II. DES RELATIONS COMMERCIALES TRANSATLANTIQUES PROFONDÉMENT DÉSTABILISÉES PAR L'ADMINISTRATION TRUMP

A. LES RELATIONS COMMERCIALES ENTRE L'UNION EUROPÉENNE ET LES ÉTATS-UNIS SONT STRUCTURANTES POUR LES DEUX ZONES

Les relations commerciales transatlantiques sont fondamentales, tant pour l'Union européenne (UE) que pour les États-Unis, qui représentent ensemble 43 % du PIB mondial et 30 % du commerce mondial de biens et de services.

Au cours des dix dernières années, les échanges de biens et services entre les deux zones ont doublé pour atteindre 1 700 milliards d'euros en 2024, soit 4,2 milliards d'euros échangés chaque jour.

Évolution des échanges de biens et de services entre l'UE et les États-Unis
de 2014 à 2024

Source : Eurostat

Les États-Unis sont le premier client de l'UE, qui y expédie 21 % de ses exportations. Les États-Unis sont, pour leur part, le deuxième fournisseur de l'UE, avec 14 % de ses importations, derrière la Chine.

Contrairement à ce que soutient le président Trump, les échanges de biens et de services entre l'UE et les États-Unis sont globalement équilibrés puisque l'excédent commercial de l'UE avec les États-Unis représentait seulement 49 milliards d'euros en 2024, soit moins de 3 % du total de leurs échanges.

S'il est vrai que, dans le commerce de biens, l'UE réalise un excédent commercial de 198 milliards d'euros vis-à-vis des États-Unis, elle enregistre un net déficit de 148 milliards d'euros en matière de services, du fait notamment des droits de propriété intellectuelle des nombreuses filiales d'entreprises américaines en Europe ou de l'activité des grandes entreprises de la Tech américaine qui dominent sans partage notre marché.

Même si le protectionnisme monte aux États-Unis depuis une quinzaine d'années, en particulier lors de la première administration Trump, à la fin de l'année 2024, les deux tiers des exportations de l'UE vers les États-Unis étaient exemptés de droits de douane, et la moyenne pondérée des échanges était taxée à seulement 1 %, témoignant de la libéralisation très avancée du commerce entre les deux zones.

B. SIX MOIS DE MENACES ET DE REBONDISSEMENTS QUI ABOUTISSENT À L'ACCORD DE TURNBERRY

Les négociations menées entre l'administration Trump et la Commission européenne ont abouti, le 27 juillet 2025, à la signature de l'accord de Turnberry, un accord fondamentalement déséquilibré et asymétrique au profit des États-Unis et au détriment de l'Union européenne.

Pour obtenir cet accord négocié pendant plusieurs mois avec la partie américaine, la Commission européenne a accepté de supprimer les droits de douane sur tous les produits industriels américains. Elle s'est également engagée à élargir l'accès au marché européen, via des baisses de taux de droits de douane ou des hausses de quotas d'importation, pour certains produits de la mer et certains produits agricoles américains.

En contrepartie, les États-Unis ont mis en place des droits de douane de 15 % qui constituent à la fois un plancher et un plafond pour la plupart des exportations de l'UE.

Il s'agit donc, incontestablement, d'une défaite commerciale pour l'Union européenne qui, dans cette négociation, ne s'est pas positionnée comme une puissance commerciale majeure, la faisant apparaître comme un « vassal » des États-Unis.

Peut-être plus grave à long terme, l'accord de Turnberry a marqué l'abandon par l'Union européenne du respect des règles de l'OMC dont elle avait, jusqu'alors, toujours assuré la défense.

En effet, l'une des règles de base de l'OMC est celle de la « nation la plus favorisée » (NPF) : elle signifie que si le pays X accorde un traitement favorable au pays Y (par exemple en abaissant ses droits de douane), le pays X devra accorder le même traitement à tous les autres membres de l'OMC.

Or, en accordant aux États-Unis une suppression des droits de douane sur les produits industriels américains qu'elle importe, sans pour autant l'étendre aux autres membres de l'OMC, l'Union européenne a violé cette règle cardinale de la NPF.

Elle-même construite sur la règle de droit, se voulant la garante du système multilatéral construit au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l'UE a ainsi semblé céder au primat de la force sur le droit et donner sa caution au délitement du système commercial multilatéral.

La première raison pour laquelle l'Union européenne a préféré céder tient à sa dépendance à la protection militaire américaine.

La deuxième faiblesse majeure de l'Union européenne tient à l'existence d'intérêts différents entre ses États membres, avec en particulier trois États très exposés au marché américain - l'Allemagne, l'Italie et l'Irlande - qui avaient beaucoup à perdre en cas de surenchère.

Enfin, lorsque l'on compare ce qu'a obtenu l'Union européenne par rapport aux autres pays, elle n'apparaît pourtant pas si mal lotie puisque l'accord conclu par les États-Unis et l'UE est plus favorable que ceux conclus par le Japon ou la Corée du Sud.

L'ensemble des économistes entendus par la mission s'accordent à penser que la volatilité et l'imprévisibilité de l'administration Trump en matière de tarifs douaniers constituent une donnée structurelle, et qu'il faut par conséquent s'attendre à de nouvelles offensives. Il faudra que nous tenions bon, que nous fassions de l'accord de Turnberry un cadre stable et que nous refusions, bien entendu, tout chantage concernant les régulations européennes, notamment dans le domaine du numérique.

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