B. LA TEAM FRANCE EXPORT FACE AUX NOUVELLES RÉALITÉS DU COMMERCE INTERNATIONAL : LA NÉCESSITE DE « CHASSER EN MEUTE » À L'INSTAR DE L'ITALIE

1. Consolider la Team France export qui fonctionne encore trop en silo en s'inspirant du modèle italien

Ces dernières années, la prise de conscience qu'il était indispensable de mieux accompagner les entreprises françaises, en particulier les PME et les ETI, à l'exportation, a réalisé d'indéniables progrès, visibles notamment dans la structuration de la Team France Export qui vise à mutualiser les moyens des différents acteurs publics du soutien à l'export, et à articuler l'action de chacun, en proposant aux entreprises françaises un accompagnement lisible, efficace et orienté « résultats » à l'international.

Mais, face à la persistance d'une tendance à l'éparpillement des offres de service et des dispositifs d'accompagnement, beaucoup reste à faire pour maximiser le potentiel français à l'export et parvenir aux mêmes résultats que les pays européens les plus performants dans ce domaine, en particulier l'Allemagne et l'Italie.

Les fédérations professionnelles entendues par la mission ont ainsi salué le fait que les entreprises françaises disposent d'une palette d'outils publics de soutien à l'export particulièrement complète sur une très large couverture géographique. Elles ont néanmoins regretté que cette dernière soit aujourd'hui trop dispersée, mal utilisée voire méconnue des entreprises, pour lesquelles exporter constitue encore trop souvent un véritable parcours du combattant.

Or, progresser dans l'utilisation de ces outils est plus que jamais nécessaire à l'heure où les enjeux géopolitiques redeviennent un déterminant décisif du commerce international.

De fait, si 12 292 entreprises ont été accompagnées par la Team France Export en 2024, les impacts réels restent difficilement chiffrables.

La France compte 136 000 entreprises exportatrices qui ont généré 645 Md€ à l'export en 2024 là où :

- l'Allemagne, qui en compte 300 000, a généré pour 1 548 Md€ d'exportations ;

- l'Italie, avec 180 000 entreprises, a généré pour plus de 674 Md€ à l'export.

Il apparait clairement une incapacité à développer efficacement le volume des exportations de la France, ce qui devrait conduire à repenser le système d'appui au commerce extérieur, tant dans son architecture que dans sa gouvernance et ses outils.

S'agissant de l'État, la mission considère que si la France possède formellement un ministre délégué chargé du commerce extérieur, celui-ci ne dispose pas d'un ministère fort, si bien que cette problématique essentielle ne bénéficie pas d'un pilotage unifié.

Sans capacité réelle d'arbitrage, l'action publique en matière d'exportation reste fragmentée et insuffisamment efficace au regard des enjeux actuels. De fait, il faudrait mettre en place une doctrine de priorisation sectorielle à l'export, assumée politiquement, concentrant les moyens publics sur un nombre limité de filières stratégiques à fort potentiel (industrie, transition énergétique, santé, agro-tech, numérique souverain).

Créer un Conseil stratégique de l'export et de la compétitivité, rattaché au Premier ministre, associant parlementaires, filières, opérateurs publics et experts, chargé d'évaluer la stratégie d'export, d'anticiper les chocs commerciaux et de proposer des ajustements rapides serait également un outil particulièrement pertinent.

Enfin, toujours au niveau de l'État, il faudrait concentrer une partie de l'action diplomatique économique (ambassades, services économiques) sur des objectifs concrets de soutien à l'export, avec des feuilles de route pays intégrant les filières prioritaires françaises, les partenaires locaux identifiés et les obstacles réglementaires ciblés à lever.

S'agissant des opérateurs, Business France, auditionné par la mission, constitue l'opérateur public en matière d'accompagnement non-financier des entreprises françaises à l'international. Sa mission est d'aider les PME et ETI à se préparer, à prospecter et à se développer durablement sur les marchés étrangers. L'agence propose un accompagnement personnalisé fondé sur un diagnostic export, des conseils stratégiques adaptés, et la mise en relation avec des distributeurs ou investisseurs locaux. 12 000 entreprises sont ainsi accompagnées pour l'export sur 53 marchés, ce qui représente environ 23 000 projets.

Elle organise également des actions collectives de prospection, notamment à travers des pavillons France sur les grands salons internationaux, des missions de découverte de marchés et des opérations de communication visant à valoriser le savoir-faire français. Business France assure aussi la gestion du dispositif des Volontaires Internationaux en Entreprise (V.I.E), qui permet aux entreprises d'affecter des jeunes talents sur leurs projets à l'étranger, renforçant ainsi leur présence commerciale et leur capacité d'adaptation aux marchés locaux.

L'opérateur, dont la mission constate à regret qu'il attend toujours depuis plus d'un an la nomination d'un nouveau directeur général, concentre désormais, dans un contexte d'attrition de ses moyens, ses actions sur les marchés stratégiques, c'est-à-dire ceux présentant les plus fortes opportunités de croissance ou des enjeux géopolitiques et économiques majeurs pour la France.

