C. LA FRANCE APPARAÎT MOINS EXPOSÉE QUE CERTAINS DE SES PARTENAIRES AU MARCHÉ AMÉRICAIN

1. La France présente un profil d'exportations spécifique dominé par l'aéronautique, le luxe et les vins et spiritueux

En 2024, contrairement à l'Union européenne prise dans son ensemble, la France enregistrait un déficit commercial sur les biens de 4,2 Md€ vis-à-vis des États-Unis.

Alors que le solde de la France avec les États-Unis était excédentaire entre 2018 et 2021, il est en effet devenu déficitaire depuis 202234(*), principalement en raison de la décision d'importer massivement du gaz naturel liquéfié (GNL) américain pour réduire la dépendance française aux hydrocarbures russes, le GNL américain étant par ailleurs nettement plus cher que le gaz russe. Dans le même temps, les soldes commerciaux sont également devenus déficitaires dans les secteurs de l'aéronautique et des produits pharmaceutiques.

Évolution du solde commercial total et par produit entre la France
et les États-Unis depuis 2019 (en milliards d'euros)

Source : DGDDI/DSECE

En 2024, la France a exporté 48,5 Md€ de biens vers les États-Unis, soit 8,3 % de ses exportations totales, ce qui fait de ce pays son deuxième client, derrière l'Allemagne (78,0 Md€, soit 13,3 % de ses exportations totales), mais presque à égalité avec l'Italie (8,2 % du total). De son côté, la France est le quinzième fournisseur des États-Unis avec 1,8 % du total des importations américaines, loin derrière le Mexique (15,5 %), la Chine (13,4 %) et le Canada (12,6 %).

Principaux produits exportés par la France vers les États-Unis en 2024
(en milliards d'euros)

Source : DGDDI/DSECE

Les produits exportés par la France vers les États-Unis sont relativement diversifiés, puisque les trois premières catégories de biens ne représentent qu'un peu plus du tiers du total exporté.

Les produits de la construction aéronautique et spatiale sont les principales exportations françaises vers les États-Unis, pour un montant de 9,7 Md€ en 2024. Il s'agit principalement de turboréacteurs, d'avions et de parties d'avions et de turboréacteurs.

Figurent en deuxième position, pour un montant de 4,1 Md€, les boissons, au sein desquelles prédominent les cognacs, vins et champagnes.

Viennent ensuite les produits pharmaceutiques, principalement constitués de médicaments avec 3,8 Md€ d'exportations, puis les produits du secteur du luxe tels que les parfums et cosmétiques, le cuir, les bagages et les chaussures ou bien encore les articles d'habillement.

En 2024, les importations de la France originaires des États-Unis ont représenté pour leur part 52,7 Md€, ce qui fait de ce pays le troisième fournisseur de la France, derrière la Chine (71,5 Md€) et l'Allemagne (86,4 Md€).

Principaux produits importés par la France originaires des États-Unis en 2024 (en milliards d'euros)

Source : DGDDI/DSECE

Les premiers produits importés par la France des États-Unis sont, pour 10,5 Md€ les hydrocarbures naturels (pétrole brut, gaz naturel liquéfié) et les produits pétroliers raffinés et coke pour 3,2 Md€. Représentant plus d'un quart du total importé en valeur, ces importations de produits énergétiques ont significativement augmenté par rapport à la période précédant la guerre en Ukraine (9 % en moyenne entre 2015 et 2022), en raison de la décision de cesser les approvisionnements auprès de la Russie.

Suivent ensuite, pour 11,2 Md€, les produits de la construction aéronautique et spatiale, très majoritairement constitués de turboréacteurs et de parties d'avions et de turboréacteurs. Tout comme les chiffres des exportations de la France vers les États-Unis, ces données montrent l'imbrication très forte des industries aéronautiques et spatiales entre les deux rives de l'Atlantique.

Les produits pharmaceutiques, principalement des médicaments et des produits immunologiques, représentent pour leur part un dixième des importations françaises.

La France est ainsi le onzième client des États-Unis, avec 2,1 % de leurs exportations, loin derrière le Canada (16,9 % des exportations américaines), le Mexique (16,2 % des exportations américaines) et la Chine (7 % des exportations américaines).

2. L'Allemagne, l'Italie et l'Irlande, des États membres beaucoup plus exposés que la France au marché américain

Comme rappelé supra, le solde de l'UE avec les États-Unis dans le domaine du commerce de biens se révèle nettement excédentaire, de près de 198 Md€ en 2024.

Cet excédent repose pour près de la moitié sur l'Allemagne (exportations vers les États-Unis de 161 Md€ de biens pour un solde positif de 93 Md€), qui dispose de fortes positions sur le marché américain dans les domaines de la pharmacie, de l'automobile, des machines et du matériel électrique.

Parmi les pays qui présentent également des excédents avec les États-Unis figurent l'Irlande (exportations vers les États-Unis de 72 Md€ de biens pour un solde positif de 51 Md€), principalement grâce au secteur de la pharmacie, et l'Italie (exportations vers les États-Unis de 65 Md€ de biens pour un solde positif de 38 Md€), grâce aux machines et aux industries agroalimentaires.

À l'inverse, les Pays-Bas et, de façon moins marquée, l'Espagne, enregistrent un déficit avec les États-Unis.

Solde commercial total de l'Union européenne, de l'Allemagne, de l'Irlande,
de l'Italie, du Danemark, de l'Espagne et des Pays-Bas avec les États-Unis en 2019 et en 2024

Source : Eurostat et DGDDI

Au vu de ces données, il apparaît donc que l'Allemagne, l'Italie et l'Irlande sont nettement plus exposées que la France au marché américain et auraient donc eu beaucoup plus à perdre qu'elle à une guerre commerciale prolongée avec les États-Unis.


* 34 Le déficit commercial de la France vis-à-vis des États-Unis a atteint cette année-là 13 milliards d'euros, les États-Unis ayant fourni la moitié des importations françaises en valeur de GNL. La part des importations de GNL en provenance des États-Unis représente désormais un tiers du GNL importé par la France.

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