III. DES EXPORTATEURS FRANÇAIS INÉGALEMENT EXPOSÉS EN RAISON D'UNE POSITION FRANÇAISE SINGULIÈRE

A. DES EFFETS GLOBALEMENT NÉGATIFS, MAIS QUI DEVRAIENT RESTER RELATIVEMENT CONTENUS

En 2024, comme indiqué supra, la France a exporté 48,6 Md€ de biens vers les États-Unis, dont 44 Md€ ont été exportés par un peu moins de 14 700 entreprises des secteurs marchands non agricoles et non financiers. Pour l'ensemble des entreprises exportant vers les États-Unis, ce marché représente en moyenne 10,6 % de leurs exportations totales.

Présentent une exposition plus marquée au marché américain les entreprises appartenant aux secteurs des vins et spiritueux (21,9 % de leurs exportations), de la construction aéronautique ou navale (19,5 % de leurs exportations) et de la maroquinerie (15,2 % de leurs exportations). C'est également à ces mêmes secteurs qu'appartiennent la majorité des 2 000 entreprises françaises qui réalisent plus de 10 % de leur chiffre d'affaires aux États-Unis.

1. Un effet global sur les exportations françaises des droits de douane américains encore peu perceptible

Selon la direction générale du Trésor, la politique commerciale menée par les États-Unis depuis le début de l'année 2025 aura un effet négatif sur la croissance européenne et sur la croissance française : l'incertitude freine la consommation des ménages et l'investissement des entreprises, tandis que les droits de douane réduisent les exportations et perturbent l'organisation mondiale de la production en forçant une réorganisation des chaînes de valeur.

Cette situation devrait affecter négativement le PIB français de - 0,1 % en 2025 et de - 0,4 % en 2026 en niveau. À titre de comparaisons, l'Allemagne subirait une perte de - 0,1 % de PIB en 2025 et - 0,8 % en 2026 et l'Italie de - 0,1 % en 2025 et - 0,6 % en 202671(*).

Dans un premier temps, la perspective de mesures tarifaires semble avoir dynamisé les exportations de la France et de l'Union européenne vers les États-Unis (+ 6 % pour la France au premier trimestre 2025 par rapport au premier trimestre 2024, + 8 % pour l'UE hors Irlande). En particulier, les exportations de vins et de produits de maroquinerie français ont connu des hausses significatives, probablement en raison de la constitution de stocks par les importateurs américains désireux d'anticiper la mise en place de tarifs douaniers par l'administration Trump. Les exportations françaises vers les États-Unis ont ensuite légèrement diminué au deuxième trimestre avant de se stabiliser au troisième trimestre.

Au total, les exportations françaises vers les États-Unis ont augmenté de 2 % entre les trois premiers trimestres de 2024 et les trois premiers trimestres de 2025. Cette hausse est toutefois tributaire du dynamisme des exportations aéronautiques : sans ce secteur, les exportations totales de la France auraient en effet diminué de 2 % sur cette période. À noter que les exportations britanniques et allemandes vers les États-Unis ont pour leur part diminué de 5 % et de 7 % sur la même période.

Si ces premiers chiffres des exportations françaises paraissent rassurants, il demeure toutefois trop tôt, de l'avis des économistes et des administrations entendus par la mission, pour mesurer véritablement l'impact sur les exportations françaises des droits de douane « plancher » de 15 % mis en place à compter d'août 2025 en application de l'accord de Turnberry.

Évolution en glissement annuel des exportations de la France et de l'Union européenne hors Irlande vers les États-Unis de janvier à septembre 2025

Source : DGDDI72(*)

2. Incertitude permanente et complexité juridique, deux fléaux qui pénalisent tout particulièrement les PME et les ETI

Les représentants des principaux secteurs économiques entendus par la mission ont tous insisté sur le fait que l'instabilité permanente alimentée par l'administration Trump sur la question des droits de douane constituait pour les entreprises une vraie source de difficulté, dans la mesure où elle pénalisait leur capacité à investir, faute de capacité à se projeter dans un avenir clair et bien défini.

Si l'accord de Turnberry a sur ce point été vécu comme une façon de donner un cadre plus lisible et prévisible, les entreprises françaises et leurs représentants craignent néanmoins qu'il ne s'agisse là que d'une trêve et que les tensions commerciales se poursuivent avec les États-Unis, qu'il s'agisse de la mise en place de droits de douane sectoriels ou bien, le moment venu, d'une remise en cause par la partie américaine de tout ou partie du contenu de l'accord conclu en juillet 2025. D'autant que les États-Unis, en utilisant des executive order présidentiels, sont en mesure d'agir avec un très faible préavis, ce qui laisse peu de temps aux entreprises européennes pour s'adapter.

Autre point sur lequel a notamment insisté l'avocat en commerce international Stéphane Chasseloup, les droits de douane américains, au-delà de leur montant plus ou moins pénalisant selon les filières, sont source de complexité juridique, en particulier pour les PME et les ETI. Ces structures, peu familières des sujets douaniers, des règles d'origine des produits et du fonctionnement des douanes américaines, peinent à discerner les tarifs applicables à leurs produits exportés aux États-Unis.

À titre d'illustration, un parfum se verra taxé à 15 %, mais si son bouchon est en aluminium, la valeur de ce bouchon sera pour sa part taxée à hauteur de 50 % ; cette complexité renchérit les exportations vers les États-Unis.

3. Les effets supplémentaires du taux de change euro-dollar défavorable qui vient quasiment doubler l'impact des droits de douane

La politique tarifaire n'est pas le seul facteur - et sans doute pas le principal - expliquant l'évolution des échanges commerciaux franco-américains.

Un effet collatéral majeur des annonces de mesures tarifaires du président Trump a été en effet la dépréciation très significative du dollar. Il s'était fortement apprécié lors de l'élection, mais a, depuis, largement perdu le terrain gagné et baissé en-deçà du niveau pré-élection.

De janvier à septembre 2025, en parité moyenne mensuelle, le dollar s'est ainsi déprécié de plus de 13 % par rapport à l'euro. L'effet est comparable et vient s'ajouter à celui des tarifs douaniers américains imposés à l'UE avec le taux plancher de 15 %, engendrant un déficit de compétitivité aux États-Unis de près de 30 % en défaveur des produits européens et français par rapport à la période antérieure à l'élection du président Trump, ce qui est considérable.


* 71 Estimations réalisées à l'aide du modèle Oxford Economics.

* 72 La chute de 28 % en glissement annuel au mois de juin 2025 par rapport à juin 2024 est uniquement due à l'exportation exceptionnelle d'un navire de croisière en juin 2024. Sans cette vente, les exportations auraient baissé de seulement 1 % en juin.

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