit, à juste titre, des campagnes nationales de sensibilisation, mais il ne faudrait pas pour autant négliger les approches individualisées et préventives permettant un repérage précoce des situations à risque. Les visites médicales en milieu scolaire constituent, à cet égard, un levier essentiel.
Le présent amendement de ma collègue Evelyne Corbière Naminzo vise donc à inscrire dans la loi des visites médicales obligatoires à deux étapes clés de la scolarité, dans le premier et le second degré, afin de garantir un suivi minimal de tous les élèves. Ces visites comporteraient un volet consacré spécifiquement à la prévention et au repérage des conduites addictives, incluant les usages numériques et l’exposition aux écrans.
Mme la présidente. Quel est l’avis de la commission ?
Mme Catherine Morin-Desailly, rapporteure. Mon cher collègue, ces visites médicales obligatoires existent déjà ; M. le ministre nous confirmera qu’elles figurent dans le code de l’éducation. Le problème n’est pas tant l’absence d’une disposition législative que l’état de la santé scolaire et la maigreur des moyens qui lui sont consacrés.
Quant au contenu de la visite médicale, il ne me semble pas approprié de le définir dans la loi, ce qui risquerait de la rendre illisible. En revanche, il serait utile que les ministères chargés de la santé, de l’éducation nationale et du numérique mènent un travail conjoint pour définir des axes d’action adaptés aux différents âges.
Je vous invite donc à retirer cet amendement ; à défaut, j’émettrai un avis défavorable.
Mme la présidente. Quel est l’avis du Gouvernement ?
M. Edouard Geffray, ministre. Deux visites médicales sont en effet prévues à l’âge de 6 ans, puis à 12 ans ; la première est assurée par les médecins scolaires ; la seconde, par les infirmières scolaires.
Pour votre information, ces visites sont assez longues : un entretien de près d’une heure avec l’élève permet de passer en revue, en particulier, les enjeux d’alimentation, de mode de vie, ou encore de sommeil, mais aussi d’aborder les conduites addictives, y compris la question des écrans.
Dans la mesure où ces enjeux sont ainsi pris en compte par les infirmières et les médecins de manière satisfaisante, il ne me semble pas utile de préciser dans la loi qu’ils doivent l’être, ce qui pourrait avoir un effet d’éviction d’autres sujets d’intérêt. J’émets donc un avis défavorable sur cet amendement.
Mme la présidente. La parole est à M. Alexandre Basquin, pour explication de vote.
M. Alexandre Basquin. Vous n’ignorez pas que la défense d’un tel amendement peut aussi servir à pointer les difficultés rencontrées en matière de visites médicales et à dénoncer le manque criant de moyens alloués aux infirmières scolaires. En cela, il s’agit en quelque sorte d’un amendement d’appel ; pour autant, nous tenons à le maintenir.
Mme la présidente. L’amendement n° 36, présenté par Mme Morin-Desailly, au nom de la commission, est ainsi libellé :
Après l’article 6
Insérer un article additionnel ainsi rédigé :
La loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique est ainsi modifiée :
1° Après la section 3 du chapitre II, est insérée une section ainsi rédigée :
« Section…
« Protection des mineurs en ligne
« Art. 6-9. – I. – Les fournisseurs de services de réseaux sociaux en ligne exerçant leur activité en France refusent l’inscription à leurs services des mineurs de treize ans. Ils suspendent également, dans les meilleurs délais, les comptes déjà créés et détenus par ces mineurs.
« Ils refusent l’inscription à leurs services des mineurs de seize ans âgés de plus de treize ans, sauf si l’autorisation de cette inscription est donnée par l’un des titulaires de l’autorité parentale sur le mineur. Ils recueillent également, dans les mêmes conditions et dans les meilleurs délais, l’autorisation expresse de l’un des titulaires de l’autorité parentale relative aux comptes déjà créés et détenus par des mineurs de seize ans âgés de plus de treize ans.
« Lors de l’inscription, ces entreprises délivrent une information à l’utilisateur de moins de seize ans et aux titulaires de l’autorité parentale sur les risques liés aux usages numériques et les moyens de prévention de ces risques. Elles délivrent également à l’utilisateur de moins de seize ans une information claire et adaptée sur les conditions d’utilisation de ses données et de ses droits garantis par la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés.
