C. UNE VOLONTÉ DES BRICS DE PESER DANS UN ORDRE INTERNATIONAL CONSIDÉRÉ COMME DÉSÉQUILIBRÉ AU PROFIT DE L'OCCIDENT
L'acronyme BRIC, créé en 2001 par l'économiste britannique Jim O'Neill pour désigner le potentiel économique du Brésil, de la Russie, de l'Inde et de la Chine, est devenu BRICS en 2011 avec l'adhésion de l'Afrique du Sud, puis BRICS+ en 2024. L'adhésion de nouveaux membres (Iran, Émirats arabes unis, Égypte, Éthiopie, Indonésie) a considérablement renforcé le poids économique et politique du groupe sur la scène internationale, puisqu'il représente désormais 46 % de la population mondiale et 29 % du PIB mondial10(*).
Les BRICS, qui se veulent les porte-paroles du « Sud Global », entendent rompre avec un ordre mondial jugé inégalitaire en augmentant leur influence tant au niveau économique que politique.
Ainsi, selon Hakim Ben Hammouda11(*), politiquement, ces pays adoptent désormais une stratégie de multi-alignement, rompant avec le non-alignement issu de la conférence de Bandung de 1955. Il s'agit de multiplier les partenariats avec les différents pôles de puissance - États-Unis, Chine, Russie, Europe, pays du Golfe - afin de défendre leurs intérêts, gagner en autonomie et réduire les risques géopolitiques. Cette diplomatie pragmatique, illustrée notamment par l'Inde ou l'Arabie saoudite, repose sur la flexibilité et sur la capacité à exploiter des avantages géostratégiques ou économiques. Économiquement, le « Sud global » poursuit une stratégie de derisking se traduisant par un renforcement des échanges Sud-Sud, une diversification des partenaires, un essor des accords de libre-échange et un soutien accru aux secteurs stratégiques. Ces stratégies constituent, en partie, une réponse à la géoéconomie post-Ukraine et au durcissement des politiques industrielles et commerciales occidentales, notamment américaines.
Ainsi, lors de la réunion des ministres du commerce des BRICS en mai 2025, le groupe a adopté une « Déclaration conjointe en faveur d'un commerce mondial plus juste et inclusif ». Dans ce document, les ministres des pays membres ont explicitement appelé à une réforme de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) afin d'adapter le système multilatéral aux réalités actuelles du commerce international et ont réaffirmé leur attachement à un système commercial multilatéral rénové.
Le même communiqué mentionne la finalisation prochaine d'une version révisée de la « Strategy for BRICS Economic Partnership 2030 », témoignant de l'intention des BRICS de bâtir une stratégie commune de coopération économique et commerciale entre ses membres, au-delà du simple échange bilatéral ponctuel.
Plus largement, les BRICS ne se contentent plus de revendiquer une simple place à la table mondiale, mais cherchent à construire des institutions et des partenariats qui donnent un poids concret au « Sud global », par exemple via la New Development Bank (NDB), institution de financement et de coopération alternative, pensée comme un contrepoids aux institutions historiques (FMI et Banque mondiale) considérées comme dominées par l'Occident.
De même, l'économie des BRICS ne s'appuie plus uniquement sur l'exportation de matières premières ou l'intégration dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, mais sur la construction d'un système plus autonome, intégrant développement, souveraineté, transformation locale et coopération régionale.
* 10 Iris, Les BRICS+ : vers une domination sans limites sur les marchés des matières premières ?, 30 mai 2024.
* 11 Hakim Ben Hammouda, Multi-alignement et de-risking. Les réponses du Sud global à la fragmentation du monde, Notes de l'IFRI, octobre 2024.