B. DES SECTEURS TRÈS EXPOSÉS POUR LESQUELS DES EXONÉRATIONS DE DROITS DE DOUANE SONT À RECHERCHER EN PRIORITÉ
1. Un nouveau coup de massue pour les vins et spiritueux et, plus largement, pour le secteur agroalimentaire
Les États-Unis représentent près du quart des exportations françaises de vins et spiritueux.
Or, globalement stables au premier semestre 2025, les exportations de boissons ont fortement chuté à partir de juillet (- 30 % en glissement annuel en juillet, puis - 47 % en août et - 40 % en septembre). La moitié de la baisse des boissons est due au cognac, suivi par les vins et le champagne.
Au total, les exportations de boissons de la France vers les États-Unis ont ainsi diminué de 12 % entre janvier et septembre 2024 et janvier-septembre 2025, soit une baisse de 349 millions d'euros en valeur. Entre août-septembre 2024 et août-septembre 2025, elles ont baissé de 44 %, soit une diminution massive de 308 millions d'euros en valeur.
La bonne tenue des exportations au premier semestre s'expliquait de toute évidence par une anticipation des importateurs et distributeurs américains désireux de se constituer des stocks de précaution (y compris avec des droits de douane de 10 % à partir d'avril 2025) dans la crainte d'une aggravation des droits.
La chute brutale constatée à partir de juillet s'explique par la nécessité pour les distributeurs américains de déstocker. Une fois ces volumes écoulés, les nouveaux achats seront nettement plus onéreux, avec un impact direct sur le prix en linéaire.
Selon la Fédération des vins et spiritueux (FEVS) entendue par la mission, 1 % de hausse de prix des vins et spiritueux sur le marché américain implique une baisse mécanique de 0,8 % des volumes vendus. Or les prix des vins et spiritueux progressent désormais de près de 30 %, sous le double effet des droits de douane et du taux de change, ce qui laisse craindre une baisse des ventes supérieure à 20 % sur le marché américain.
Obtenir une exemption pour les vins et spiritueux - la filière viticole française subissant par ailleurs une crise profonde aux causes multiples - doit donc constituer une priorité que la France doit continuer à porter auprès de la Commission européenne dans le cadre des négociations commerciales d'exemptions prévu par l'accord de Turnberry.
Pour mémoire, la filière a déjà souffert des guerres commerciales du président Trump. En 2019, lors de son premier mandat, les vins, pris en otage dans le conflit Airbus-Boeing qui opposait l'Europe et les États-Unis, avaient été soumis à une hausse des droits de douane de 25 %. L'impact sur la filière viticole française avait été estimé à 450 millions d'euros pendant la période de sanctions, finalement levées à l'arrivée du président Biden au pouvoir.
S'agissant plus largement de l'agroalimentaire, traditionnellement l'un des points fort du commerce extérieur français aujourd'hui en grande difficulté, l'instauration d'un droit de douane américain de 15 % va inévitablement pénaliser un grand nombre de filières qui ne subissaient jusqu'alors aucun droit de douane, à l'instar de la filière laitière française, dont les exportations vers les États-Unis représentent 350 millions d'euros.
De fait, les États-Unis, deuxième client extra-communautaire des entreprises alimentaires françaises73(*), constituent un marché irremplaçable à court et moyen terme du fait du pouvoir d'achat des consommateurs américains, compatible avec la valeur ajoutée élevée des produits agroalimentaires français.
Recommandation n° 2 : élargir au maximum la liste des exemptions et régimes favorables négociés avec les États Unis pour inclure les produits agricoles et agroalimentaires, en particulier les vins et spiritueux, tout en préservant les acquis pour les filières.
Autre effet induit signalé aux rapporteurs par l'Association nationale des industries alimentaires (ANIA) : les produits initialement destinés au marché américain (mais frappés de droits de douane) seront redirigés vers d'autres zones, saturant ces marchés. Nos concurrents européens seront dans la même situation que les industriels français et chercheront à diversifier leurs débouchés rapidement. Les industries agroalimentaires françaises risquent alors de subir un effet de report de concurrence. Cela pourrait créer une pression accrue sur les débouchés traditionnels des industries agroalimentaires françaises, avec un risque de baisse des prix et de perte de parts de marché à la clef.
2. Une nouvelle fragilisation pour les filières des équipementiers automobiles et de la métallurgie
Alors que la métallurgie européenne, et en son sein la métallurgie française, connaît de profondes difficultés, dues en particulier à la faiblesse de la demande et aux surcapacités chinoises, la mise en place sur les exportations européennes d'acier et d'aluminium vers les États-Unis de droits de douane à hauteur de 25 % en mars puis 50 % en juin, a constitué une nouvelle très défavorable.
De fait, les conséquences n'ont pas tardé à se faire sentir, puisque les ventes d'acier français aux États-Unis ont chuté de plus d'un quart au cours des derniers mois.
Obtenir des quotas exonérés de taxe aux États-Unis dans le cadre des négociations prévues par l'accord de Turnberry constitue donc une nécessité pour ce secteur, en parallèle des mesures prévues pour le préserver de la concurrence chinoise (cf. infra).
Recommandation n° 3 : obtenir des quotas exonérés de taxe suffisamment importants pour permettre l'exportation vers le marché américain de l'acier, de l'aluminium et du cuivre français, touchés par des droits de douane prohibitifs de 50 %.
Si les constructeurs automobiles français sont malheureusement quasiment absents du marché américain, les équipementiers français fournissent en revanche les constructeurs allemands qui, eux, ont exporté quelque 600 000 véhicules aux États-Unis en 2024.
La diminution des droits de douane sur les automobiles de 27,5 % à 15 % grâce à l'accord de Turnberry constitue un soulagement, ce niveau de protection demeurant malgré tout très élevé par rapport à la situation antérieure, dans laquelle les automobiles européennes étaient taxées à 2,5 % lors de leur entrée sur le marché américain.
Aussi faut-il vraisemblablement s'attendre, en dépit de leur positionnement majoritairement haut de gamme qui rend leur demande a priori moins sensible aux hausses de prix, à un recul des ventes de véhicules allemands aux États-Unis, ce qui pénalisera indirectement les équipementiers français.
* 73 Le premier étant le Royaume-Uni.