« L’un des titulaires de l’autorité parentale peut demander aux fournisseurs de services de réseaux sociaux en ligne la suspension du compte du mineur de seize ans.
« Lors de l’inscription d’un mineur, les fournisseurs de services de réseaux sociaux en ligne activent un dispositif permettant de contrôler le temps d’utilisation de leur service et informent régulièrement l’usager de cette durée par des notifications.
« Afin de vérifier l’âge des utilisateurs finaux et l’autorisation de l’un des titulaires de l’autorité parentale, les fournisseurs de services de réseaux sociaux en ligne utilisent des solutions techniques conformes à un référentiel élaboré par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, après consultation de la Commission nationale de l’informatique et des libertés.
« II. – Lorsqu’il constate qu’un fournisseur de services de réseaux sociaux en ligne n’a pas mis en œuvre de solution technique certifiée pour vérifier l’âge des utilisateurs finaux et l’autorisation de l’un des titulaires de l’autorité parentale de l’inscription des mineurs de seize ans âgés de plus de treize ans, le président de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique adresse à ce fournisseur, par tout moyen propre à en établir la date de réception, une mise en demeure de prendre toutes les mesures requises pour satisfaire aux obligations prévues au I. Le fournisseur dispose d’un délai de quinze jours à compter de la mise en demeure pour présenter ses observations.
« III. – Lorsque le fournisseur concerné ne se conforme pas à la mise en demeure qui lui est adressée en application du II du présent article, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique peut prononcer une sanction pécuniaire dans les conditions prévues à l’article 42-7 de la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication.
« Le montant de la sanction prend en compte la nature, la gravité et la durée du manquement, les avantages tirés de ce manquement et les manquements commis précédemment.
« Le montant de la sanction ne peut excéder la somme de 150 000 euros ou 2 % du chiffre d’affaires mondial hors taxes réalisé au cours de l’exercice précédent, le plus élevé des deux montants étant retenu. Ce maximum est porté à 300 000 euros ou à 4 % du chiffre d’affaires mondial hors taxes, le plus élevé des deux montants étant retenu, en cas de réitération du manquement dans un délai de cinq ans à compter de la date à laquelle la première sanction est devenue définitive.
« Les sanctions pécuniaires sont recouvrées comme les créances de l’État étrangères à l’impôt et au domaine.
« IV. – Les obligations prévues au I ne s’appliquent ni aux encyclopédies en ligne à but non lucratif ni aux répertoires éducatifs ou scientifiques à but non lucratif.
« V. – Les modalités d’application du présent article sont fixées par un décret en Conseil d’État, pris après avis de la Commission nationale de l’informatique et des libertés. » ;
2° Le I de l’article 57 est ainsi modifié :
a) Au premier alinéa, les mots : « 1er à 12 » sont remplacés par les mots : « 1er à 6-8, 7 à 12 » ;
b) Après le premier alinéa, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :
« L’article 6-9 de la présente loi est applicable en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis-et-Futuna dans sa rédaction résultant de la loi n° … du … visant à protéger les jeunes des risques liés à l’exposition aux écrans et des méfaits des réseaux sociaux, et à les accompagner vers un usage raisonné du numérique. »
La parole est à Mme la rapporteure.
Mme Catherine Morin-Desailly, rapporteure. Le législateur a souhaité, par la loi du 7 juillet 2023 visant à instaurer une majorité numérique et à lutter contre la haine en ligne, fixer une majorité numérique. Je tiens d’ailleurs à saluer cette initiative de notre collègue député Laurent Marcangeli, sous le nom duquel cette loi est mieux connue.
Toutefois, les dispositions de cette loi ne sont jamais entrées en vigueur, puisqu’elles requéraient l’adoption d’un décret que le Gouvernement n’a jamais pris, à la suite des observations de la Commission européenne.
Toutefois, le 14 juillet 2025, cette dernière a dévoilé ses lignes directrices sur l’application du règlement sur les services numériques. Elle a indiqué à cette occasion que le recours à un dispositif de vérification de l’âge est approprié « lorsque […] le droit national […] prescrit un âge minimum pour accéder […] à une plateforme en ligne ». Ainsi, la Commission a introduit la possibilité, pour chaque État membre, de fixer un tel âge minimal d’accès à des services numériques.
