IV. UN SURSAUT EUROPÉEN ET FRANÇAIS EST INDISPENSABLE POUR S'ADAPTER À LA NOUVELLE DONNE DU COMMERCE INTERNATIONAL

A. LA NÉCESSITÉ POUR L'EUROPE DE NOUER DES LIENS COMMERCIAUX PLUS ÉTROITS AVEC D'AUTRES PAYS, AFIN DE MOINS DÉPENDRE DES ÉTATS-UNIS ET DE LA CHINE

Ainsi, en 2025, le commerce mondial a progressé de plus de 500 milliards de dollars et devrait dépasser son niveau record de 2024. L'OMC prévoit encore une croissance, modeste mais réelle, en 2026, de 0,5 % pour les biens et 4,4 % pour les services.

Les recompositions en cours des échanges ne sont pas synonymes de « démondialisation ».

La question n'est pas de savoir si l'UE et la France doivent commercer, mais avec quels partenaires et selon quelles règles. Cette diversification est d'autant plus nécessaire que l'Europe dépend massivement de l'extérieur pour ses matières premières, ses composants technologiques, ses équipements énergétiques, etc.

C'est tout le sens des négociations en cours avec l'Inde, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande, l'Australie ou encore les Émirats arabes unis. Ces accords permettront d'approfondir nos relations avec ces partenaires en pleine émergence ou déjà parmi les plus développés, dans une zone Asie Pacifique de plus en plus centrale.

L'Europe ne doit cependant pas tourner le dos à son voisinage naturel qu'est l'Afrique. Ce continent concentre en effet une part décisive des ressources stratégiques : plus de la moitié du cobalt et du manganèse, une grande part du cuivre, du lithium ou des terres rares. Or, ces importantes richesses ne sont pas sans susciter les convoitises de nos compétiteurs et, en premier lieu, des deux superpuissances que sont la Chine et les États-Unis.

Au-delà des enjeux liés aux matières premières critiques, l'Afrique représente un important potentiel de croissance pour les entreprises européennes. À défaut d'une présence économique durable, le marché africain pourrait être perdu au profit d'autres acteurs. Plus largement, un véritable partenariat stratégique doit être construit avec l'Afrique. Longtemps abordé par la France principalement sous l'angle de l'influence politique et institutionnelle, le continent est désormais un espace de forte concurrence internationale, structuré par des offres économiques intégrées et des partenariats de long terme.

L'Europe doit également renforcer ses relations avec l'Amérique latine et les Caraïbes. Nos échanges restent en effet inférieurs à leur potentiel, en particulier avec les pays du Mercosur qui, ensemble, représentent la cinquième économie mondiale.

La diversification des partenariats ne doit pas conduire l'UE à sacrifier ses exigences.

L'exemple de l'accord avec le Mercosur en est l'illustration la plus frappante. Cet accord, négocié selon des logiques d'un autre temps, ne répond plus aux impératifs actuels, qu'il s'agisse du développement durable ou encore de l'autosuffisance en matière alimentaire. Il expose nos agriculteurs à une concurrence déloyale en l'absence de clauses miroirs imposant aux exportateurs de satisfaire nos normes de production sanitaires et environnementales.

Il reste insuffisant, voire lacunaire, sur la protection de l'environnement et sur les engagements climatiques. Il comporte en outre un mécanisme de « rééquilibrage » qui pourrait fragiliser notre capacité à adopter de nouvelles protections environnementales.

Enfin, s'agissant de la procédure de ratification, le choix de la Commission de scinder en deux l'accord pour contourner les parlements nationaux n'est pas acceptable. Il s'agit d'un passage en force qui nuit à la confiance des peuples européens dans la politique commerciale commune.

L'accord UE-Mercosur doit donc servir de contre-exemple. L'ouverture ne peut se faire au prix de l'affaiblissement de notre modèle ni de nos valeurs.

Pour préserver et projeter son modèle, l'UE doit généraliser les mesures miroirs dans ses réglementations et les clauses miroirs dans ses accords commerciaux, afin que les produits importés respectent les mêmes exigences que ceux fabriqués en Europe. Il ne s'agit pas seulement de protéger les producteurs européens, mais de diffuser nos standards dans le monde.

Une meilleure association des parlements nationaux au processus de négociation des accords commerciaux internationaux est également indispensable.

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