B. FACE À CE CHOC CHINOIS, LE DÉBUT DE RÉACTION EUROPÉENNE A RÉVÉLÉ AU GRAND JOUR LES VULNÉRABILITÉS ET LES INSUFFISANCES DE LA POLITIQUE COMMERCIALE EUROPÉENNE

Au cours des dernières années, l'UE s'est trouvée trop souvent dans une posture réactive, cherchant à corriger ses vulnérabilités après-coup plutôt qu'à anticiper les évolutions stratégiques.

· L'épisode du photovoltaïque en est l'illustration la plus emblématique : malgré l'avance technologique initiale de ses industriels, l'Union a laissé la Chine s'imposer grâce à des subventions massives, jusqu'à provoquer l'effondrement de la filière européenne ; l'industrie solaire européenne ne produit plus qu'une fraction infime des panneaux installés sur son territoire, tandis que 98 % des importations européennes de panneaux solaires proviennent de Chine, plaçant l'Europe dans une situation de très forte dépendance.

· S'agissant des véhicules électriques chinois, l'UE a adopté des droits antisubventions significatifs, allant de 17 % à 35 % selon les constructeurs, ce qui a temporairement soutenu la production européenne et freiné les importations de près de 20 %. Toutefois, ces mesures demeurent limitées : leur niveau reste inférieur aux droits de 100 % appliqués par les États-Unis, leur champ d'application est restreint et les constructeurs chinois s'y adaptent rapidement, notamment en recourant à d'autres motorisations ou en implantant des usines en Europe. Sans politique industrielle cohérente, ces mesures risquent de n'offrir qu'un répit passager aux entreprises européennes.

· Dans l'acier, l'Union a enfin acté un virage protectionniste plus structurel, en présentant en octobre dernier une mesure de protection pérenne, visant à réduire fortement les volumes importés sans droits de douane et à renforcer la traçabilité pour contrer les contournements. Cette évolution traduit la volonté de protéger durablement une filière stratégique, face à la montée des surcapacités chinoises, mais elle reste fragile : plusieurs États membres pourraient s'opposer à l'adoption de cette mesure, en raison de l'impact attendu sur les coûts de production en aval, en particulier dans le secteur automobile.

· Enfin, la réponse européenne au déferlement de petits colis souffre également de lenteur et de fragmentation. Alors que certains États membres adoptent leurs propres taxes, l'Union peine à réformer son cadre douanier à un rythme compatible avec l'essor du e-commerce. Tandis que les États-Unis ont supprimé du jour au lendemain leur régime de minimis, qui exonérait de droits de douane les petits colis, la Commission européenne n'envisage une telle évolution qu'à l'horizon mi-2026. Le manque de moyens de contrôle et la faiblesse des sanctions limitent encore l'efficacité des règles existantes, laissant prospérer des pratiques commerciales et sécuritaires non conformes.

Ces épisodes révèlent des vulnérabilités profondes : une prise de décision trop lente, des instruments de défense commerciale inadaptés à l'ampleur des distorsions, et des divergences persistantes entre États membres. Pour préserver sa souveraineté économique, l'Union doit passer d'une logique de réaction tardive à une stratégie proactive, s'appuyant sur un éventail d'outils plus large.

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