Comme vous le savez, la résolution européenne que j’évoquais tout à l’heure, qui a été adoptée par le Sénat, en juin dernier, sur mon initiative, préconisait déjà une telle mesure. Au cours de nos travaux préparatoires sur le présent texte, nous avons interrogé l’Arcom et la Cnil et examiné, ces derniers jours, toutes les options envisageables.
Compte tenu des travaux menés de longue date par le Sénat sur ces sujets et des prises de position claires que j’ai rappelées, nous avons finalement choisi d’inscrire dans le texte, au moyen du présent amendement, des dispositions qui pourront, le cas échéant, être précisées au cours de la navette parlementaire.
Ainsi, aux termes de cet amendement, les mineurs ayant entre 13 et 16 ans devront recueillir une autorisation parentale pour pouvoir s’inscrire sur un réseau social. Il s’agit de responsabiliser les parents et de leur permettre d’engager un dialogue avec leurs enfants sur leurs usages numériques. Une telle mesure sera selon nous plus efficace qu’une interdiction pure et simple.
Cet amendement vise également à obliger les plateformes à bloquer l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de 13 ans, âge minimal qui fait consensus. Elles ne le font pas aujourd’hui : certes, elles prétendent interdire l’usage de leurs services en dessous de cet âge, mais ne vérifient pas réellement l’âge des utilisateurs. Nous voulons qu’elles mettent en place un système de vérification d’âge qui soit robuste et conforme à un référentiel de l’Arcom.
Je tiens par ailleurs à souligner que cette proposition est conforme à la position que le Parlement européen a exprimée le 26 novembre 2025 en adoptant, à l’unanimité des groupes politiques d’ailleurs, le rapport d’initiative sur la protection des mineurs.
Celui-ci présente l’avantage de proposer une solution susceptible d’être adoptée dans l’ensemble de l’Union européenne, ce qui faciliterait considérablement son application. Il renvoie les plateformes à leurs responsabilités quant à la mise en œuvre effective de la protection des jeunes dont elles se prévalent elles-mêmes.
Mme la présidente. Quel est l’avis du Gouvernement ?
M. Edouard Geffray, ministre. Si vous me le permettez, je prendrai un peu plus de temps pour exposer l’avis du Gouvernement sur cet amendement, dont l’objet est à l’évidence extrêmement substantiel et même, à vrai dire, un peu trop pour que le Gouvernement puisse lui être favorable ; je veux vous en expliquer les raisons.
Je tiens avant tout à rappeler que nous partageons, bien entendu, l’objectif global du dispositif proposé. Une convergence très forte se fait jour pour limiter l’accès des jeunes mineurs aux réseaux sociaux ; le Gouvernement y travaille, en lien avec ses partenaires européens.
Toutefois, votre proposition, madame la rapporteure, pose plusieurs difficultés.
En premier lieu, l’âge minimal de 13 ans que vous souhaitez instaurer paraît insuffisant au Gouvernement si nous voulons protéger la santé physique et psychique des élèves, ou plutôt des jeunes dans leur ensemble – j’emploie le terme d’« élèves » sans doute par déformation professionnelle… (Sourires.)
Un consensus est plutôt en train de se construire, notamment à l’échelon européen, autour de l’âge de 15 ans ; celui de 16 ans est même envisagé par plusieurs pays et a été retenu, tout récemment, par l’Australie. Ici, l’âge de 15 ans figure déjà dans le règlement général sur la protection des données (RGPD), ainsi que dans la loi du 6 janvier 1978 dite Informatique et Libertés. Il serait cohérent de prévoir un consentement autonome autour de l’âge de 15 ans, plutôt que de l’abaisser à 13 ans, même avec les précautions que vous prévoyez.
En second lieu, vous n’ignorez pas le débat juridique que suscitent de telles dispositions. Certes, la question est technique, mais ce que vous proposez n’est tout de même pas neutre au regard du droit européen. Votre amendement nous ayant été soumis assez récemment, nous n’avons pas pu conclure, à ce jour, à la conventionnalité de son dispositif. De fait, celui-ci est assez proche de celui de la loi Marcangeli de 2023, dont vous savez qu’elle a rencontré des obstacles juridiques, notamment au regard de sa compatibilité avec le règlement européen sur les services numériques.
