TRAVAUX DE LA COMMISSION
Réunie le
mardi 16 juillet 2003
, sous la
présidence de
M. Nicolas About, président,
la commission a
procédé à
l'examen du rapport de M. Dominique
Larifla
, sur la
proposition de loi n° 394
(2002-2003), en
deuxième lecture,
visant à restreindre la consommation de
tabac chez les jeunes
.
M. Dominique Larifla, rapporteur
, a présenté les grandes
lignes de son rapport (cf. exposé général ci-avant).
M. Louis Souvet
s'est indigné de l'appellation
« paquets enfants » attribuée aux paquets de moins
de dix-neuf cigarettes. Il s'est interrogé sur la
possibilité de développer les produits de substitution pour les
fumeurs dépendants. Il a enfin insisté sur la
nécessité, pour les enseignants, de donner l'exemple en
matière de tabagisme et donc de faire respecter la
« loi Evin » dans les établissements scolaires,
y compris par les professeurs.
M. Francis Giraud
a déploré l'absence de vision globale en
matière de comportements à risques pendant l'enfance et
l'adolescence et a souligné l'importance d'une éducation
sanitaire dès le plus jeune âge.
M. Paul Blanc
s'est dit choqué de la concentration des
débats à l'Assemblée nationale sur la question du papier
à rouler, estimant que ce mode de consommation du tabac était
sans doute le moins toxique et que, pour aller au bout de leur logique, les
députés auraient dû inclure le cigare dans les produits
plus lourdement taxés.
Rappelant les cinq priorités de l'organisation mondiale de la
santé (OMS) en matière de lutte contre le tabagisme que sont
l'interdiction de la publicité, l'augmentation du prix du tabac, la
lutte contre le tabagisme passif, l'aide au sevrage et l'éducation et
l'information sur les risques liés au tabac,
M. Gilbert Chabroux
a observé que la proposition de loi ignorait trois de ces cinq
priorités et qu'en conséquence, elle relevait d'un simple
affichage politique.
Mme Nelly Olin
a insisté sur la nécessité
d'instaurer de véritables programmes de prévention dans les
établissements scolaires et a estimé que cette prévention
commençait par une application réelle de la « loi
Evin » dans ces établissements.
M. Nicolas About, président,
a tenu à rappeler que la
proposition de loi de M. Bernard Joly avait, dès l'origine, un
objet limité et qu'elle serait complétée par deux textes
à venir : le projet de loi de financement de la
sécurité sociale et le projet de loi relatif à la
santé publique.
M. André Lardeux
a dénoncé l'absence d'application
de la « loi Evin » par l'éducation nationale et a
soutenu une plus grande implication de la médecine scolaire dans la
prévention du tabagisme. Il a rappelé les risques liés aux
phénomènes de prohibition et estimé que la proposition de
loi constituait un signal qui devrait nécessairement être
complété.
M. Serge Franchis
a rappelé que tout interdit constituait pour
les adolescents un attrait. Il a insisté sur la nécessité
d'améliorer l'aide au sevrage pour les fumeurs dépendants.
M. Jean-Louis Lorrain
a regretté l'approche trop partielle de la
proposition de loi et a plaidé pour un texte général sur
les conduites à risques des adolescents. Il a estimé que les
travaux de la commission d'évaluation de la
« loi Evin » avaient été trop peu
exploités.
M. Alain Vasselle
a estimé que les interventions des
différents commissaires préfiguraient le débat qui aurait
lieu à l'occasion de l'examen du projet de loi relatif à la
santé publique et il a regretté que la prévention du
tabagisme chez les jeunes soit séparée du reste de la politique
de santé publique. Il a insisté pour qu'un accent plus important
soit mis sur la prévention du tabagisme. Il a également
souligné la nécessité de mieux évaluer le
coût du tabagisme pour la sécurité sociale et de ne pas se
concentrer uniquement sur les recettes issues des droits sur le tabac.
