B. VERS UN ORDRE « PLURILATÉRAL » ?
Comme le relève le CEPII31(*), face à l'essoufflement des négociations multilatérales, de nouveaux cadres plurilatéraux ont vu le jour. Ces négociations, réunissant un groupe limité de pays partageant des intérêts communs, visent à aboutir à des accords sectoriels ou thématiques, initialement à un sous-ensemble de membres de l'OMC, mais ouverts à d'autres États volontaires.
Pour autant, ces différentes formes de « plurilatéralisme » ne font pas l'unanimité et soulèvent des questions à la fois juridiques et économiques.
Plusieurs membres de l'OMC, en particulier l'Afrique du Sud et l'Inde, expriment de fortes réserves quant au développement d'initiatives plurilatérales. Pour ces pays, ces démarches s'écartent des principes constitutifs du système commercial multilatéral, en particulier du principe de la prise de décision par consensus, consacré à l'article IX : 1 des Accords de Marrakech.
Par ailleurs, une « OMC-1 », c'est-à-dire sans les États-Unis, comme cela peut parfois être envisagé, reviendrait à donner un rôle prépondérant à la Chine, unique superpuissance économique qui y participerait, alors même que celle-ci contrevient aux règles de l'OMC et que sa politique commerciale mercantiliste constitue un défi majeur pour le commerce mondial.
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Ce contexte géoéconomique marqué par le recul du droit et le retour aux logiques de puissance constitue la toile de fond de la guerre commerciale lancée par l'administration Trump au premier semestre 2025, guerre commerciale qui n'a nullement épargné les alliés de l'Amérique, contraignant en particulier les Européens à devoir négocier sous la menace de droits de douane prohibitifs avec un pays essentiel pour l'économie de l'Union européenne.
* 31 Antoine Bouët, Leysa Maty Sall et Jeanne Métivier, Le système commercial multilatéral sur le fil du rasoir, in L'économie mondiale 2025, CEPII, 2024, op. cit.