Il n’en reste pas moins que nous souhaitons avancer très clairement et rapidement sur le sujet de la majorité numérique. C’est pourquoi le Gouvernement travaille actuellement à un dispositif qui serait conforme à la fois au droit européen et à notre ambition en termes d’âge retenu. Une fois ce travail accompli, et dans le prolongement des annonces du Président de la République sur le numérique et les réseaux sociaux, le Gouvernement déposera, au mois de janvier prochain, un projet de loi dont les dispositions devront être pleinement opérantes et conformes à la législation européenne.
Je le redis, un travail juridique exhaustif doit être mené pour mettre en œuvre cette ambition, dont le Président de la République a réaffirmé le caractère prioritaire. Ma collègue chargée du numérique, Anne Le Hénanff, et moi-même vous soumettrons une rédaction qui permettra, je le pense, de satisfaire tout le monde.
Pour l’ensemble de ces raisons, je vous invite donc, madame la rapporteure, à retirer cet amendement ; à défaut, le Gouvernement émettra un avis défavorable.
Mme la présidente. La parole est à M. Max Brisson, pour explication de vote.
M. Max Brisson. Je voudrais apporter tout mon soutien à l’amendement de Mme la rapporteure.
Monsieur le ministre, notre commission de la culture travaille depuis très longtemps sur ce sujet. Catherine Morin-Desailly a effectué un travail remarquable, qui a donné lieu à de nombreux échanges dans cet hémicycle et en commission.
Je conviens avec vous que cet amendement est substantiel ; son adoption donnerait d’ailleurs à cette proposition de loi une ossature plus forte que sa version initiale. J’admets volontiers aussi que le dispositif proposé méritera certainement d’être précisé au cours de la navette.
J’ai bien entendu les propos du Président de la République sur ce sujet, mais nous y avions beaucoup travaillé avant qu’il ne lui vienne l’idée de faire une annonce supplémentaire. Dès lors, le Gouvernement s’honorerait aujourd’hui à reconnaître ce travail en se montrant favorable à l’amendement de Mme Morin-Desailly.
Ce faisant, il ne renoncerait nullement au travail et aux échanges qui pourraient être menés pour préciser les choses et parvenir à une rédaction encore meilleure. C’est tout ce que nous souhaitons, mais ce processus doit partir du travail accompli par le Sénat, qui se traduit dans le présent amendement de notre rapporteure, à qui je veux exprimer à nouveau toute ma gratitude, ainsi que celle du groupe Les Républicains, pour le travail qu’elle mène sur ce sujet.
Mme la présidente. La parole est à Mme Marie-Do Aeschlimann, pour explication de vote.
Mme Marie-Do Aeschlimann. Je m’associe au soutien à cet amendement que vient d’exprimer mon collègue Max Brisson. Certes, nul n’ignore que cette problématique bien documentée ne sera pas simple à régler – en témoigne d’ailleurs l’échec de la loi Marcangeli. Il ne faudrait pas pour autant en rester là et mettre un terme à nos efforts. Cet amendement peut avoir des effets positifs et mérite d’être adopté.
Je rappelle qu’il existe des stratégies de contournement, bien connues des jeunes. Grâce à un VPN, un réseau virtuel privé (Virtual Private Network), ils font croire qu’ils se connectent d’un pays leur autorisant l’accès aux réseaux sociaux. Ainsi, ils se soustraient aux règles que nous mettons en place.
Néanmoins, cet amendement est symbolique : il vise à poser un problème et à proposer des solutions.
Par ailleurs, son adoption aurait le mérite de permettre au jeune et à ses parents d’instaurer un dialogue et de nouer une relation de confiance. C’est un aspect positif qu’il faut encourager, car on ne parviendra pas à répondre à la question de l’exposition des enfants aux écrans, et aux réseaux sociaux en général, exclusivement par des interdictions. Comme la rapporteure l’a indiqué, il faudra de la formation, de l’information, mais aussi un partage de responsabilité entre les parents et les enfants, et au-delà avec l’ensemble des acteurs du numérique. Sur ce sujet, les plateformes ne sont pas les seules concernées.
Malgré les difficultés qu’a rappelées M. le ministre, je vous invite à voter cet amendement, mes chers collègues.
Mme la présidente. La parole est à Mme Sylvie Robert, pour explication de vote.
