C. DES SECTEURS A PRIORI MOINS MENACÉS
1. Des exemptions plus ou moins fragiles pour l'aéronautique et le secteur pharmaceutique
Premier exportateur français vers le marché américain, le secteur aéronautique et spatial bénéficiait depuis 1979 d'un accord entre l'Union européenne et les États-Unis prévoyant une absence réciproque de droits de douane.
Les droits de douane « réciproques » de 10 % mis en place en avril 2025 constituaient donc une mauvaise nouvelle pour la filière, ce qui ne l'a pas empêché de voir ses ventes vers les États-Unis progresser entre janvier-septembre 2024 et janvier-septembre 2025 de 17 %, soit une hausse de 1,2 Md€.
L'exemption obtenue dans le cadre de l'accord de Turnberry permet un retour à la situation antérieure, une excellente nouvelle pour un secteur très intégré des deux côtés de l'Atlantique, avec par exemple de nombreux sous-traitants français travaillant pour Boeing ou le partenariat entre Safran et General Electric pour les moteurs Leap d'avions moyen-courrier (familles A320 d'Airbus et 737 de Boeing).
Les produits pharmaceutiques sont eux aussi exonérés des droits « plancher » de 15 %, ce qui n'a toutefois pas empêché une diminution des exportations françaises de 7 %, soit 200 M€ en glissement annuel sur les trois premiers trimestres de 2025. Elle est propre à la France, les exportations de l'Union européenne, portées par celles de l'Irlande, ayant très fortement progressé au cours de cette période.
S'agissant des exportations de produits chimiques de base, la mission note que celles-ci ont fortement augmenté de 38 %, soit une hausse de 600 M€ au cours des trois premiers trimestres de 2025.
2. Un impact limité pour le secteur du luxe
Les États-Unis constituent un marché majeur pour le secteur du luxe, qu'il s'agisse de l'habillement, de la chaussure, de la joaillerie, de la maroquinerie ou bien encore des parfums et cosmétiques.
Ce secteur économique présentant des prix élevés, et reposant sur une valeur perçue lié à l'excellence des productions et du savoir-faire français, leurs consommateurs américains devraient a priori être moins sensibles que dans d'autres secteurs à la hausse des prix induite par les droits de douane. C'est la raison pour laquelle les groupes de luxe français entendent refacturer aux consommateurs l'essentiel voire l'intégralité de ces droits de douane.
Il conviendra toutefois de suivre avec attention l'évolution de leur chiffre d'affaires sur le marché américain, puisque les exportations de parfums et cosmétiques français ont par exemple enregistré de mauvais résultats sur les trois premiers trimestres de 2025, avec une baisse de 17 % de leur chiffre d'affaires, soit une diminution de quelque 360 M€.