Cette stratégie s'accompagne d'un ciblage renforcé des entreprises à fort potentiel export, notamment les PME et ETI susceptibles de se développer rapidement à l'international et de créer des emplois et de la valeur ajoutée. L'objectif, auquel la mission souscrit, est de concentrer les ressources publiques sur les entreprises et les marchés où l'impact de l'action publique sera le plus significatif.

Encore faut-il que ces ressources demeurent à un niveau acceptable. Or, la subvention de l'État au budget de Business France est gelée en volume à 66 M€ depuis 2017, ce qui signifie que sa valeur réelle a diminué de 30 % environ au cours des dernières années. À cette diminution est venue s'ajouter une annulation de 17 M€ de crédits en juin 2025, qui se traduira par un déficit de 13 M€ pour l'établissement cette année. Dans le même temps, l'Italie consacre quelque 240 M€ à son principal opérateur chargé de l'internationalisation de ses entreprises. Quelle que soit la qualité des équipes de Business France, elles ne peuvent obtenir les mêmes résultats que leurs homologues italiens avec des moyens près de quatre fois inférieurs.

Au-delà de la seule question budgétaire, les rapporteurs considèrent que le statut d'établissement public industriel et commercial (EPIC) de Business France lui confère des marges de manoeuvre qui ne sont pas aujourd'hui suffisamment utilisées pour développer d'autres missions au service des entreprises et pour générer de nouvelles sources de revenus, de façon à se rapprocher de l'efficacité de ses équivalents allemand et italien.

Bpifrance est de son côté chargée du financement de l'internationalisation des PME et ETI, mission qui s'appuie sur le Prêt Croissance International sans garantie et, depuis 2015, sur le métier du crédit export (270 M€ en 2024 pour 13 M€ en 2015).

En outre, depuis le 1er janvier 2017, Bpifrance assure, également, la gestion des garanties publiques à l'exportation au nom, pour le compte et sous le contrôle de l'État (soit 19 Md€ d'accords d'assurance- crédit en 2024 ainsi que 1,4 Md€ de cautions et préfinancements à l'export, 0,8 Md€ d'assurance change et 246 M€ d'accords d'assurance prospection).

Si ses missions se distinguent de celles de Business France et si les opérateurs travaillent en liaison étroites, force est de constater que certains chevauchements peuvent exister.

Par ailleurs, si l'action de Bpifrance à l'international parait adaptée, son module Export est manifestement sous-dimensionné par rapport à l'enjeu du soutien des PME et ETI françaises. Cette activité gagnerait en outre à devenir un outil intégré, de prospection, de conquête de marchés à grande échelle et de financement.

Au total, le sentiment qu'il existe à ce jour trop d'opérateurs et de dispositifs différents chargé d'accompagner les entreprises à l'export demeure prégnant pour les fédérations professionnelles entendues par la mission.

Celles-ci ont ainsi rappelé que coexistent toujours parmi les intervenants, outre Business France et Bpifrance qui jouent un rôle moteur, les Chambres de Commerce et d'Industrie (CCI), les Régions, les Conseillers du Commerce Extérieur ou bien encore les services économiques des ambassades à l'étranger.

Elles considèrent également que la concrétisation de la promesse d'un guichet unique, via la Team France Export, est limitée à cause du manque de coordination et de partage d'informations entre les différentes expertises précitées, qui tendent encore à trop fonctionner en silo.

Il s'agit donc de viser une intégration plus structurelle de certaines fonctions de la Team France Export pour bâtir une chaîne complète et cohérente, de la détection à l'accompagnement financier, et d'aligner les outils publics sur un modèle d'affaires export pérenne, piloté par les résultats concrets pour les entreprises.

À cet égard, la mission souscrit pleinement à la conviction exprimée par les représentants de Bpifrance lors de leur audition : « c'est en mettant l'entrepreneur au centre, et non les institutions, que nous éviterons les doublons, renforcerons la cohérence d'action, et ferons collectivement progresser la part de marché des entreprises françaises à l'international ».

Recommandation n° 21 : pour remédier à des aides aux entreprises désireuses d'exporter toujours trop dispersées, mal utilisées voire méconnues, renforcer le rôle de guichet unique de la Team France Export pour lutter contre le fonctionnement en silo des différents opérateurs.

Autre point régulièrement cité au cours des auditions : la nécessité de sensibiliser les entreprises et les acteurs publics comme privés qui participent à leur internationalisation à l'impératif d'utiliser une seule et même bannière pour promouvoir dans les Salons comme sur les marchés exports les savoir-faire français à l'international, à savoir la marque « France » gage de qualité, de sécurité et d'excellence reconnue par tous.

De fait, la coexistence de marques régionales, auxquelles les financeurs territoriaux notamment sont légitimement attachés, tend parfois à brouiller la lisibilité de l'origine française des produits exportés auprès des consommateurs étrangers, alors que les Italiens s'appuient sur la force de la marque « Italie », sans s'éparpiller entre les maques « Lombardie », « Campanie » ou « Toscane » bien moins visibles des consommateurs du monde entier.