Mme Sylvie Robert. Je soutiens également cet amendement.
Cette proposition de loi, déposée il y a plusieurs mois, est enfin examinée aujourd’hui et s’inscrit dans un contexte particulier. Elle entre en effet en résonance avec la décision de l’Australie, mais également avec la position claire qu’a prise le Président de la République à l’occasion de son tour de France.
Plus encore, cet amendement témoigne à mon sens d’un engagement fort du Sénat, singulièrement de la commission de la culture et de la rapporteure, sur ces questions.
Je sais bien qu’une proposition de loi a été déposée à l’Assemblée nationale et qu’un projet de loi serait en cours d’élaboration. Pour autant, le Gouvernement se montrerait à la hauteur de l’enjeu s’il reprenait le véhicule législatif en cours d’examen aujourd’hui, dont on sait qu’il sera voté. Avec son amendement, Mme la rapporteure ne propose pas de solutions toutes faites, car elle mesure, comme nous, la complexité juridique de ce sujet, mais nous aurons l’occasion d’y revenir au cours de la navette parlementaire.
Toutefois, il est important de responsabiliser les parents d’enfants âgés de 13 à 16 ans et de reconnaître que, quand bien même elle n’est pas suffisante, l’interdiction aura un impact sur un ensemble d’acteurs. Une position unanime pourrait se dégager sur cette base.
L’adoption de cet amendement serait également cohérente avec les décisions qui sont prises à l’échelon européen, dont il a beaucoup été question, comme la résolution visant à l’application stricte du cadre réglementaire numérique de l’Union européenne et appelant au renforcement des conditions d’une réelle souveraineté numérique européenne, adoptée ici même, dont Catherine Morin-Desailly était également rapporteure.
Il me semble donc important de conserver ce véhicule législatif pour poursuivre le débat. Cela nous permettrait de gagner en efficacité et en rapidité. (M. Alexandre Basquin applaudit.)
Mme la présidente. La parole est à Mme la rapporteure.
Mme Catherine Morin-Desailly, rapporteure. Je tiens à répondre aux arguments avancés par M. le ministre.
Cet amendement ne tombe pas du ciel : il tient compte à la fois des travaux de la commission de la culture et de ceux de la commission des affaires européennes. Étant membre des deux, je suis bien placée pour connaître les questions de conformité, d’articulation et de respect du droit européen. C’est justement parce que la Commission européenne a bougé sur ce sujet que, dans le prolongement de la résolution européenne qui prévoyait déjà cette mesure, je défends une proposition de loi conforme à ce que tous les députés européens ou presque, toutes tendances politiques confondues, ont voté au mois de novembre dernier – ni plus ni moins.
On reproche assez aux parlements nationaux de ne pas être alignés avec Bruxelles. Sur ce sujet, ce n’est pas le cas. Il faut prendre en compte cet alignement, tout comme le rôle du Parlement – le Premier ministre a d’ailleurs rappelé que nous étions dans un régime parlementaire.
M. Max Brisson. Très bien !
Mme Catherine Morin-Desailly, rapporteure. L’adoption de cet amendement est une façon de prendre position et de faire avancer le débat. Évidemment, celui-ci devra se poursuivre, mais ce texte a le mérite de l’engager.
S’il était adopté, cet amendement permettrait d’inscrire dans la loi les travaux et le point de vue du Sénat. Nous voulons qu’ils soient reconnus et qu’ils alimentent la réflexion en cours, qui se traduira par d’autres initiatives.
M. Laurent Somon. Bravo !
Mme la présidente. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans la proposition de loi, après l’article 6.
Article 7
I. – Les éventuelles conséquences financières résultant pour les collectivités territoriales de la présente loi sont compensées, à due concurrence, par la majoration de la dotation globale de fonctionnement.
II. – Les éventuelles conséquences financières résultant pour l’État du I du présent article et de la présente loi sont compensées, à due concurrence, par la création d’une taxe additionnelle à l’accise sur les tabacs prévue au chapitre IV du titre Ier du livre III du code des impositions sur les biens et services.
III. – Les éventuelles conséquences financières résultant pour les organismes de sécurité sociale de la présente loi sont compensées, à due concurrence, par la création d’une taxe additionnelle à l’accise sur les tabacs prévue au chapitre IV du titre Ier du livre III du code des impositions sur les biens et services – (Adopté.)