S'agissant de la prévention,
M. Michel Esneu
a plaidé
pour la nécessaire réhabilitation de la visite médicale
dans les collèges, estimant qu'une confrontation individuelle avec un
médecin avait plus d'impact sur les adolescents que les réunions
d'information collectives.
M. Jean Chérioux
a souligné l'importance de
l'exemplarité et du témoignage de la part des adultes en
matière de lutte contre le tabagisme. Il s'est notamment
inquiété de l'influence négative du cinéma et de la
télévision. Il a estimé que l'interdiction de la vente de
tabac aux mineurs ne pouvait être qu'une mesure secondaire.
Mme Annick Bocandé
a tenu à distinguer les motivations des
enfants et des adolescents face au tabac : alors que, dans l'enfance, la
cigarette est un moyen d'imiter les adultes, elle s'inscrit, pendant
l'adolescence, dans un ensemble de conduites à risques qui doivent
être considérées de manière globale. Elle a
également insisté sur la nécessité d'une
prévention spécifique en direction des femmes qui tienne compte
de l'impact du tabagisme sur leurs futurs enfants.
M. Alain Gournac
a observé que les buralistes avaient d'ores et
déjà annoncé qu'ils refuseraient de contrôler
l'âge de leurs jeunes clients et que, par conséquent,
l'interdiction de vente de tabac aux mineurs de seize ans ne serait
efficace que complétée par des mesures de prévention
appropriées.
M. Guy Fischer
a souligné l'incapacité de la France
à mettre en oeuvre une véritable politique de prévention.
S'agissant de la hausse des prix du tabac, il a noté que celle-ci
nourrissait la contrebande et que les principaux distributeurs avaient
détourné cette mesure de son objet et
préféré réduire leur marge.
Mme Sylvie Desmarescaux
a estimé que la priorité en
matière de lutte contre le tabac devait être de faire respecter la
« loi Evin » et de mettre en place une
prévention spécifique vis-à-vis des jeunes.
M. Louis Souvet
a rappelé qu'il existait toute une filière
économique autour du tabac et qu'il convenait d'évaluer l'impact
des différentes mesures de lutte contre le tabagisme sur les producteurs
primaires.
M. Nicolas About, président,
a observé que la consommation
de tabac avait longtemps été encouragée, notamment dans le
cadre du service militaire où le tabac était distribué
gratuitement aux appelés, et que l'on était passé d'une
consommation de tabac de type initiatique à une véritable drogue.
Il a également rappelé qu'aucune étude scientifique,
à ce jour, n'avait pu réellement démontrer les effets
nocifs du tabagisme passif, même s'il fallait faire preuve de prudence
dans l'analyse de ce phénomène. C'est la raison pour laquelle il
a estimé que, dans le cadre de la préparation du projet de loi
relatif à la santé publique, un effort de recherche et de
clarification devrait être mené afin que le débat puisse
s'appuyer sur des données incontestables partagées par tous. A
cet égard, il a insisté pour qu'une comparaison soit faite entre
les coûts et les recettes liés au tabac dans les comptes de la
sécurité sociale.
S'agissant de la hausse des prix du tabac, il a estimé que la
réduction des marges des distributeurs était prévisible.
Il a enfin observé que l'interdiction de la vente du tabac aux mineurs
aurait au moins pour effet de faire prendre conscience aux parents de la
nécessité d'éviter de mettre leurs enfants en contact avec
le tabac.
Répondant à l'ensemble des intervenants,
M. Dominique Larifla,
rapporteur,
a rappelé que la proposition de loi de M. Bernard Joly
avait d'emblée affiché une ambition limitée : celle
d'un signal qui devrait nécessairement être complété
par le projet de loi relatif à la santé publique. Il a enfin
estimé que ce futur projet de loi devrait mieux prendre en compte les
enseignements de la commission d'évaluation de la « loi
Evin ».
La commission a alors adopté la proposition de loi