Cette marque France doit constituer une labellisation nationale unique, lisible et exigeante, portée et promue par l'État, destinée à identifier les produits, services et savoir-faire français à l'export.

Elle doit devenir un outil offensif de différenciation commerciale, largement mobilisé dans les stratégies d'exportation, les Salons internationaux, les accords commerciaux et la diplomatie économique.

Recommandation n° 22 : s'appuyer sur la marque « France » pour exporter les produits français à l'international, en évitant la dispersion sous des marques régionales.

Enfin, là encore en s'inspirant de l'exemple italien, il est important d'inciter les entreprises françaises à « chasser en meute », de sorte qu'elles s'entraident et s'associent pour conquérir tel ou tel marché à l'international et que l'implantation dans un pays étranger d'une entreprise issue d'un bassin de production en France puisse bénéficier aux autres entreprises présentes dans ce même bassin de production.

Toujours dans la logique de casser les silos, il conviendrait de penser la politique de soutien à l'internationalisation des entreprises en lien étroit avec l'aide publique au développement, qui doit constituer un levier structurant pour notre commerce extérieur en particulier en orientant les missions du groupe AFD et de ses filiales mais également celles d'Expertise France et de Proparco.

Au-delà des instruments industriels, financiers et commerciaux classiques, la capacité de la France à renforcer durablement sa présence repose également sur des leviers immatériels encore insuffisamment mobilisés. La langue, la culture, les réseaux éducatifs et universitaires, ainsi que la francophonie facilitent l'accès aux marchés, structurent des relations économiques de long terme et favorisent des partenariats fondés sur la co-production, la co-formation et l'investissement durable.

La Francophonie n'est pas qu'un héritage culturel, c'est un avantage économique sous utilisé.

L'articulation plus systématique de ces leviers immatériels avec la diplomatie économique et les dispositifs de soutien à l'export permettrait de renforcer la capacité des entreprises françaises à s'insérer durablement dans les chaînes de valeur internationale, en particulier dans l'espace francophone et dans les régions en forte croissance.

2. S'appuyer davantage sur les entreprises françaises à l'étranger et sur la communauté des Français de l'étranger

Lors de ses auditions, la mission a pu constater que les entreprises françaises désireuses d'exporter s'appuyaient trop peu sur le formidable réseau que pourrait représenter pour elles les Français de l'étranger, et en particulier les entrepreneurs français installés à l'étranger.

De fait, ceux-ci connaissent l'économie de leur pays d'implantation, la réalité des marchés, disposent de liens avec les acteurs sur place et sont familiers du parcours particulier de la création d'une entreprise à l'étranger.

En outre, beaucoup d'entre eux développent des biens et des services français à l'étranger et promeuvent l'image de la France à l'international. Ils sont de ce fait de réels acteurs de la diplomatie économique française et peuvent devenir des acteurs majeurs du développement commercial de la France.

C'est la raison pour laquelle il conviendrait de recenser de façon rigoureuse, centralisée et opérationnelle ces entrepreneurs français à l'étranger et de mieux les valoriser, par la création d'un label « Made by French », mesures portées par la proposition de loi d'Evelyne Renaud-Garabedian visant à reconnaître et à soutenir les entrepreneurs français à l'étranger adoptée par le Sénat le 30 mai 2023174(*) et qu'il conviendrait d'inscrire rapidement à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale.

Les volontaires internationaux en entreprise (VIE) constituent également une formidable force française à l'international, dont il conviendrait de mieux analyser et valoriser le rôle pour l'intégrer comme un pilier de la stratégie française à l'export.

Plus largement, il paraît clair que les quelque 3 à 3,5 millions de Français vivant à l'étranger175(*) pourraient davantage être mobilisés pour soutenir le commerce extérieur français, les diasporas de certains pays représentant des relais économiques beaucoup plus actifs pour leurs pays d'origine.

Structurer un réseau officiel de relais économiques étrangers pro-France, incluant importateurs, distributeurs, investisseurs et prescripteurs locaux, notamment dans les pays tiers serait enfin susceptible de donner à notre pays un véritable atout supplémentaire. Ces acteurs, directement exposés aux barrières commerciales, doivent être intégrés à la stratégie française de promotion de nos exportations.

Recommandation n° 23 : s'appuyer davantage sur les entreprises françaises à l'étranger et sur la communauté des Français de l'étranger comme ambassadeurs des exportations françaises.


* 174 Proposition de loi, adoptée par le Sénat, visant à reconnaître et à soutenir les entrepreneurs français à l'étranger, n° 1296, déposée le mercredi 31 mai 2023.

* 175 Au 31 décembre 2024, le nombre d'inscrits au Registre des Français établis hors de France s'élève à 1 741 942, mais l'inscription au registre des Français établis hors de France n'est pas obligatoire. On estime ainsi le nombre global de Français vivant à l'étranger, y compris ceux qui ne sont pas inscrits au registre, autour de 2,5 millions.

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