Après l’article 7
Mme la présidente. L’amendement n° 32, présenté par Mme Aeschlimann, est ainsi libellé :
Après l’article 7
Insérer un article additionnel ainsi rédigé :
La présente loi est applicable de plein droit en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et dans les îles Wallis et Futuna.
La parole est à Mme Marie-Do Aeschlimann.
Mme Marie-Do Aeschlimann. Cet amendement vise à insérer un article additionnel après l’article 7 afin d’étendre explicitement le champ d’application de cette proposition de loi à la Nouvelle-Calédonie, à la Polynésie française et aux îles Wallis-et-Futuna. Georges Naturel s’associera volontiers à cette proposition.
Il s’agit de garantir une protection homogène des mineurs face aux risques liés à l’exposition aux écrans et aux réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire de la République. Il serait en effet difficilement compréhensible que le niveau de protection dont bénéficient les jeunes Français varie en fonction de leur lieu de résidence, alors même que les usages numériques et les risques qui y sont associés ne connaissent aucune frontière géographique.
Les modalités d’application de ces dispositions pourront être précisées au cours de la navette parlementaire, dans le respect du droit en vigueur et à l’issue des consultations locales requises, conformément à l’article 74 de la Constitution et aux statuts organiques des collectivités concernées.
Mme la présidente. Quel est l’avis de la commission ?
Mme Catherine Morin-Desailly, rapporteure. Il est vrai que la répartition des compétences entre l’État et les collectivités territoriales dépend du statut desdites collectivités.
Toutefois, cet amendement pose un principe : tous les enfants de la République ont droit à la même protection.
Sur le principe, la commission émet un avis favorable sur cet amendement. Toutefois, monsieur le ministre, cela nécessite qu’un travail plus fin soit mené avec vous, article par article. Ce travail peut tout à fait être effectué au cours de la navette parlementaire.
Mme la présidente. Quel est l’avis du Gouvernement ?
M. Edouard Geffray, ministre. Puisque l’on m’y invite, je le confirme : oui, ce travail sera mené.
C’est pourquoi le Gouvernement émet un avis favorable sur cet amendement, sous réserve que soient respectées les deux conditions qui ont été rappelées : d’une part, la tenue des consultations locales requises, d’autre part, le respect strict des compétences propres des collectivités précisées dans les lois organiques ad hoc, ce qui suppose d’élaborer un tableau de correspondances pour prévenir tout empiétement.
Mme la présidente. En conséquence, un article additionnel ainsi rédigé est inséré dans la proposition de loi, après l’article 7.
Intitulé de la proposition de loi
Mme la présidente. L’amendement n° 18 rectifié, présenté par Mme P. Martin, MM. Saury, Séné, Panunzi et Reynaud, Mmes Pluchet, Bellurot et Berthet, M. Chaize, Mmes Gosselin et Lassarade, M. J.B. Blanc, Mmes Borchio Fontimp et Eustache-Brinio, M. Naturel, Mmes Romagny et Bellamy, MM. Delia et Chevrollier, Mme Belrhiti, MM. Rojouan, Belin et Brisson et Mme Josende, est ainsi libellé :
Après le mot :
sociaux
insérer les mots :
et des jeux vidéo
La parole est à Mme Pauline Martin.
Mme Pauline Martin. Même si je sais les difficultés que soulèvent les amendements que j’ai déposés et retirés, il me reste un rêve : compléter l’intitulé de la proposition de loi afin d’y mentionner explicitement les jeux vidéo multijoueurs. Je rappelle que l’OMS reconnaît le trouble du jeu vidéo, ou gaming disorder, comme une maladie.
Les jeux vidéo gratuits en ligne, notamment accessibles sur smartphone, tels que Brawl Star, Roblox, Fortnite – faisons de la publicité ! –, comportent de nombreux mécanismes addictifs et touchent surtout les garçons, et ce de manière disproportionnée. Ces troubles progressent de manière très préoccupante. Ainsi, dans les départements, près de 70 % des demandes de consultation adressées aux établissements publics de santé mentale concernent les garçons de 10 à 16 ans présentant une addiction à ces jeux.
Il est donc nécessaire de s’en préoccuper de façon extrêmement sérieuse.


